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Livre - Michel de Pontbriand

Michel de PONTBRIAND

Né en 1911, Michel de Pontbriand est mobilisé le 25 août 1939 et démobilisé le 30 juillet 1940. Il rentre alors à Erbray sur un vieux vélo. Deux jours après son retour à La Haie Besnou, le Major Von Schepke, commandant allemand des camps de prisonniers de Châteaubriant réquisitionne le château de la Haie Besnou pour lui-même et pour son officier d’ordonnance, lieutenant médecin. Michel de Pontbriand ne peut échapper à cet ordre.

Quelques temps après, les Allemands organisent une fête au château puis, alourdis par les gâteaux secs et les petits fours, ils manifestent le désir de faire le tour de la propriété. Michel de Pontbriand, qui n’a pas envie d’être vu en compagnie d’Occupants en goguette, les en dissuade : l’orage menace et les allées et clôtures sont en mauvais état . Von Schepke balaie ses objections : « Demain j’envoie ici prisonniers nettoyer allées et réparer clôtures ». Le lendemain en effet, Michel de Pontbriand, mal à l’aise, voit arriver une trentaine de soldats prisonniers, sous la garde de deux sentinelles.

Dès le quatrième jour, quelques femmes des environs viennent retrouver leur mari. Quelques couples s’enhardissent et disparaissent furtivement dans le sous-bois. « Dans ces conditions, raconte André Bessière, c’est l’engrenage des interventions. Michel de Pontbriand est assailli de sollicitations en vue d’obtenir la libération des prisonniers. L’officier d’ordonnance du Major, en tant que médecin, examine les dossiers avec indulgence et c’est ainsi que de nombreux captifs [plusieurs dizaines] recouvrent leur liberté jusqu’au jour où le gouvernement français proteste officiellement auprès des autorités allemandes » [livre L’Engrenage, page 153].

Dans la commune d’Erbray, des prisonniers français nord-africains sont affectés à des travaux communaux. Quelques-uns d’entre eux s’évadent, avec la complicité de quelques habitants du village. Par mesure de rétorsion, les Allemands imposent des réquisitions supplémentaires de chevaux, porcs, bovins et céréales. « Dans le but de ramener les exigences allemandes à de plus raisonnables mesures, le Conseil Municipal d’Erbray décide d’accueillir en son sein, comme interlocuteur auprès des occupants, ce Michel de Pontbriand , en raison de sa réputation [imméritée] de collaborateur ». [livre L’Engrenage, p. 218].

Peu de temps après, le maire d’Erbray, M. Leneil, très âgé, souhaite démissionner, ce que refuse le Sous-Préfet qui estime que le retrait du maire entraînerait la nomination d’un fonctionnaire pro-allemand. Mais M. Leneil insiste et demande à Michel de Pontbriand d’intervenir pour lui. C’est le 20 octobre 1941. La population est inquiète car elle vient d’apprendre l’attentat qui a provoqué la mort du lieutenant colonel Hotz à Nantes.

Une semaine après l’exécution des 27 Otages à la Sablière, Michel de Pontbriand se retrouve dans le bureau du Sous-Préfet avec en poche une lettre de M. Leneil, de plus en plus désemparé. Le Sous-Préfet, Bernard Lecornu, demande un délai de réflexion. C’est alors qu’arrive la loi du 13 novembre 1941 selon laquelle dans les communes de moins de 2000 habitants, la démission d’un maire et son retrait du Conseil Municipal permettent de choisir un délégué spécial en dehors du Conseil. Le changement de maire s’effectue dans ces conditions à Erbray dont Michel de Pontbriand devient maire.

La tâche est lourde. il se souvient « de toutes les difficultés rencontrées avec les tickets d’alimentation, d’habillement, de tabac, avec les réquisitions de chevaux, bovins, porcs, céréales ». Deux fois il est convoqué à la Kommandantur à Nantes et menacé d’arrestation parce que les contingents de réquisition fixés pour la commune ne sont jamais respectés. Plus grave encore : pas un seul habitant d’Erbray n’est venu grossir les rangs du Service du Travail Obligatoire en Allemagne. « Ce qui m’a fait le plus de plaisir c’est d’avoir évité le départ de tous les STO de ma commune jusqu’à mon arrestation le 21 janvier 1944 » dira plus tard le maire d’Erbray.

Une enquête de l’Administration corrobore les déclarations de Michel de Pontbriand : dès réception des convocations individuelles établies par la Préfecture, il dresse sur le champ une liste récapitulative, écrit lui-même les adresses sur les enveloppes, les cachette et les porte à la poste où il effectue un dernier contrôle à l’aide de son bordereau.

« Ce qu’il a omis de mentionner, c’est que sur le chemin du retour, il ne manquait jamais de saluer Yves GRATESAC, l’artisan bourrelier. - "Mon pauvre vieux, c’est malheureux, je viens encore de poster des convocations" - "C’est qui cette fois, M’sieur Michel ?" - "Tu sais bien que je ne peux le dire à personne, je suis en quelque sorte assermenté, je n’ose même pas jeter le brouillon de la liste dans la corbeille à papiers de la mairie. Tiens, comme je suis pressé, mets-la au feu pour moi" - "Comptez sur moi, M’sieur Michel". Un peu plus tard, Yves GRATESAC faisait le tour de ses clients pour recouvrer ses factures. Seules les mauvaises langues du village prétendaient que les visites exceptionnelles du père Yves précédaient généralement de peu une épidémie de départs "sans laisser d’adresse" mais elles se seraient bien gardées de confier ce commérage à un enquêteur administratif » [livre L’Engrenage, page 361]

Dans l’action de résistance passive qu’il mène contre l’occupant, le maire d’Erbray se sent frustré, il s’étonne de n’avoir jamais été pressenti par les organisations de résistance dont on soupçonne l’existence dans l’ombre. Pourtant les mairies sont précieuses, au moins par le stock de tickets de rationnement dont elles disposent et qui permettent d’alimenter les gars du maquis.

Un matin, il parle de cela, sans détour, avec un vieil ami de son père, Marcel Le Tertre, commerçant de Châteaubriant, dont les opinions anti-allemandes ne constituent un secret pour personne. Celui-ci lui propose de cacher un officier radio anglais et de transporter des postes émetteurs de leurs caches aux lieux d’émission clandestine. Michel de Pontbriand en parle à son épouse qui, après une courte réflexion, l’interroge sur ce qu’il risque : « Ma peau, peut-être aussi la tienne » - « Crois-tu que c’est ton devoir d’accepter ? » - « Oui, Monique, j’en suis sûr » - « Alors tu dois le faire » C’est ainsi que le maire d’Erbray est enregistré au SOE (Special operation executive) réseau Buckmaster, en qualité de chargé de mission de troisième classe, avec le grade d’homologation de sous-lieutenant.

Monique de Pontbriand se souvient : « Sa première mission fut d’aller chercher un poste émetteur à la maison Cavé à Châteaubriant . Nous l’avons ramené à La Haie Besnou, caché sous une couverture, dans la voiture à cheval. Nous avons aussi hébergé l’officier radio anglais. Comme il parlait le français avec un drôle d’accent, nous avons dit qu’il était breton ». Cet officier radio communiquait les renseignements à Londres particulièrement sur l’emplacement des terrains retenus pour les parachutages d’armes, et sur les mouvements des sous-marins de la base de Saint Nazaire.

Chercher un terrain de parachutage n’est pas une mince affaire, surtout quand il a neigé la nuit précédente et qu’une couche immaculée de 10 cm d’épaisseur recouvre le sol.

Ce jour-là, Michel de Pontbriand propose à son compagnon anglais d’abandonner le petit terrain de campagne où ils se trouvent pour atteindre à travers champs le terrain sélectionné. Le Britannique l’arrête immédiatement, l’obligeant à marcher à reculons, dans la neige fraîche, de façon à brouiller les pistes, puis, la vérification terminée, à emprunter le même passage dans les mêmes pas. « Equilibre constamment rompu à force de maintenir la tête vers l’arrière, hésitations incessantes pour bien placer les pieds dans les empreintes laissées, un supplice raffiné que cet interminable trajet » raconte André Bessière [L’Engrenage, page 405]

« Un jour un jeune agent de liaison de Rennes, que je n’ai connu qu’au camp de Compiègne, est venu apporter des postes radio, la nuit, dans la Chapelle de La Haie Besnou. Ces postes furent camouflés par moi en un autre lieu, quelques heures après. Ce jeune homme fut arrêté et devait, sous la torture, donner mon nom et ceux d’une trentaine de camarades de la région. A mon avis, il devait avoir une liste sur lui. Il est mort en arrivant à Auschwitz. » raconte Michel de Pontbriand qui explique ainsi son arrestation le 21 janvier 1944 (voir la suite page 124).

A Erbray et dans les environs, la présence de ces prisonniers suscite la sympathie. Villageois et fermiers viennent spontanément leur apporter des vivres, prévoyant de l’alcool pour s’assurer la bienveillance des sentinelles (dont l’état est tel, le troisième soir, que les « gardés » ramènent au camp leurs gardiens complètement ivres).


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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