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Livre - Yves Pelon

 

 Témoignage d’Yves PELON

Arrêté le 6 février 1942, libéré le 29 avril 1945, Yves PELON est déporté politique (et non pas déporté résistant). Il a connu plus de 3 ans de déportation, au hasard de 17 prisons (dont Nantes, Fresnes, Mannheim, Cologne, Hanovre et la célèbre « Alexander Platz » de Berlin) et 7 camps parmi lesquels Hinzert, Sachsenhausen, Struthof et Dachau.

Il rappelle que les camps étaient partagés en trois catégories : catégorie 1 comme Dachau, Sachsenhausen, Buchenwald, des camps où les détenus avaient le droit d’écrire ou de recevoir des colis ; catégorie 2 comme Neuengamme, déportés qui n’ont pas le droit d’écrire et où les travaux sont particulièrement durs. Les autres, classés en troisième catégorie, comme Ravensbrück (le camp des femmes), Mauthausen, Auschwitz, Struthof : des camps d’extermination, où tous les moyens sont bons : le travail, la faim, les coups.

1942, à Châteaubriant, un groupe de jeunes fauche aux Allemands les armes entreposées dans le donjon du Château. Le petit Robert GUERTAULT, 14 ans, et Robert TAILLANDIER, se glissent entre les murs de l’étroit soupirail. Jacques BONVALET et Yves PELON sont dans le coup et c’est chez ce dernier, parmi les vêtements du magasin, que sont cachées les armes.

Dénoncé, Yves PELON est arrêté. Le juge FICHOUX essaie de régler l’affaire avant qu’elle ne soit transmise aux autorités allemandes. En vain. Yves Pelon est transféré à la prison La Fayette à Nantes, « une vraie prison du Moyen-âge avec des rats », puis à Fresnes. Le 11 mai 1942, il fait partie du premier convoi de Déportés français, pour le camp de Hinzert à 15 km de Trêves, un camp moins connu que d’autres parce que détruit en 1942. Au début de la déportation des Français, par convois en wagons cellulaires (et pas encore en wagons à bestiaux), Yves Pelon lie connaissance avec un autre déporté, un médecin, qui, au camp de Hinzert le prendra comme laveur de baignoires et comme infirmier. Sans lui, Yves Pelon, qui ne pèse plus que 34 kg, ne pourrait tenir le coup très longtemps.

En effet, au camp de Hinzert, comme dans les premiers camps de concentration, la discipline est très dure : interdit de parler dehors ; interdit de marcher : il faut courir. Courir toujours, même pour accomplir les formalités d’arrivée qui se font dans une vaste cour avec, aux quatre coins, le coiffeur, la douche, la délivrance de numéros d’inscription et l’attribution des tenues rayées.

Les Déportés courent sans cesse autour de cette place et, au vol, ils sont attrapés, qui pour passer à la douche, qui pour le coiffeur, jusqu’à ce que tout le monde soit passé. « Je me souviens aussi de trois jours et trois nuits passés au garde-à-vous, parce qu’un détenu avait retourné contre le mur la photo d’Hitler. Sept personnes moururent d’épuisement cette fois-là » raconte Yves Pelon. « Plus tard, quand les camps seront surpeuplés par l’afflux des Déportés, la discipline se relâchera un peu. Le volume des rations alimentaires aussi ! » .

De Hinzert, Yves Pelon est conduit à la prison de travaux forcés de Wittlich. « Paradoxalement, c’était un paradis avec ce que j’avais connu à Hinzert » dit-il. Dans cette prison il fabrique des paniers en osier pour le transport des obus sur le front russe. Puis il passe au tribunal de Cologne, avec Bonvalet et Guertault, pour le vol d’armes au Château de Châteaubriant. Le jeune Guertault est libéré. Jacques Bonvalet est condamné à 15 ans de forteresse. Pour Yves Pelon, qui détenait les armes, c’est la mort. Mais il a moins de 18 ans, sa peine est commuée en détention à vie. Il est classé NN : nuit et brouillard. Ces deux lettres cousues sur ses vêtements de Déporté, désignent, du moins au début de la période concentrationnaire, ceux que la Gestapo se réserve, avec un droit de regard permanent, des Déportés qui n’ont pas le droit d’écrire à leur famille, pas le droit de quitter le camp central.

« Cela signifiait donc l’interdiction d’aller travailler au dehors, dans les Kommandos qui dépendaient du camp. Ce qui devait être une brimade a été pour moi une chance d’échapper aux travaux les plus pénibles, une chance de survie » dit Yves Pelon. « C’est dans les Kommandos qu’on mourait le plus ».

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 La schlague pour une lettre

Après le jugement, Yves PELON est envoyé au camp de Sachsenhausen (matricule 7231) où les détenus nus, portant des sacs de 15 kg, usent méthodiquement les chaussures des soldats de l’armée allemande. Au bout d’un certain temps, Yves Pelon est affecté comme dessinateur dans un bureau qui s’occupe des plans du souterrain du central téléphonique de Berlin. Un jour, en échange de pain, il se procure un formulaire de lettre. Il écrit à sa famille que tout va bien, que le camp est idyllique, etc... Il faut bien mentir pour informer enfin à sa famille qu’il est en vie. Sa famille lui répond... et tout est découvert : ce NN, qui n’a pas le droit d’écrire, a violé la loi : 25 coups de nerf de bœuf sur les fesses et envoi au camp de Struthof, dans le Bas-Rhin.

Struthof, 900 mètres d’altitude. Un camp de représailles que l’on atteint après 4,5 km de côtes à pied en courant avec les chiens aux fesses. Parfaitement organisé : de puissants projecteurs, une potence roulante, une chambre à gaz avec judas d’observation, une salle « médicale » pour les expériences, une salle pour la schlague où les condamnés sont d’abord plongés dans une baignoire d’eau chaude pour leur ramollir les chairs... Sur la recommandation d’un « rouge » de Sachsenhausen, Yves Pelon se présente au Déporté chef du camp, un jeune communiste allemand arrêté depuis 10 ans, qui le fait affecter à une place d’éplucheur de pommes de terre. Yves Pelon, qui est alors l’objet « d’assiduités » de la part d’un kapo convoitant sa chair tendre. Yves Pelon en parle à deux camarades, Max Nevers et Roger Linet, qu’il a appris à connaître. Ceux-ci organisent un traquenard et infligent une raclée au Kapo, surpris dans ses « avances »

Dans ce camp de Struthof, pour la première fois, Yves Pelon découvre la solidarité. « Petit Jean » et Roger LINET l’organisent : tous les détenus laissent une fine tranche de leur ration de pain, pour la solidarité, une sorte de sécurité sociale avant l’heure. Le pain recueilli ainsi est attribué, pour trois semaines, à un déporté mal en point, par une commission de trois médecins du camp, des NN non-communistes.

Au bout de trois semaines, c’est le tour d’un autre. Aucun Français n’est obligé de donner à la solidarité, mais ceux qui refusent acceptent de ne pas en bénéficier s’ils en ont besoin un jour.

Le Struthof est libéré le 22 novembre 44 par les Alliés...Vide... Tous les détenus en ont déjà été évacués. Yves Pelon se retrouve à Allach, qui dépend du camp de Dachau : « A moi, déporté politique, on me confie le contrôle des soupapes d’avions BMW. Un comble !... Les contrôles n’ont pas toujours été impeccables, on s’en doute ! » dit-il en riant. Mais rien de drôle : « pour se rendre à l’usine il fallait faire 3 km à pied avec des chiens bergers allemands dressés pour nous mordre les chevilles si nous ne marchions pas au pas ». Les chiens, encore les chiens. On comprend qu’Yves Pelon en a gardé une crainte toute sa vie.

« Mais un jour on s’aperçoit que je suis NN et que je n’aurais pas dû quitter le camp central. On me rapatrie sur Dachau »... où Yves Pelon contracte le typhus, maladie transmise par les poux. Il s‘en sort grâce au pain que lui fait passer son ami, le communiste Roger LINET, dont les camarades travaillent aux cuisines. Quand, à son tour, Roger LINET attrape le typhus, Yves Pelon, son compagnon de dortoir et de paillasse, s’occupe de lui, le soutenant quand il va aux WC, car les « typhusards » titubent.

Yves Pelon restera à Dachau comme infirmier jusqu’à la Libération du camp le 29 avril 45 à 17 heures par l’armée américaine. Il y côtoie Edmond Michelet, aide infirmier, affecté à la baraque 29, celle des prêtres.

« Le 19 mai 1945, jour de la Saint Yves, je suis de retour à Châteaubriant. Parti avant 18 ans, j’en reviens à 21 ans. Je ne suis plus le même qu’avant. Cette période de ma vie m’aura marqué à jamais ».

 Je suis scandalisé

« Je voudrais insister sur deux points, nous a-t-il dit, la solidarité dans les camps et les chambres à gaz ».

La solidarité dans les camps, je l’ai connue au Struthof et à Dachau. Elle était organisée par les Communistes le plus souvent, en faveur des Français communistes et de ceux qui ne l’étaient pas. Joël Le Tac, le général Delestraint, et moi-même, nous n’étions pas communistes et nous en avons bénéficié. C’est pourquoi je suis indigné des attaques portées, après coup, contre le communiste Marcel PAUL qui était à Buchenwald. Dans les camps quand c’était possible, chacun favorisait ses amis : les Français aidaient les Français, les Polonais aidaient les Polonais. C’est ainsi .

En ce qui concerne les thèses des « révisitionnistes » qui nient l’existence des chambres à gaz, qui nient la volonté de génocide envers les juifs, j’affirme que treize Tziganes ont été exécutés au gaz, à titre expérimental. Cela, je l’ai vu. ». Ce que les Allemands ont détruit, au moment de la Libération des camps, Faurisson prétend que ce sont des morgues. « Pourquoi détruire une morgue ? Pourquoi détruire un bâtiment, si ce bâtiment ne renferme rien de bien compromettant ? »

« J’affirme aussi que sur 75 000 juifs déportés en France, 3500 seulement sont revenus. Que sont devenus les enfants ? Si les nazis n’avaient pas eu l’intention d’exterminer la race juive, s’en seraient-ils pris aux enfants ? »

Ainsi parlait Yves PELON en 1985, ne pouvant admettre qu’on déforme la réalité sur les camps de la mort, qu’on salisse la mémoire de certains Déportés français, résistants ou politiques. Il ne supportait pas d’entendre parler d’extrême-droite et d’un certain Jean-Marie Le Pen : « le racisme, le refus de la différence, on sait où cela nous a conduits. Il faut tout faire pour ne rien oublier, pour que ne se renouvellent pas de tels faits » disait-il sans se faire trop d’illusions : « cela se passe encore dans de nombreux pays du monde. Je ne pourrai jamais l’accepter ».


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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