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Livre - La Résistance à Sion-les-Mines et Martigné-Ferchaud

 Deroche : La Résistance à Sion-les-Mines

Sion-les-Mines, petit bourg perdu dans la France profonde : il y parvient malgré tout des journaux clandestins, « le bulletin des FFI, celui des Francs Tireurs Parisiens » se souvient le docteur DAGUIN.

En plus des réfugiés et des maquisards, « à peu près un dans toutes les fermes » selon le Docteur Daguin, Sion-les-Mines accueille l’épouse d’un résistant parisien : Mme BALLANGER, très malade, en phase terminale, mais recherchée cependant par la Gestapo. François RICHOMME, au péril de sa vie, va la chercher à la gare de Châteaubriant sous prétexte de transporter une barrique de cidre. Une amie institutrice, Mme Françis PROVOST, vient régulièrement lui faire les piqûres nécessaires.

Sion-les-Mines héberge deux Russes (chez M. BOURON, cultivateur à la Bornière), évadés d’un convoi de prisonniers que les Allemands ont expédié à Jersey pour fortifier l’île.

Comme toutes les communes, Sion doit fournir son contingent d’avoine pour les réquisitions. Le 18 juin 1843, le maire de Sion (Docteur Daguin), celui de Lusanger (François Houssais) et celui de St Vincent (Jean Bouvier) sont convoqués à la Préfecture avec le maire de Joué sur Erdre (M. Legualès de Mézaubran) « J’expliquai qu’à Sion nous avions des mines, et que du fer on n’en manquait point, mais que pour de l’avoine on n’en cultivait pas, ou si peu » dit le Docteur Daguin. Un Français, haut fonctionnaire des Services Agricoles intervient alors en disant que les quatre maires n’ont aucune excuse. Le Colonel allemand, sans doute pas hitlérien, montre un rictus de mépris et rend aux maires leur liberté. « si j’ai voulu raconter cette histoire, c’est pour dire que nous n’avions pas à redouter les seuls Allemands. Il y avait leurs amis. Si ce jour-là notre aventure se termina pour le mieux, c’est que la hargne, la platitude d’un collaborateur surprit et dégoûta, désarma la colère d’un colonel allemand lui-même » dit encore le Docteur Daguin.

« Tu vois, mon fils, dans toutes les communes il se met en place un réseau de résistance à l’ennemi. A Sion-les-Mines, c’est nous » dit un jour Célestin DEROCHE à son plus jeune fils prénommé Célestin comme lui. « J’avais 8 ans, mon père, retraité de la Gendarmerie, gérant de la coopérative agricole de Sion-les-Mines, avait gardé de la guerre de 14-18 une haine des "Boches" et du Maréchal Pétain. J’avais été élevé dans le respect de la France. "Mon âme à Dieu, mon corps à la Patrie". Mon frère aîné, Arthur, avait rallié Londres dès 1940. Mon père, à la demande de Marcel Letertre, constitua autour de lui un groupe d’une quinzaine de gaillards hardis. Parmi eux, l’instituteur Louis SAVINEL, anticlérical farouche, et mon frère Rémi, séminariste. La Résistance rapprochait les hommes ».

Célestin DEROCHE, le père, séminariste autrefois, n’a pas, a priori, de sympathie pour les Communistes. « Mais l’exécution d’un jeune de 17 ans, Guy Môquet, changea bien des regards : les soldats allemands n’étaient plus des soldats comme les autres. Les réseaux de Résistance prirent corps à partir de ce moment-là » dit Célestin DEROCHE-fils.

L’équipe de parachutage, constituée autour de Célestin DEROCHE, comprend le Docteur DAGUIN, Louis SAVINEL, Rémi DEROCHE, Emile CHIRADE, Roger HERMINE, Jean GILET, Jean CORNU, Julien RIVIERE. L’équipe de .Lusanger comporte Francis RABOUESNEL, François GUIBERT, Alphonse ROUL, François BREMONT, Pierre CATREUX.

« Mon père m’avait dit : tu ne parleras jamais de ce que tu verras à la maison. Et puis je t’interdis de chanter à l’école le "Maréchal, nous voilà" ». Vers le milieu de l’année 1942, les Allemands viennent perquisitionner chez Deroche, s’enquérir des lectures et des écoutes radio. Heureusement le père Deroche, après chaque écoute, n’oublie pas de déplacer l’aiguille du poste de TSF. « Ils sont repartis, visiblement pas convaincus ».

« Chaque quinzaine, il venait trois ou quatre personnes pour dîner. Un jour, c’est un jeune homme blond, frisé, le radio Georges, qui est venu habiter à la maison. Il a pris le lit d’un de mes frères. Toute la journée il restait auprès de son poste émetteur avec un revolver de chaque côté, prêt à faire feu et à se suicider s’il risquait d’être pris. Ma mère n’était pas tranquille. Moi, je l’aimais bien, Georges : il m’avait apporté deux paquets de cigarettes en chocolat » raconte Célestin. Le radio reste une semaine dans cette maison. Un matin, comme souvent en campagne, une voisine vient spontanément prendre le café. « Ma mère a dû aller chercher quelque chose dans sa chambre, la voisine l’a suivie et, en apercevant l’officier-radio encore couché, elle l’a pris pour mon frère et lui a dit en gallo : Eh grand fainéant, tu n’es pas encore levé ? L’Anglais, qui déjà ne comprenait pas bien le français, n’a rien saisi au parler gallo. »

« La voisine a bien vu qu’il se passait quelque chose, d’autant plus que mon frère Rémi était brun ! Mais elle n’a jamais rien dit. Je veux lui rendre hommage ».

Un parachutage faillit avoir lieu au « Puits Galot », près du petit bois de la Galotière, répondant au message « l’homme sans tête recherche l’assassin ». 17 octobre 1943. L’avion vient mais ne largue rien. « Moi j’étais tout fier de nettoyer les lampes de balisage et, quand je gardais les vaches, je creusais des tranchées que je recouvrais de fougères pour y cacher des armes. C’étaient mes parachutages à moi » dit Célestin Deroche-fils.

« Le 30 novembre 1943, les Allemands ont débarqué au nombre de huit. Ils ont perquisitionné à la maison mais n’ont rien trouvé, ni armes ni poste de radio. Ils ont dévasté la maison et emporté les 36 000 francs qui appartenaient en partie à la coopérative ». « Mon père a sauté par dessus la porte coupée. Il a été touché de deux balles dans le ventre. Les blessures n’étaient pas mortelles. Les Allemands l’ont traîné dans le fourgon cellulaire. Moi je revenais de l’école : "viens dire au revoir à ton papa". Je ne l’ai jamais revu ». Le même soir sont arrêtés aussi les trois Marcel Letertre, Raphaël Gicquel, Joseph Esnault, Pierre Morvan, Roger et Félix Lévêque.

En novembre 1943 est prévu un autre parachutage avec le message « Les gendarmes ont retrouvé l’assassin ». Ironie cruelle : les nazis ont arrêté le résistant ...

La Kommandantur à Châteaubriant, la prison à Rennes : « Nous avons pu envoyer un colis à mon père. Juste après avoir reçu des nouvelles d’Arthur. Sur l’étiquette ma mère a écrit : "toute la famille en bonne santé", en soulignant le mot "toute". L’étiquette nous est revenue : mon père avait marqué profondément, de son ongle, le mot "toute" pour faire voir qu’il avait compris ».

Angers, Compiègne, Le Convoi des Tatoués le 27 avril 1944, Auschwitz, Buchenwald, Flossenbürg. « Michel de Pontbriand m’a raconté qu’avec mon père, le dimanche, ils faisaient des concours de poux. Celui qui en tuait le plus avait gagné ». Célestin DEROCHE est mort du typhus à Flossenbürg le 20 août 1944. « Ils ne lui ont rien laissé, pas même une tombe » dit le Docteur Daguin

Louis SAVINEL faillit être arrêté le matin du 21 janvier 1944, le jour des arrestations massives de Châteaubriant. Dénoncé à la Kommandatur de cette ville, comme « chef des communistes » de Sion, il réussit à cacher, en forêt de Teillay, avec Rémi, le fils aîné de Célestin Deroche, le poste émetteur placé dans un silo de blé à la coopérative agricole de Sion. Ce poste sera remis aux Américains le 5 août 1944 à midi.

 La Résistance à Martigné-Ferchaud

(voir aussi le livre page 216)

Marcel MISERIAUX a 15 ans lors de la déclaration de guerre. Sa mère, Angèle, prévient immédiatement ses enfants (18 ans, 15 ans, deux jumeaux de 13 ans, 9 ans, le fils de 20 ans est déjà mobilisé) : « il faudra faire tout ce qu’on pourra pour que les Allemands ne gagnent pas cette guerre ». La ferme de La Haye Veillette accueille donc les évadés, les réfractaires du STO, voire les aviateurs anglais parachutés. Angèle MISERIAUX, femme de caractère, sait que les Allemands achètent les chevaux à un bon prix, mais elle refuse cet argent-là.

Avec son accord, son fils Marcel "triche" lors des réquisitions. Un jour, il présente trois fois la même vieille jument dont un voisin ne veut plus. Mais le garde-champêtre a repéré le manège et diligenté le passage de la commission de contrôle. « Nous nous étions méfiés, dit Marcel Misériaux, nous avions caché deux bonnes juments dans un pré éloigné, et effacé toutes les traces.Il ne restait à l’écurie que deux poulinières et l’étalon autorisé, et ceux-là ils n’avaient pas le droit de les prendre ». Il ne se passe donc rien ce soir-là mais la ferme est mise sous surveillance, marquée d’une croix blanche faite à la chaux grasse.

Des jeunes de Martigné-Ferchaud, étudiants à Rennes, en particulier Jean RICHARD, lancent le réseau de Martigné, dans le cadre de Buckmaster-Oscar. Ils sont en contact avec Mme PRODHOMME (pseudo Herminie) et Bernard DUBOIS. (1)

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Le radio "Georges"

De Martigné partent de nombreux messages vers Londres, envoyés par le radio GEORGES, à partir de la maison des demoiselles CREHIN, une ancienne institutrice et une ancienne "bonne de curé". Celles-ci, les soirs d’émission, assurent le guet dehors, sans en avoir l’air, en promenant leur chien.

Jean RICHARD est le chef du secteur de Martigné. René BICHELOT enseigne le maniement des armes. Le groupe organise la cache des réfractaires du STO, fournit de fausses cartes (avec de vrais tampons qu’une jeune fille sort le soir de la mairie de Martigné et remet en place le lendemain matin. Deux Résistants de Mordelles et St Aubin des Cormier fournissent aussi de fausses cartes. Ils mourront en déportation). Le groupe de Martigné trouve une quinzaine de fermes suffisamment discrètes, pour accueillir des personnes en "situation irrégulière", en particulier des Hindous évadés du camp de Rennes en mai-juin 1943 (et plus tard un Russe). La ferme des Misériaux sert de cache de nombreuses fois, même pour un pilote américain. « Je faisais plus jeune que mon âge, dit Marcel Misériaux. « J’étais chargé d’aller porter les fausses cartes que je transportais cachées dans mes souliers. Sans elles les gars camouflés ne se risquaient pas à sortir ».

« Le lieu de rassemblement était, soit chez nous, à la Haye Veillette, soit dans une grande baraque que nous avions montée au cœur d’un fourré au fond d’une ancienne carrière remplie de branchages. On ne pouvait pas la voir d’en haut. Tout le quartier en connaissait l’existence. Personne n’en a jamais parlé. A force de chercher, le garde-champêtre a fini par la localiser. Mais nous avons été prévenus : quand il s’est présenté, en pleine nuit, avec des Allemands, il n’a trouvé qu’un gros tas de fagots ! »

Différents parachutages ont lieu dans la région de Martigné, au signal des messages « Cette nuit tous les chats sont gris » (août 1943), « Les poissons du lac sont rouges » (septembre 1943),

Un jour cependant, le 9 octobre 1943, le jeune L. est pris. Quatre (sur 5) des gendarmes français refusent de le garder : ils sont arrêtés aussitôt, ainsi que le père de Jean RICHARD. Le jeune L. s’enfuit. En le recherchant, les Allemands s’arrêtent dans une ferme. La fermière leur confectionne une bonne omelette ... permettant ainsi au jeune L. de s’enfuir. Il se rend d’abord à La Haye Veillette. A 23 heures, Marcel Misériaux conduit le jeune L. dans le grenier à foin d’une autre ferme, tandis que Jean Richard se cache à son tour à La Haye Veillette (Si les Allemands étaient venus cette nuit-là, cela aurait été grave pour tout le monde ...).

Dès 4 h le lendemain matin, le jeune L repart. Les Allemands le capturent à Bain de Bretagne et le font parler. Même s’il ne dit pas tout, il en dit trop. (il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir parlé) ; Dans la nuit du 2 au 3 novembre est arrêté André MAIGNAN. Une semaine plus tard c’est le tour de MIGNOT (qui possède un poste-émetteur). Le 29 novembre est arrêté Raymond POULAIN, puis le 7 décembre Angèle MISERIAUX et cinq autres personnes sont arrêtées aussi. « Heureusement, ils n’ont pas fouillé : il y avait des armes dans la cave et je n’avais pas eu le temps de cacher les fausses cartes dans le tas d’avoine du grenier comme d’habitude » raconte Marcel Misériaux.

« J’ai demandé à partir à la place de ma mère : non, nous voulons la responsable de la maison » lui répond-on. En tout 24 personnes seront arrêtées à Martigné, 12 mourront en déportation.

La nuit suivante, Marcel Misériaux livre ses fausses cartes, et cache les fusils dans une émonde creuse. « On n’a pas dormi. On a fait disparaître les papiers de peur que les Allemands reviennent. Ma mère a été emmenée à Châteaubriant, puis à la prison des femmes de Rennes. Quand le train est passé en gare de Martigné, un marchand de cochons a pu lui lancer une couverture. Ma mère a été ensuite internée au fort de Romainville puis envoyée à Ravensbrück. Je ne l’ai jamais revue. J’ai simplement reçu d’elle un message, jeté sur une voie ferrée, disant "Prenez bien soin de ma petite Raymonde". Ma mère est morte gazée à Ravensbrück en janvier 1945 : nous en avons eu le témoignage par une femme de la Vienne, qui était du même châlit ».

« Ma mère, malgré ses six enfants, avait consciemment fait le choix de la Résistance. Autour d’elle le groupe avait fait tache d’huile. Les Allemands n’ont pas pu arrêter tout le monde » conclut Marcel Misériaux.

(1) Jean Richard]]

Originaire de Martigné-Ferchaud où il vit dans la maison familiale, rue Valaize, avec ses parents et grands-parents, Jean Richard est âgé de 20 ans en 1942. A cette époque, il est jeune étudiant en notariat à Rennes et loge au 68 de la rue Saint-Hélier chez Mme Zwingelstein Louisette (8 à 9 étudiants habitent cette adresse dans le cadre de leurs études). Avec quelques amis dont Pierre Morel qu’il connaît depuis 1933 et Bernard Dubois, il refuse l’ordre établi par l’envahisseur, et avec l’aide des mairies qui vont réaliser de faux papiers d’identité, ils vont organiser un échange de réfractaires au S.T.O. au sein de différentes fermes.

Louis Boulay, un employé de Martigné-Ferchaud qui avait voulu conserver son emploi, est arrêté. Jean Richard et Pierre Morel vont organiser son évasion et le cacher. Une première opération réussie !

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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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