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Livre - La Résistance se renforce



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« Chaque décision était personnelle,
chaque acte impliquait la vie ou la mort
pour soi ou pour d’autres »
Un déporté

Et si c’était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains
Louis Aragon

 Plus personne

Lorsque les nazis vinrent chercher les communistes
Je me suis tu : je n’étais pas communiste

Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
Je me suis tu : je n’étais pas social-démocrate

Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu : je n’étais pas juif

Lorsqu’ils ont cherché les catholiques
Je me suis tu : je n’étais pas catholique

Lorsqu’ils sont venus me chercher
Il n’y avait plus personne pour protester

texte du Pasteur Niemoller
Interné par Hitler de 1938 à 1945

 

 La Résistance se renforce

L’histoire de la Résistance, à Châteaubriant comme partout en France, n’est pas facile à établir ; il est peu de sujets aussi brûlés de passion ; il existe fort peu de documents ; les morts ont emporté certains secrets avec eux ; quant aux vivants, trop de querelles de personnes ou de chapelles les opposent encore pour qu’on puisse trouver une narration sereine de cette période troublée. De plus, le type même de cette lutte, le secret qu’elle exigeait, le petit nombre de Résistants, les cloisonnements nécessaires entre eux, tout rend difficile une vue détaillée de ce mouvement populaire aux formes si variées.

La Résistance, ou plutôt l’opposition comme on disait au début, fut d’abord viscérale, spontanée et diffuse. « Mais dans la guerre moderne, l’ancienne notion du soulèvement national, chère au peuple de France, doit faire place à une conception plus précise, plus spécialisée, du rôle de chacun » explique le recueil de conseils pratiques trouvé à l’issue d’un parachutage dans la région de Martigné-Ferchaud. (voir document D 34 dans le livre page 276)

Le recueil précise les rôles de chacun : « L’avion, le tank, la mitrailleuse ont sonné le glas de la levée en masse. Le perfectionnement des méthodes de répression exige une solidarité, une discipline et une compétence plus grandes de ceux qui luttent pour la liberté (...) Si vous vous sentez capable d’une action directe contre l’ennemi, si vous vous considérez comme un soldat français, entrez dans la Résistance. Si vous manquez d’expérience, ou si vous avez charge d’âmes, veillez d’abord à votre sécurité. Voyez ensuite ce que vous pouvez faire pour aider la Résistance et nuire à l’ennemi. Soyez prêt à tout, mais ne prenez pas l’initiative de la violence. Les deux rôles qui vous sont ouverts : Résistance active ou défense de vos proches, sont également utiles. Ne passez pas sans raison grave de l’un à l’autre. Chacun à sa place, jusqu’à la victoire ».

 Les acteurs du drame

Plusieurs catégories d’acteurs vécurent dans ce drame mondial que fut la guerre de 1939-1945 :

- les Prisonniers de guerre, 2 millions ? 3 millions ? Ils ont souffert de leur captivité en Allemagne et ils en témoignent régulièrement lors des commémorations officielles.

- les Résistants : libres eux, ils risquaient sans cesse leur vie ou celle de leur famille. Ainsi que tous ceux qui les ont aidés, tous les anonymes qui ont accompli des actes de bravoure quotidienne, ont suscité la prise de conscience d’une solidarité nationale face à l’Occupant. La plupart d’entre eux ne portent pas de drapeaux dans les cérémonies officielles ; ils ne sont pas décorés de médailles mais on leur doit le formidable mouvement, qui, de l’intérieur, a réussi à chasser l’ennemi du pays.

- les Déportés : ce sont les martyrs de notre histoire, qu’ils soient morts ou qu’ils soient revenus. D’eux, on ne parle plus guère. Heureusement le « Concours National de la Résistance » permet d’entretenir la mémoire, sinon les jeunes ignoreraient leur calvaire. Dans ces Déportés, n’oublions pas les Juifs qui furent les premiers à payer la folie nazie.

- Enfin, il y eut les « Résistants de l’extérieur », cette poignée de Français Libres (30 000 environ) engagés aux côtés de De Gaulle et des Alliés. Eux aussi sont tombés dans les oubliettes de l’histoire. Pourquoi ?

 Modestie et pudeur

Une chose caractérise tous les Résistants rencontrés : la modestie et la pudeur. La modestie d’abord : aucun d’eux ne se pose en héros, « ce que nous avons fait n’a rien d’extraordinaire ». On peut être d’un avis différent : la Résistance évoque ces tableaux impressionnistes, composés d’une multitude de points de couleur ; chacun n’est rien, l’ensemble est un chef d’œuvre.

La pudeur aussi est un des traits dominants des Résistants de Châteaubriant, réticents à parler de ce qu’ils ont fait, comme si c’était une part de leur histoire intime. Mais n’était-ce pas ça, d’abord, la Résistance ? L’engagement de personnes ne pouvant supporter de voir la France asservie ? De nombreux Résistants ont dû dépasser leurs querelles personnelles, mettant un bémol à leurs convictions profondes pour s’unir contre le nazisme, contre l’Occupant.

La souffrance enfin n’est pas absente de leurs récits : trop de choses vues, trop de tensions, trop de pressions ...

A Châteaubriant, comme partout, la Résistance prend plusieurs aspects :

-  Une résistance morale, politique : dénoncer le régime nazi ou les régimes collaborant avec les Allemands, soutenir le moral des Français, et en même temps préparer les régimes nouveaux d’après la victoire.

- Un aspect de renseignement : transmettre aux Alliés des indications de caractère militaire sur l’implantation des forces allemandes (voir page D 33)

-  Un aspect militaire : constituer des groupes de combattants prêts à lutter directement contre l’Occupant

La Résistance à Châteaubriant est riche d’actes individuels (il y eut même un jeune, engagé dans la Résistance et envoyé en Déportation, tandis que son père s’engageait dans la LVF). et de groupes de « résistants ». « Maintenant on appelle cela "la Résistance" », dit l’un des acteurs de cette période, « mais à l’époque nous n’avions pas conscience de faire partie d’un mouvement national ». Le mot « Résistance » lui-même n’était pas employé, on parlait plutôt d’opposition à l’Occupant. Celui-ci parlait de « terrorisme ».

La Résistance fut aussi bien le fait de jeunes, que de pères de famille de 5 ou 6 enfants, d’hommes et de femmes.

On peut citer quelques noms (par ordre alphabétique) de personnes mortes en déportation pour « terrorisme » (c’est-à-dire actes de Résistance) ou fusillées :

Roger ALBERT (employé à la Sous-Préfecture) Dachau, 25 décembre 1944
André BAUSSIER (chef secteur EDF, qui s’appelait à l’époque  la SDEO, 
			société d’électricité de l’ouest). Mauthausen 26 mars 1945
Alfred BIGNON ( horloger), disparu à Neuengamme mars ou avril 1945
Berthe BINESSE
Marcel BLAIS (photographe), Mauthausen 9 mai 1945
Marcel BOLLEROT (Ruffigné), Neuengamme 4 décembre 1944
Camille BOURGINE, Hambourg (Allemagne) , 20 mars 1945
Arsène BRETAGNE fusillé le 6 juillet 1944 à Ruffigné
Marcel BRETAGNE (Ruffigné) mort pour la France après le 1er février 1945
Ferdinand BRIAND (employé de la mairie), Mauthausen 18 août 1944
Frédéric BUFFETRILLE (agent immobilier), Strassfurt 20 mars 1945
Jean BUREL, marchand de bois, Buchenwald 11 mars 1944
Jules CAVE (Fercé), Dora 16 décembre 1944
Roger CHAUVIN (Ruffigné) Déporté Résistant disparu après le 15 mai 1945
André DAVID, Auschwitz 11 septembre 1942
André DEMILT (impôts), Bergen Belsen, 29 août 1944
Célestin DEROCHE (Sion-les-Mines), Flossenbürg 20 août 1944
Georges DUMAZEAU (charcutier), Peggau (Allemagne), 18 mars 1945
Joseph ESNAULT (de Noyal sur Brutz), Neuengamme 1er mars 1945
Jean FICHOUX (juge au tribunal de Châteaubriant), Dachau 18 août 1944
Arsène GAUTIER (Fercé), Ellrich (Allemagne), 8 janvier 1945
Georges GAUTIER (Fercé), Nordhausen (Allemagne), en avril 1945
Joseph GAUTIER (Rougé), Mauthausen 28 janvier 1945
Raphaël GICQUEL (de Noyal sur Brutz), baie de Lübeck, 3 mai 1945
Robert GLAIN (employé de la mairie), chef départemental de l’Armée secrète
			Mauthausen 12 mai 1945
Anne GROSDOY (épouse Gautier) fusillée à Bron le 19 août 1944
Jean GOTH (PTT), Gusen Allemagne 21 février 1945	
François LAGUILLIEZ (ouvrier fonderie), Flossenburg, 22 décembre 1944
Georges LAURENT fusillé à La Bouvardière le 29 juin 1944
Raymond LEBORDAIS, disparu à Wilhelmshafen après juillet 1944
Léon LEMARRE (journaliste imprimeur du « Journal de Châteaubriant »), 
			Mauthausen 16 août 1944
Pierre LERAY (Secrétaire de la Sous-Préfecture), Mauthausen 14 novembre 1944
Marcel-Emile LETERTRE (employé commerce), Sachenhausen 28 avril 1945
Marcel-Pierre LETERTRE (commerçant en graines), (oncle du précédent)
				disparu à Theresienstadt après le 16 juin 1945 
Félix LEVEQUE (Soulvache) , Hanovre (Allemagne), 7 janvier 1945
Roger LEVEQUE (Soulvache), Neuengamme 4 juin 1944
James LINARD (Ruffigné), mort pour la France 22 septembre 1944
André MALIN (charcutier), Theresienstadt 23 mai 1945
Auguste MORANTIN (électricité), Flossenbürg 4 décembre 1944
Pierre MORVAN (Rougé), Ravensbrück 16 avril 1945
Olivier PAITEL  (Ruffigné), Neuengamme en décembre 1944
Marcel PIGREE (Ruffigné), Flossenbürg 14 octobre 1944
Robert PLASSAIS (commerçant vêtements), Mauthausen 1er juin 1944
Lucien PLESSIS (Fercé), Dora 5 février 1945
Raymond POULAIN (Martigné), disparu à Neuengamme, 25 octobre 1944
Les fusillés de Bout-de-Forêt, la Brosse, la Blisière, la Sablière, Saffré

D’autres Castelbriantais sont morts dans ces camps,
principalement à Auschwitz,
en raison de leur nationalité ou de leur « race »
 :
Léon et Lorette AVERBUCH
Fernandez DIEZ (ouvrier espagnol), Mauthausen 21 décembre 1941
Charles et Juliette ISRAEL,
Juliette MYRTIL,
le Docteur Jean PACH,
Fishel et Biena RIMMER
quatre membres de la famille SINENBERG (Marcel, Jean, René et Marcelle).

D’autres enfin ont été déportés mais en sont revenus :

Roger AULNETTE (cadre à Châteaubriant ),
Pierre BACHELOT (Martigné Ferchaud)
Berthe BESNARD (épouse d’industriel de Châteaubriant ).
Jacques BONVALET (ouvrier, Châteaubriant ),
Michel de PONTBRIAND (maire de sa commune, Erbray)
Félicien GAUTIER (agriculteur, Fercé)
Francis GAUTIER (agriculteur, Fercé)
Raoul GIQUEL (menuisier, Fercé)
Marcel GUIBERT (maréchal ferrant, Fercé)
Joseph HERVOUET (prêtre, St Julien de Vouvantes)
Germaine HUARD (épouse d’industriel de Châteaubriant )
Jacqueline LAYGUES (employée de mairie, Châteaubriant ),
Marcel LETERTRE (fils, Châteaubriant ),
Emile LETORT (couvreur, Châteaubriant ),
André MAIGNAN (Martigné Ferchaud)
Etienne MARTIN (commerçant, Châteaubriant ),
Quentin MIGLIORETTI (Entrepreneur Bâtiment, Châteaubriant ),
Robert MONIN (St Julien de Vouvantes)
Yves PELON (commerçant, Châteaubriant ),
Louis PLESSIS (agriculteur, Fercé)
Pierre TROADEC (employé de mairie, Châteaubriant )

La liste des Déportés est difficile à établir avec exactitude et sans oubli. La liste de ceux qui participaient à la Résistance ou qui la soutenaient, encore plus.

 Quels ont été leurs actes de Résistance ?

La plupart en ont emporté le secret avec eux. Mais avant même qu’on parle de réseaux, « il y eut une résistance première, spontanée, populaire, précoce » comme dit Louis Mexandeau, venant de « gens du peuple » ouvriers, paysans, commerçants, employés. Leur simple résistance morale, leur attitude face à l’Occupant, ont aidé à la prise de conscience de leurs voisins et concitoyens qui ne supportaient pas la présence allemande, et qui ont commencé à se réjouir dès les premiers bombardements et revers de l’ennemi. « C’est bien fait pour eux » disaient les Castelbriantais. Pour l’avoir dit tout haut, Mme Berthe BINESSE, femme de ménage, est arrêtée. Elle mourra en déportation.

 Résistance morale

L’esprit de Résistance se manifeste par des « petits » gestes dont le récit fait vite le tour de la ville, redonnant le « moral » aux habitants. Rire n’est-il pas un moyen de tenir ?

Dans les premières semaines de l’Occupation, les Allemands, faisant preuve d’amabilités, annoncent un grand concert Place de la Motte. Le jour venu, une importante formation musicale débarque à cet endroit. Manquent simplement des sièges. Les musiciens se répandent dans les maisons les plus proches, pour en demander. Fallait-il prendre le risque de les leur refuser ? Ils en obtiennent, de mauvaise grâce. Et en avant la musique !. Sur la place, portes et fenêtres rapidement se ferment.

Un jour, trois jeunes filles marchent de front dans la rue, avec une apparente naïveté. L’une est vêtue de bleu, la seconde est vêtue de blanc, la troisième est vêtue de rouge. Au grand dépit de l’Occupant, elles reconstituent ainsi les « trois couleurs » du drapeau français interdit. Une autre fois, un 14 juillet, quel hasard !, une femme met sa literie à la fenêtre pour qu’elle prenne le soleil : un drap blanc entre une couverture bleue et un dessus de lit rouge. Plus loin, une jeune fille sort la robe blanche taillée dans un ancien drap de grosse toile de sa grand mère. En guise de décoration discrète, une rangée de croisillons bleus, une rangée de croisillons rouges. Le « hasard » agence si bien les choses.

Résistance morale : aller placer un drapeau tricolore dans les bras du Poilu du Monument aux Morts, le 11 novembre 1940. (voir livres pages 73 et 252)

1er janvier 1941 : une consigne est venue de Londres : « à midi précises, désertez villes et villages où se trouvent cantonnés des Allemands ». Ce premier janvier est un dimanche. La ville, habituellement, connaît une animation considérable le dimanche matin. Ce jour-là, au douzième coup de midi, toutes les rues se vident en un instant. « Cela dura plusieurs minutes. L’Occupant avait déjà compris que ces Français seraient ingouvernables » raconte Emile LETERTRE..

 Dès juin 1940

Des faits de Résistance ? Il y a de nombreuses personnes, restées anonymes, qui cachent des clandestins, rescapés du Lancastria par exemple, ou aviateurs abattus au dessus de la Région. Elles n’ignorent pas les représailles possibles comme l’incendie de la maison, la peine de mort ou la déportation. Le nom des anonymes ne restera pas dans l’Histoire, mais leur rôle n’en est pas moins important.

L’humour est une forme de Résistance. Un jour de juin 1941, raconte Alfred Gernoux, un officier allemand demande à Léon Lemarre la rue de la Victoire. Léon Lemarre l’envoie rue du 11 novembre, souvenir de l’armistice de la guerre de 14-18. Léon Lemarre, ancien libraire, ancien imprimeur, directeur du « journal de Châteaubriant », journal Républicain, mourra en déportation.

Les jeunes sont particulièrement téméraires. La nuit ils dessinent des Croix de Lorraine (emblème du Général de Gaulle), à la craie sur les camions allemands, ou les gravent avec une pierre. Quelques-uns portent au revers du vêtement trois épingles croisées en forme de Croix de Lorraine. Signe de reconnaissance entre Français et affirmation de leur choix [mais provocation trop évidente. Il faut vite y renoncer dès le printemps 1941 : le 11 avril 1941 le cabinet du maréchal Pétain publie un communiqué condamnant « les gestes mesquins, les inscriptions puériles sur les murs »].
Au printemps 41, des jeunes venus d’Angers pour faire un match, arborent un maillot à tête de mort et chantent La Marseillaise. Malheureusement, ils sont arrêtés le soir même.

Des jeunes castelbriantais, GUERTEAU, TAILLANDIER, PELON, BONVALET, passant par la butte qui domine l’étang de la Torche, pénètrent en fraude dans le château le 6 février 1942, pour y faucher des armes, stockées là, depuis que les Allemands les ont réquisitionnées chez les habitants. Hélas ! arrêtés le soir même, ils seront déportés. (lire page 121, le témoignage d’Yves PELON). A peu près à la même époque, le jeune Marcel BLAIS, de St Vincent des Landes, 17 ans, est arrêté par les gendarmes français pour transport d’armes dans une valise. Il sera emprisonné durant trois ans à la prison à La Fayette (Nantes), à Vannes et Montfort sur Meu.

 On s’organise

Maurice FOURIER, 19 ans, fils d’un cheminot de Soudan, devient l’un des chefs de la Résistance en Ille et Vilaine avec Edouard Hervé et Le Bitous.

Emile GIBIER, jeune commis du Trésor à Nozay, devient le responsable des jeunesses communistes de Loire-Atlantique et de Vendée.

La Poste, à Châteaubriant, (située à l’époque dans un bâtiment place des Terrasses) joue un rôle considérable, heureusement resté secret. André LEBASTARD, qui y travaille en 1942, (il a 16 ans), se souvient que le courrier de la Kommandantur était contrôlé par les postiers français (dont le père Robin, facteur) . « Tout le monde était dans le coup. Il n’y avait pas de "collabo" chez nous. Moi j’avais été intégré dans l’action par la standardiste, Mme CLOUET » : le courrier est automatiquement dirigé vers Georges ILLIGOT ou Mme CRINIER ou même le contrôleur Marcel POHALE qui l’ouvrent et mettent au panier les lettres de délation. Mais il ne faut pas se faire prendre : des Allemands, qui ont réquisitionné des lignes, travaillent quotidiennement au bureau de poste et l’un d’eux parle couramment le français. « Il était correct. Je crois même que c’est de façon délibérée qu’il me disait : ce soir nous allons arrêter X qui habite à Moisdon, pour le forcer à aller au STO. Il savait que je préviendrais ce camarade. » - « C’est moi qui l’ai informé du débarquement du 6 juin 1944, marquant sur la carte l’avance des troupes alliées, j’en rajoutais même ! » dit André LEBASTARD. « Il aurait pu me dénoncer car il devait bien se douter que j’avais des informations à partir de Radio-Londres ».

Outre le courrier, le téléphone qui, à l’époque, nécessite un opérateur manuel, doit aussi être surveillé. « Un jour c’est quelqu’un de Ruffigné qui a téléphoné pour signaler à la Kommandantur qu’il y avait un parachutage. Ce soir-là j’ai dit à mon interlocuteur que la communication ne passait pas, que la Kommandantur ne décrochait pas » dit André Lebastard tandis que son épouse, Denise, raconte : « Les Allemands avaient leur standard à eux, dans le bâtiment de la Poste. Quand ils n’arrivaient pas à obtenir la communication qu’ils voulaient, quand ils nous demandaient la commune de Riallé au lieu de Riaillé, nous disions : "On ne connaît pas". C’était notre résistance à nous ».

A la Poste de Châteaubriant travaille Jean GOTH membre d’un réseau de Résistants. Il préfére travailler de nuit car, la nuit, il peut appeler plus facilement. Les derniers temps il se sait sous surveillance. Les gendarmes français lui ont appris son arrestation prochaine. « Va-t-en, je prendrai la nuit à ta place » lui dit André Lebastard. Jean Goth a-t-il une mission à accomplir ? Il fait sa nuit au lieu de fuir et est arrêté le lendemain, pour détournement du courrier concernant les jeunes gens de la classe 42 devant partir en Allemagne. Il est mort en Déportation au camp de Gusen le 21 février 1945. (voir page 197)

Annie GROSDOY, fille de bouchers castelbriantais, plus ou moins en rupture de ban avec sa famille, fait partie du réseau de renseignements F2 puis entre dans un réseau de Résistants dans la région de Lyon (voir livre page 202). Elle sera fusillée par les Nazis à Bron (Rhône) le 20 août 1944. « Elle avait d’avance offert avec courage et simplicité ses souffrances et sa vie pour la France et pour la Pologne » dira d’elle, une amie. Sur les murs de la cellule collective, qu’elle occupe dans la prison de Montluc à Lyon, elle a, dit-on, gravé ces mots : Nous sommes toujours la race aux longs cheveux que rien ne fait céder quand elle a dit « Je Veux ».

Marcel VIAUD, instituteur à Châteaubriant, est déplacé à l’école de la Ville au Chef à Nozay, pour des opinions pro-communistes ouvertement affichées (voir page 173)

Le 11 novembre 1942, vers 8 heures du matin, un coup de sirène retentit dans la fonderie Huard. Les ouvriers sont invités à se rassembler dans l’atelier du moulage à main. René ADRY et d’autres, proposent de faire de cette journée, une journée du souvenir, une journée de lutte contre les occupants allemands. La grève générale est décidée pour la journée.

°°°

Ceux qui posent de tels actes sont conscients des risques encourus : par exemple Mme CAVE, accepte de mettre à la disposition du groupe Buckmaster-Oscar, deux pièces inoccupées de sa maison, rue de la Barre, sans vouloir savoir la qualité des futurs "locataires" : « Ce que je ne saurai pas, je ne pourrai en aucun cas le dire » précise-t-elle.

Mme CAURET, alors très jeune institutrice à Vay, loge à l’auberge de cette commune. Un officier allemand aussi. Un jour disparaît une page de calendrier où un soldat anglais de passage quelques mois auparavant, a indiqué, par jeu, tout son curriculum vitae. Cette page pourrait servir à fabriquer une fausse identité. Quand elle est mise au courant de cette disparition, la jeune institutrice n’hésite pas à aller fouiller la valise de l’officier allemand en son absence. Elle trouve la feuille dissimulée parmi des lingeries fines destinées sans doute à l’épouse de l’officier. Elle subtilise la feuille et la brûle dans la cheminée. Ce geste, dont elle est soupçonnée, faillit lui coûter cher. Mais faute de preuve ...

On pourrait multiplier la liste des actes individuels de résistance, de non-soumission à une autorité contestable et contestée. A côté d’eux, peu à peu, des réseaux organisés de Résistance se mettent en place.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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