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Livre - Le réseau Buckmaster-Oscar

 

 Le réseau Buckmaster-Oscar

Un jour un officier (anglais ?) descend à Châteaubriant chez M. MENUET-père, qui tient un atelier de serrurerie rue de la Vannerie. Le père Menuet, capitaine des pompiers, d’un dévouement sans bornes, mais déjà trop âgé, l’envoie directement chez les Letertre. C’est ainsi que le groupe Letertre entre dans le réseau « Buckmaster », dépendant du SOE (Special Opération Executive), dirigé par le Colonel Buckmaster, de l’Intelligence Service Britannique, et composé de Français opérant en France.

« Notre programme de travail : constituer des groupes de résistance (c’est la première fois que j’ai entendu prononcer ce mot) le long d’une ligne St Malo, Rennes, Châteaubriant, Saint-Nazaire (ancien tracé des Marches de Bretagne), pour pouvoir, le moment venu, contenir les Allemands dans la Bretagne. Ces réseaux se constituaient partout où il y avait un homme motivé : 2-3-10 personnes parfois, à St-Aubin du Cormier, Guer, Retiers, Martigné, Châteaubriant, Vay et Le Gâvre ».

Tous les réseaux Buckmaster portent un prénom français. Le groupe « Buckmaster Oscar » s’étend sur l’Ille et Vilaine et le nord de la Loire-Inférieure. Le groupe est centré à Rennes. Le chef de réseau est François VALLEE, venu de Londres par parachutage. Le radio est GEORGES (officier britannique), le responsable de la Centrale est Mme PROD’HOMME (pseudo Herminie). Le chef de la Loire-Inférieure est Bernard DUBOIS, pseudo BONZO, jeune universitaire d’une vingtaine d’années (il se fait appeler André BERNARD, et loge dans la Maison Cavé à Châteaubriant (actuellement magasin de chaussures Lemault, 24 rue de la Barre). Son adjoint est Marcel LETERTRE (père).

« En contact avec Londres, nous devions fournir tous renseignements comme auparavant et rechercher des terrains pour le parachutage et, éventuellement l’atterrissage ». Ces terrains doivent être loin des centres urbains, des villages et des routes fréquentées (où patrouillent les Allemands), loin aussi des lignes à haute tension, des lignes téléphoniques, des rivières, des bosquets et forêts. Une fois trouvé un terrain qui paraît intéressant, il faut le situer sur une carte Michelin ordinaire et le transmettre à Londres. « S’il était accepté, il fallait trouver un message de reconnaissance (le premier que nous avions trouvé était poétique : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses ») et le faire accepter . Après quoi il était possible de passer une commande d’armes ».

Le parachutage est prévu pour une nuit de pleine lune. De nombreuses précautions sont prises : le message préparé passe un midi. Il faut aussitôt mettre l’équipe en alerte. Si le même message repasse le soir, c’est que le parachutage aura lieu la nuit même. « Alors, à la nuit tombante, avant le couvre-feu, chacun se rend au terrain de parachutage où il reçoit ses consignes : baliser le terrain dans le sens contraire du vent (deux lampes blanches et une rouge), disséminer les autres personnes aux limites du terrain de façon à pouvoir repérer tous les points de chute . Nous étions accompagnés d’un camarade armé d’une mitraillette qui devait couvrir notre retraite au cas où ». Les préparatifs ont lieu souvent dans « la petite maison sous la tour de la Porte Neuve » à Châteaubriant (voir document D 11) ou à « l’Hôtel du Commerce » (actuelle Maison de la Mutualité). Un soir, le jeune Emile Letertre, 18 ans, demande ce qui se passera s’il vient une patrouille allemande. « Eh bien vois-tu, lui répond son père, nous allons tendre une corde en travers de la route, pour les faire tomber, et nous les bousillerons avec enterrement sur place » . Rude épreuve en perspective pour un jeune au Séminaire !. Mais tels sont les ordres .... Précautions d’usage, comme les mises en scène nécessaires pour que les jeunes frères ou sœurs ne s’aperçoivent pas d’une absence nocturne : « Il fallait défaire les lits, pisser dans les pots de chambre ».

Malgré ces précautions, les voisins se doutent de quelque chose. Tout comme ils savent que des jeunes réfractaires au STO sont cachés dans les forêts environnantes. « Mais on essayait d’en savoir le moins possible » dit Jean GAUCHET.

 Parachutages

(voir livre page 216)

« En vue de l’avion, la première lampe blanche envoie en morse les lettres de reconnaissance prévues. L’avion répond avec ses propres lumières, du moins s’il était bien celui que nous attendons. Alors commence le parachutage. Un container une fois, est tombé en bordure du terrain de Noyal, au delà du ruisseau de la Brutz. Pas facile à récupérer ! Une autre fois, un container a cassé un arbre en tombant à Fercé : cela fait du bruit, la nuit, nous avons eu peur d’être repérés. En tout, il n’y a eu que trois parachutages réussis, deux à Fercé, un à Noyal. D’autres fois nous avons attendu en vain. Je n’ai jamais su pourquoi » raconte Marcel Letertre-fils.

 Camille Pascaud

Un de ces soirs, un mardi,
le jeune Camille Pascaud, de Rougé,
qui était allé pratiquer un exercice de tir
dans une carrière des environs, avec Emile Roux,
est arrêté par la Gestapo parce qu’il était encore dehors
après le couvre-feu. Il est emmené au poste de police,
alors situé à la mairie de Châteaubriant
Les Allemands emportent son vélo avec lui,
et le laissent dans le hall, sans penser à l’examiner
Le lendemain matin, le menuisier Jean-Marie Denieul,
ayant appris que, sur son vélo, le jeune transporte
un fusil mitrailleur et des chargeurs, démontés,
les remplace prestement par des bouts de bois !.
Camille Pascaud est relâché l’après-midi, sans plus d’histoire.
mais contre une amende de 60 francs

Le parachutage terminé, il faut planquer les containers et les parachutes, soit dans une ferme amie, soit dans une cache aménagée en bordure d’un talus et recouverte de terre et de branchages. Ce fut le cas par exemple à Noyal, au lieu-dit « Guiboeuf » et au terrain de La Garenne sur Fercé, qui était exploité par la famille LEVEQUE. « Puis vers 3-4-5 heures du matin, chacun regagne son logement, en évitant les patrouilles. Les jours suivants se fait l’inventaire : armes, munitions, plastic et même des blousons, marrons. Les armes sont destinées à l’instruction des groupes. »

« Une des erreurs des Anglais a été de nous envoyer des cigarettes et du tabac anglais, à l’odeur reconnaissable. Comment faire pour que de jeunes hommes ne fument pas et ne donnent pas de cigarettes à quelques amis en cette période de pénurie ? cela a provoqué des imprudences ». Les Alliés n’y ont pas pensé, pourtant ils envoient lors des parachutages "des conseils pratiques au peuple français pour l’aider dans sa libération".

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D 33

Marcel Misériaux trouvera, en plein champ, un livret de 14 pages comportant des indications sur le ravitaillement, l’écoute radiophonique, la résistance aux mesures de l’ennemi, les mille et une façons d’agir, la vie dans l’illégalité (voir D 33 ci-contre) ainsi que des dessins présentant la tenue des parachutistes alliés, les jeeps, le char lourd « Churchill » (qui se distingue des chars allemands en ce que ses chenilles montent jusqu’au niveau de la tourelle), le char américain Sherman, et les insignes des grades américains et britanniques.

 30 novembre 1943 : arrestation des trois Marcel Letertre

Marcel Letertre-fils continue son récit : « Notre action a duré jusqu’au 30 novembre 1943. Quelques jours avant, il y avait eu des arrestations à notre centre de Rennes, à Guer, Saint Aubin du Cormier. Ce même mois, avant nous, le groupe de Martigné avait été décimé » dit Marcel Letertre-fils. Mais le « groupe Letertre » ne connaît pas toutes ces arrestations. Le 30 novembre 1943, les Allemands arrêtent d’abord Célestin DEROCHE chez lui à Sion les Mines. Ils le fauchent d’une rafale de mitraillette alors qu’il saute la demi-porte de sa maison en tentant de fuir. Ils viennent ensuite à Châteaubriant et raflent les LETERTRE. « Votre nom ? » nous a-t-on dit à la prison Jacques Cartier de Rennes quand nous sommes arrivés. « Marcel Letertre »-« Marcel Letertre » - « Marcel Letertre »... « Vous vous foutez de nous ? » - « Eh bien non, nous avions tous trois même nom et même prénom ! » .

Ce 30 novembre 1943, tout le pâté de maisons est bouclé en centre-ville : place de l’église, place de la Motte, rue Aristide Briand. Un peloton d’Allemands est placé à l’extrémité Est de la Place de la Motte, à l’emplacement actuel de la Borne de la Voie de la Liberté, en face de la Maison Letertre.

D’autres Allemands se trouvent à proximité de la Droguerie Cavé, là où réside Bernard DUBOIS. Des soldats en armes stationnent devant les portes et fenêtres de toutes les maisons des environs. Denise Lebastard-Tiffon, raconte : « C’était le jour de la Saint André. La maison était silencieuse. Soudain, un craquement de plancher sur le palier. Quelques minutes passent, un nouveau craquement. Mon père se lève d’un bond, ouvre la porte palière et aperçoit deux hommes essayant de cacher leur visage. Que voulez-vous ?, demande mon père - Qui est Monsieur André BERNARD ? demandent-ils - Je ne connais pas, je ne suis pas concierge, répond mon père ». Les Allemands montent au troisième étage. (Bernard Dubois, par un concours de circonstances, n’y est pas) et récupèrent du matériel anglais, un poste émetteur-récepteur et quelque chose « qui ressemblait à un raccord de pompe de vélo » . « Beaucoup boum ! Boum ! » disent les Allemands en redescendant. Ils quittent la maison, mais y reviennent dans la nuit, ouvrent la lourde porte de bois à grands coups de bottes. Plusieurs officiers « avec leurs casquettes à gondole, comme on disait » s’installent au premier étage, dans des fauteuils, dans l’entrée de l’appartement de Madame Cavé. Souricière. Les habitants de l’immeuble tremblent toute la nuit. Mme Tifffon, consciente du danger et craignant une perquisition, récupère le revolver gardé par son mari, malgré les interdits, et le cache entre son ventre et sa gaine. Le lendemain matin les Allemands sont toujours là. Nul ne peut quitter la maison. Les clients qui entrent dans la droguerie, ce mercredi jour de marché, ont interdiction d’en ressortir.

Par chance pour lui, Bernard Dubois, prévenu à temps, n’est pas venu.

La nuit même, en remontant sur Rennes, les Allemands arrêtent Raphaël GICQUEL et Joseph ESNAULT à Fercé, Pierre MORVAN à Rougé, Roger et Félix LEVEQUE à Soulvache. Comme quoi ils sont au courant de tout !

A la prison Jacques Cartier de Rennes, le père Letertre est mis dans la cellule 62, le fils dans la cellule 64 et son cousin à la cellule 66. Arrivés le 1er décembre, ils sont interrogés dès le 4, preuve que les Allemands ont suffisamment de charges contre eux.

« Mon père y est passé le premier : « Bandes de salauds, vous ne saurez rien » l’ai-je entendu hurler. « Ce sont les dernières paroles que je garde de lui. Je ne l’ai jamais revu ensuite » dit Marcel Letertre-fils en ajoutant : « En ce qui me concerne, j’ai été interrogé avec une sauvage brutalité. Sans cesse ils me posaient deux questions : « Qui est Bernard ? - Où est Bernard ? ». Mais c’est le début d’une autre histoire ».(.(lire plus loin page 112 et page 195)

Lors de l’arrestation du 30 novembre 1943, Emile Letertre, 19 ans, ne se trouve pas à Châteaubriant mais au séminaire à Legé. « Des membres de la famille m’ont fait savoir que j’étais recherché. J’ai pris un faux nom, Joseph Dupont. C’est avec ce nom-là que j’écrivais à Madame Ney, Grand’Rue, qui faisait passer la correspondance à ma mère. ». Le supérieur du séminaire, conscient du danger, joue le jeu. Il dit aux autres séminaristes : « Vous ne connaissez pas Emile Letertre, mais Joseph Dupont ». Mais de cette façon, une trentaine de jeunes adultes courent un danger. « Et de toutes façons les nazis auraient pu arrêter ma mère et mes frères et sœurs ». Emile Letertre quitte donc le Séminaire pour revenir à Châteaubriant tenir le magasin à la place de son père. « La Gestapo savait que j’avais participé à la Résistance : l’interrogatoire des miens le confirma, à la prison de Rennes. Mon père m’avait indiqué, d’ailleurs, dans un des billets qu’il parvenait à glisser dans son linge sale, les alibis que je devais produire en cas d’arrestation. Mais la Gestapo ne m’a pas arrêté ce qui a surpris nombre de personnes. Pour moi ce fut le couloir de la mort. Tous les matins je pensais arrestation, torture ». En fait, comme toutes les polices, la Gestapo laisse courir quelques suspects espérant d’eux la maladresse qui ajouterait à ses enquêtes. Sentir la Gestapo à ses trousses : nombre de Français ont connu cette situation dont le souvenir, lancinant, demeure toute la vie, mêlé à un autre, celui qu’on appelle le syndrome des survivants » : « Comment se fait-il ? Tu as de la chance ... Tant mieux pour toi » disent les gens, questions teintées de soupçon, de « non-dits » qui empoisonnent, par leur perfidie, tout le reste de l’existence.


 Bilan du réseau Oscar Buckmaster

Par Pierre MOREL, liquidateur du réseau

« A Rennes, en juin 1943, une organisation de Résistance, créée dès le début de 1941, après avoir été en contact avec le réseau Overcloud du Commandant Joël Le Tac, et avec le réseau Marathon-chinchillo du Colonel Yves MINDREN, entrait en liaison avec le capitaine François Vallée (pseudo « Oscar Parson ») de la Section Française du SPECIAL OPERATION EXECUTIVE (S.O.E.) dirigée par le colonel Maurice Buckmaster.

François Vallée, qui s’est brillamment distingué en Tunisie,
sera porté disparu en 1945.
Il sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume.
Une stèle à sa mémoire est inaugurée après la Libération,
à Belle-Isle en Terre, en présence du Général Guillaudot.

Notre organisation devenait alors le réseau Oscar-Buckmaster

Sur les ordres du capitaine VALLEE, alias « Franck », à partir de la Centrale installée à Rennes, 1 boulevard Magenta, chez Mme PRODHOMME (alias Herminie), avec le concours de son adjoint GAILLOT (alias Henry) officier du SOE, nous allions continuer et intensifier notre action, en liaison directe avec Londres, par le canal d’un officier-radio du SOE, d’origine britannique, Georges CLEMENT, alias « Georges » jusqu’en novembre 1943.

Henry et Georges avaient été parachutés le 25 juillet 1943 dans le secteur de Martigné-Ferchaud, à la suite du message « j’aime le son du cor, le soir, au fond des bois » et accueillis par Mme Angèle MISERIAUX.

Le réseau allait s’implanter sur l’ensemble de l’Ille et Vilaine : Martigné Ferchaud, St Aubin du Cormier, Hédé, St Briec des Iffs, Messac, Mordelles, Vitré, St Malo, Dinard --- mais aussi vers les Côtes du Nord, le Morbihan (secteur de Guer) et vers Châteaubriant.

Le Capitaine Vallée avait confié la responsabilité de la Loire-Inférieure à Bernard DUBOIS, [qui sera arrêté à Paris au cours de l’année 1944 alors qu’il s’apprêtait à rejoindre Londres, via l’Espagne, avec Paul GOMMERIEL et moi-même (Pierre MOREL)].

Marcel LETERTRE-père assurait la coordination générale sur Châteaubriant avec comme adjoint Charles BESNARD-père. La liaison était assurée par Marcel LETERTRE (neveu), pseudo Jacques Gérard. L’organisation des parachutages relevait de Charles BESNARD (fils) et de Marcel LETERTRE (fils)

Les différentes sections avaient comme responsables :

pour Fercé-Rougé : Pierre MORVAN, avec Jules CAVE et Raoul GIQUEL
pour Sion-les-Mines : Célestin DEROCHE (père)
pour Lusanger : Françis RABOUESNEL
pour Erbray : Michel de PONTBRIAND (seul)
pour Nozay-Vay : Pierre GOURBIL avec un adjoint Maurice BRIAND
pour Nort sur Erdre : Félix BOUDET, avec pour adjoint Joseph NAULEAU
pour Soudan : RAIMBAUD et CHATELLIER
pour Pouancé : Emile VERHAQUE (seul)

Les contacts radio, assurés par l’officier-radio, Georges, furent effectués notamment :
- au château de la Haie-Besnou, sous l’autel de la chapelle, chez de Pontbriand
- au magasin du syndicat agricole de Sion-les-Mines, chez Célestin Deroche
- dans une maison appartenant à Pierre Gourbil à Vay
- dans une maison isolée, route de St Nazaire, détectée par Marcel Letertre père
- dans la chambre de Bernard Dubois, chez Madame Cavé, à Châteaubriant
- dans l’entrepôt de glace chez Charles Besnard-père, à Châteaubriant

Neuf parachutages furent programmés, trois furent réussis :

- le 13.10.1943 à Fercé : « Le Fouzon est une rivière poissonneuse »
- le 8.11.43 : à Noyal-sur-Brutz « la nichée de petits lapins se porte bien » ,
- le 12.11.1943 à Fercé : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses »

Ceci représente environ 50 containers et 5 colis. Conformément à la mission confiée à François VALLEE, ces parachutages étaient destinés à équiper les groupes des différents secteurs, en armes, munitions, explosifs, matériels de sabotage.

Cette action était complétée par le camouflage des résistants recherchés, des réfractaires au STO, des aviateurs récupérés et des ressortissants des armées alliées et par l’hébergement des agents en déplacement et l’établissement de faux papiers.

Malgré toutes les précautions exigées par la clandestinité, cette action allait attirer l’éveil de la Gestapo, aidée par certains Français rémunérés ou adeptes fanatiques de la Collaboration. Nous étions dans « l’année terrible, au cours de laquelle la vraie Résistance a perdu les deux-tiers des siens », a rappelé André Malraux. La Gestapo a pris la relève de l’Abwehr et, sous la direction du sinistre Colonel Boemelburg, va multiplier les actions contre les Résistants et les Réseaux.

Fin novembre 1943, début décembre 43, brutalement, une cascade d’arrestations à Rennes et dans différents secteurs est opérée :
- à Châteaubriant : 14 arrestations et déportations
- à Fercé-Rougé 12
- à Noyal sur Brutz 2
- à Sion-les-Mines 1

Les conséquences de ces arrestations furent catastrophiques : un grand nombre de nos agents arrêtés, des dépôts d’armes découverts, le réseau désorganisé.

Malgré cela, le réseau n’allait pas disparaître. Différents groupes se restructureront avec les rescapés, continueront la lutte, se rattacheront aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), pour participer à la Libération, en rejoignant par exemple le Maquis de Saffré. Certains agents s’engageront ensuite dans les Forces Françaises : la 2e DB du général Leclerc, la 1e armée du Général de Lattre de Tassigny, ou dans la formation de l’Armée Américaine, par exemple Charles Besnard.

Le monument de Fercé, érigé par Raoul GIQUEL, évoque la mémoire de ceux qui ont payé un lourd tribut pour la Libération de la France : 93 agents du réseau furent déportés, seulement 40 rapatriés. Plus de 50 morts : fusillés ou disparus dans les sinistres camps de concentration : Buchenwald, Dachau, Mauthausen, Neuengamme ou Ravensbrück .

En France il y eut 95 réseaux Buckmaster. 366 officiers ont été parachutés au cours de 3733 parachutages réussis. 5 007 000 kg de matériels dont 104 536 mitraillettes Sten, 409 224 grenades, 307 023 kg d’explosifs.

Permettez-moi ...

Permettez-moi d’avoir une pensée pour tous ces amis qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes avant de subir le processus de DESHUMANISATION mis au point par les SS, piliers de l’ordre nazi, pour tous ces camarades qui nous ont permis de connaître « des lendemains qui chantent ».

Au mois de janvier 1950, à Martigné Ferchaud, un monument était inauguré à leur mémoire. Je me rappelle la conclusion de mon intervention : « Mesdames, messieurs, rappelez-vous toujours que ce monument perpétue le souvenir d’un officier Allié, de Françaises et de Français qui n’ont pas hésité à faire le sacrifice de leur vie pour que nous soyons libres ».

Maintenant, qu’en est-il ? Je relisais, récemment, une citation de BRECHT : « Ne vous réjouissez pas de la défaite de la bête immonde car, de par le monde qui l’installa puis l’arrêta, il est encore chaud le ventre qui l’engendra »

Et hélas ! oui :
- n’est-il pas apparu une certaine école révisionniste, pour tenter de réformer l’histoire contemporaine afin d’y effacer certaines traces gênantes ?
- n’a-t-on pas soutenu, en Faculté, certaines thèses aux relents collaborationnistes très avancés ?
- n’a-t-on pas entendu un leader politique bien connu pour sa xénophobie, traiter la déportation et les exactions nazies de « détail » ?

A une époque où (...) d’abominables atrocités rappellent singulièrement le comportement et les agissements nazis, souvenons-nous qu’il a fallu le sacrifice de milliers d’hommes et de femmes pour reconquérir ce bien qui n’a pas de prix : la LIBERTE, « ce bien qui fait jouir des autres biens », écrivait Montaigne.

Nous avons le devoir de réveiller les consciences, de rappeler à certains qu’on ne pactise pas, et même qu’on ne flirte pas avec ceux qui, eux, ont pactisé, continuent à pactiser ou pactiseront avec les ennemis de la LIBERTE et des idéaux pour lesquels nous avons combattu et pour lesquels tant des nôtres sont morts.

Les générations qui nous succéderont doivent savoir. C’est à nous de leur faire connaître, en nous rappelant que :

« Seuls les morts peuvent pardonner
Les vivants n’ont pas le droit d’oublier »

Discours de Pierre Morel,
liquidateur du Réseau Oscar-Buckmaster,
lors de l’inauguration du monument de Fercé - 24 avril 1994


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

Le réseau Buckmaster-Oscar

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