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Livre - A travers les délibérations

 

1935-1945 : à travers les délibérations du Conseil Municipal

A travers les élus de Châteaubriant voici l’analyse de ce qui fut successivement la vie, le drame et la mort, le retour à la vie

Le 19 mai 1935, un nouveau Conseil Municipal est mis en place à Châteaubriant. Renouvelé les 5 et 12 mai 1935, il se compose de :

Jules DAUFFY, Auguste LE PECQ, Victor BAUR, Charles BESNARD, Maurice NOEL, Pierre HAMON, Marcel GLEDEL, Jean TROUSSEL, Henri TOURMEAU, Ernest BREANT, Victor MARTIN, François COUILLAUD, André BERNOU, Charles GOUPIL, Paul HUARD, Frédéric BEGAUD, Paul MOREY, Pierre LEFEUVRE, François LAROSE, Aimé LAURANS, Pierre RENAUD, Auguste LEMAITRE

Un seul absent : Armand POTTIER, élu le 5 mai et décédé le 11 mai

Monsieur Ernest BREANT, maire depuis 1919, est facilement réélu au poste de Premier Magistrat et dispose d’une solide majorité, l’opposition étant constituée d’individualités plutôt que d’un bloc cohérent.

Sont élus
Premier Adjoint : Henri TOURMEAU
Deuxième Adjoint : Marcel GLEDEL
Troisième Adjoint : Pierre HAMON

Aucun des participants à cette séance ne se doute que c’est la dernière élection démocratique avant 10 ans. Et pourtant, à partir de cette époque, si l’on s‘en réfère à la lecture des Procès Verbaux de Conseil Municipal, il flotte de l’électricité dans l’air. Les propos se font plus vifs et pas uniquement grâce aux indéniables dons de trublion d’Auguste LE PECQ. La ville vit et bouillonne. L’Histoire s’accélère.

Bientôt c’est la grande espérance, les réalisations du Front Populaire, la grande peur des gens qui, les plus démunis, sont comme toujours les plus traumatisés et les plus manipulés. Les dictatures s’installent en Europe, l’afflux des réfugiés espagnols (voire polonais), les Français venus du Nord et de la région parisienne suivront quelques temps plus tard. Dantzig, Munich, de grands bruits de bottes et bientôt on parlera de la Cinquième Colonne. Le Conseil Municipal travaille normalement. La guerre éclair, le déferlement de l’armée d’Occupation, la mise en place du régime de Vichy. Et l’on saute allègrement (si l’on peut dire) au 29 janvier 1941.

 1941

Le 29 janvier 1941, Ernest BREANT donne sa démission de maire. Pour raison de santé ? Pierre RENAUD démissionne aussi pour incompatibilité avec sa profession d’avocat. La démission de Pierre RENAUD sera acceptée. Celle d’Ernest BREANT ne le sera pas.

Le 20 juin 1941, les choses deviennent plus claires : un nouveau conseil municipal est nommé par le Régime de Vichy. Un prélude, en quelque sorte. Ce « Conseil » comprendra 13 conseillers sortants (déjà régulièrement élus) et 7 désignés par Vichy. Les postes de responsabilité demeureront tout de même aux mains des élus :

- Maire : Ernest BREANT
- Premier Adjoint : Henri TOURMEAU
- Deuxième Adjoint : Marcel GLEDEL
- Troisième Adjoint : Maurice NOEL

Il n’y a pas lieu de s’arrêter sur ce « Conseil ».

Première raison : le Conseil élu le 19 mai 1935 se trouve réduit à 13 membres (par la suite de 8 décès et 1 démission).

Seconde raison : le dit « Conseil » ne siègera que trois fois le 25 juin, 11 août et 27 août 1941. Il sera démissionnaire (ou démissionné ?) le 22 septembre 1941. A ce propos Jean LE GOUHIR parlera plus tard du « limogeage » d’Ernest BREANT.

Le 13 octobre 1941, opération d’une autre envergure. Un arrêté du gouvernement de Vichy (4 octobre 1941) désigne 20 conseillers : 9 conseillers élus et 11 nouveaux, pris dans la population :Les neuf anciens sont : Maurice NOEL, Henri TOURMEAU, Charles GOUPIL, François COUILLAUD, Jules DAUFFY, Paul HUARD, Pierre LEFEUVRE, André BERNOU, François LAROSE (Tous élus le 19 mai 1935)

Les onze autres sont Francis CHANTEBEL, Louis GOUBIN, Marguerite CHEVALIER, Paul DURAND-RICHER, Louis HERBET, Marcel LAHOGUE, François LANGLAIS, Emile VINCONT, Albert MORICE, Joseph PESLERBE, Louis AUDOUARD
(Marcel LAHOGUE sera remplacé plus tard par Henri JAMES)

Le maire de ce nouveau « Conseil » ne sera pas élu par les conseillers municipaux, mais désigné d’avance (par arrêté préfectoral du 1er octobre 1941). Il s’agit de Maurice NOEL.

Les adjoints, désignés aussi par arrêté, sont :
- Henri TOURMEAU (élu depuis des années)
- Francis CHANTEBEL choisi par Vichy
- Louis GOUBIN choisi par Vichy

A l’occasion de cette installation, le Préfet DUPARD, prononce une allocution : « J’ai choisi pour former le nouveau Conseil des hommes appartenant à tous les milieux sociaux, désintéressés et connaissant à fond les problèmes techniques, économiques et sociaux, les besoins des familles nombreuses et ceux de l’agriculture. Pour mener à bien la tâche parfois difficile qui leur est demandée, les Conseillers Municipaux devront se pénétrer de l’idée du devoir et s’inspirer de l’exemple que leur donne le Maréchal. Leur mission comporte un aspect administratif et politique et, à cet égard, il leur est demandé de réaliser l’union derrière le Maréchal et son gouvernement ».

Que penser des nouveaux venus au « Conseil » ? :
- certains sont de fervents adeptes du Régime de Vichy.
- d’autres sont viscéralement du parti de l’Ordre.
- d’autres ont une activité sociale indéniable (en faveur des prisonniers de guerre par exemple).
- d’autres enfin sont de simples comparses.

A la mémoire populaire de porter son jugement.

Quoi qu’il en soit, dans une mairie où le poste de garde est occupé par des sentinelles allemandes, où les bâtiments communaux (écoles, abattoir, etc.) et nombre d’employés communaux sont réquisitionnés par l’Occupant, il ne s’agit que d’une caricature de municipalité qui obéit à une administration et à un Etat « aux ordres ».

HUIT JOURS APRES cette installation, exécution des 27 otages du camp de Choisel, à la Sablière (22 octobre 1941). Par la suite, de nombreux Castelbriantais seront poursuivis, arrêtés, déportés vers les camps de la mort et fusillés. Le drame n’épargnera ni le personnel municipal, ni celui de la sous-préfecture, ni même certains membres du « Conseil » ou leur famille. Aucune allusion dans les comptes-rendus municipaux.

En dehors des questions de gestion courante, le malaise transparaît cependant derrière des expressions évoquant « les prescriptions formelles édictées par les lois de la guerre » ou « les prescriptions qui nous sont imposées » (le 22 mars 1943) ou « les désirs de l’autorité supérieure » (20 avril 1943).

Pouvait-il en être autrement ?. Dans cette parodie de Conseil Municipal cohabitent des prosélytes du régime de Vichy, des gens qui s’efforcent de sauver l’essentiel et font à leur façon acte de Résistance et des « lou ravi » qui s’imaginent faire de la gestion.

Le 23 mars 1943, le maire Maurice NOEL (et ses adjoints ?) annoncent qu’ils ont présenté leur démission au Préfet en raison de reproches « au sujet d’opérations de recensement ». il s’agit sans doute de fichage. Ce qu’ils donnent de la réponse du Préfet est très clair : « Nous sommes requis de rester aux fonctions où (...) nous avons été placés en octobre 1941 ».

Le 27 mars 1944, M. TOURMEAU, dernier élu en poste d’adjoint, démissionne. Francis CHANTEBEL sera nommé Premier Adjoint. Louis GOUBIN devient le deuxième. Il n’y aura pas de troisième adjoint.

Du maire et des deux adjoints, qui est en réalité l’homme fort à cette époque ? Et quelle est leur marge de manœuvre ? Réponse impossible ! A la mémoire populaire, là aussi, de rendre son verdict, si elle le peut.

Le maire, Maurice Noël, qui perdra son épouse dans les bombardements de Nantes, mourra discrètement en janvier 1947. Ses deux adjoints quitteront Châteaubriant à la Libération. Un homme de loi, un homme d’affaires, un médecin. Un seul reparaîtra quelques années plus tard ...

 1944 : Le tripartisme

4 AOÛT 1944, Châteaubriant est libérée par les armées américaines du Général Patton. Aussitôt la MP (Military Police) prend en main la ville, relayée en fin de semaine par le « Civil Affaire Office » qui s’installe chez Mademoiselle Le Coconnier (dans l’actuelle rue des Déportés Résistants au n°13). Tout de suite de cordiales relations entre Américains et Français. Le Civil Affaire Office administre la ville juste le temps nécessaire pour que l’administration française retrouve sa place après la Libération des villes de l’Ouest.

Le 5 août 1944, à la Sous-Préfecture, le Sous-Préfet René Dijoud tient une conférence avec des représentants des FFI et FTP. Il est décidé la mise en place d’une commission provisoire, en attendant de prendre contact avec le gouvernement provisoire du Général de Gaulle. Paul Huard est chargé de diriger cette commission.

Paul Huard est une personnalité reconnue à Châteaubriant en raison de sa position de chef d’entreprise (machinisme agricole) mais aussi pour son action en faveur des prisonniers (les premiers, ceux de 1940, pour lesquels il a organisé des évasions, ce qui lui a valu le diplôme de passeur). Le 4 août 1944, il s’est occupé notamment de mettre en lieu sûr le dépôt de farine (qui se trouvait à l’école de Béré) de faire inhumer les Allemands tués et de limiter les pillages. Sa participation, et celle de son épouse, à la Résistance, contribuent encore davantage à faire de lui un leader naturel.

Le 6 août 1944, le "Conseil Municipal" de Châteaubriant, désigné par Vichy, réuni en assemblée extraordinaire sous la présidence du maire, Me Noël, se saborde en prenant à l’unanimité la délibération suivante :

« Le Conseil Municipal exprime sa confiance au comité Français de la Libération Nationale, il se déclare prêt à remettre les mandats qui lui ont été confiés en octobre 1941, au représentant dudit comité »

 Commission municipale provisoire

Paul Huard de son côté se rend à Rennes le 8 août avec le Sous-Préfet M.Dijoud pour un contact avec M. Le Gorgeu, Commissaire du Gouvernement provisoire pour la Bretagne. Ce n’est pas le Sous-Préfet qui est reçu en premier, mais M. Huard à qui Le Gorgeu demande : « Comment s’est comporté le Sous-Préfet pendant l’Occupation ? - C’était un fonctionnaire de Pétain, mais il n’aurait jamais dénoncé un Résistant » répond M. Huard : M. Dijoud est maintenu quelques temps comme Sous-Préfet à Châteaubriant puis échangé avec celui de la Flèche, M. Lanquine, qui avait agi comme lui.

M. Le Gorgeu indique à Paul Huard qu’il devra se rendre à Angers, dès que la villesera libérée, pour y rencontrer M. Jacquier, déjà désigné comme Commissaire de la République. Ce M. Jacquier n’est autre que ...Michel Debré... mais nul ne le sait encore. En arrivant à Angers, Paul Huard rencontre René Tomasini, ancien secrétaire général de la préfecture de Nantes, son compagnon de captivité à la prison d’Angers, maintenant secrétaire de Jacquier. Ainsi est ratifiée la municipalité provisoire de Châteaubriant.

 LES MEMBRES DESIGNES

 :

Président : Paul Huard (industriel à Châteaubriant),

Membres :
- Charles Goupil (secrétaire des mutilés du travail),
- Dr André Bernou (médecin),
- Charles Besnard (père) (industriel),
- André Lahuppe et Jean Le Gouhir (employés SNCF).

Le Sous-Préfet , après avoir rappelé le rôle de Paul Huard en tant que chef d’entreprise, s’adresse à lui en ces termes, le 11 août 1944 :

« Je ne citerai pas les mérites qui vous portent à ce poste que vous acceptez aujourd’hui dans des conditions difficiles, à un moment qui est décisif et qui marque un tournant dans l’histoire de notre pays. Je sais combien cette population, qui a vécu quatre ans sous la botte allemande a été malheureuse et je sais aussi la part que vous avez prise pour aider à la Libération de notre pays. Vous avez souffert dans votre personne et vous en souffrez encore en la personne de Madame Huard. Il y a quelques jours, dans un mouvement de confiance dont je vous remercie, vous avez bien voulu me dire la part très active et très dangereuse qu’elle avait prise, aussi de tout cœur, je vous félicite et me fais l’interprète de toute la population pour vous dire que nous sommes tous avec vous pour vous aider à supporter votre peine actuelle ».

(M. Dijoud faiit allusion à la captivité de M. Huard libéré des prisons allemandes le 26 juillet 44 à Angers, gravement atteint puisqu’il ne pesait plus que 50 kg, lui qui en avait fait 82 ! il évoque aussi Mme Huard que l’on pense en camp de concentration mais sans rien savoir de plus : Où est-elle ? Vit-elle encore ?)

S’adressant ensuite aux membres de la Commission Municipale, M. Dijoud leur déclare :

« Messieurs qui entourez votre président, je suis heureux de vous féliciter d’avoir bien voulu répondre à l’appel qui vous a été adressé. Je suis heureux également de remercier votre président. Il avait été désigné par les chefs de la Résistance. Sa tâche était difficile car il s’agissait de grouper autour de lui un certain nombre de membres d’une commission assez représentative des différents mouvements de résistance et groupements politiques de la Ville pour acquérir l’assentiment général. Il a réussi, c’est grâce à vous qu’il a pu le faire ».

Le Sous-Préfet poursuit son discours, il montre l’époque actuelle pleine d’allégresse grâce au mouvement spontané qui s’est manifesté après des années vécues sous la botte et le drapeau français, flottant enfin sur la mairie à côté de celui des Alliés.

« De tout notre cœur nous avons à nouveau chanté la Marseillaise sans aucune contrainte et dans un mouvement d’enthousiasme absolu. Je suis persuadé que ces manifestations populaires auxquelles nous avons assisté sont le signe que notre pays a une volonté de travailler dans le calme et dans l’ordre, qu’il y réussira certainement ». En revanche, évoquant tout le redressement à faire, le Sous-Préfet ne dissimule pas les difficultés à venir, mais il promet aux membres de la commission de naviguer bientôt « sur mer calme et sous un ciel bleu ».

Dans sa réponse, Paul Huard évoque toutes les victimes de la guerre et pense qu’il faudra, une fois que « les quelques traîtres seront châtiés », « faire l’union de tous les Français ».

La France est dévastée. Après quatre années d’Occupation, seuls subsistent 300 000 véhicules sur les trois millions d’avant-guerre. Il reste 3000 locomotives sur 12 000. Environ 3100 ouvrages d’arts sont détruits, les canaux et rivières navigables sont devenus inutilisables par les épaves et les ponts engloutis dans leur lit. Partout manque la matière première. Les usines tournent à 20 % de leur capacité. Charbon, électricité et gaz font défaut, de même que la main d’œuvre, puisque deux millions d’hommes sont encore retenus en Allemagne.

 LA SABLIERE : On n’oublie pas

Le 22 octobre 1944 a lieu une grande manifestation, la première manifestation officielle à la Sablière. De 50 à 60 000 personnes sont venues, autour de MM. Michel Debré, Fernand Grenier, Rol Tanguy, Maurice Schumann, Charles Tillon, Marcel Cachin. Si cette manifestation est la première organisée de façon officielle, n’oublions pas celle, spontanée, qui dans un grand moment d’émotion porte 5000 à 6000 Castelbriantais à la Carrière tragique le 6 août 1944. « Nous leur devons bien ça » dit-on de porte en porte dans la ville.

Le 22 octobre 44, est débaptisée la Route de Laval à qui l’on donne le nom de Rue des 27 Otages.

Mais les commémorations officielles ne suffisent pas à redonner vie à une ville : il reste tout à faire. L’électricité est coupée, le réseau d’eau aussi.... Pas moyen de trouver le plan de ce dernier à la mairie. Heureusement que les maquisards et les Américains le possèdent, eux !

Opérations plus terre à terre encore : organiser le séjour des troupes américaines à l’école Aristide Briand, nettoyer les locaux de cantonnement que les Allemands ont quittés précipitamment, penser à la rémunération du personnel chargé du ménage chez les Américains, ou aux Bains Douches dont ils font grand usage. En même temps, le conseil municipal réorganise l’harmonie municipale et prévoit l’aménagement d’une baignade à la « Carrière aux Princes », route de Juigné.

 Du travail pour les chômeurs

Mais surtout, il faut songer à l’emploi des Castelbriantais. « Les industries locales se trouvent désorganisées et faute de matières premières ne peuvent reprendre leurs activités normales. ». « Un certain nombre d’ouvriers de l’organisation TODT se trouvent actuellement sans emploi. Jusqu’à présent, la ville de Châteaubriant s’est efforcée de leur venir en aide en les occupant à divers travaux sur les chantiers communaux. En vue de lutter plus efficacement contre le manque de travail, la municipalité envisage la réalisation d’une première tranche de travaux au parc municipal des Sports, route de Vitré et envisage la réouverture du fonds municipal de chômage fermé le 31 mars 1942 ».

°°°

Quatre mois se passent ainsi parmi les tâches d’administration courante, très importantes pour les Castelbriantais, mais ne nécessitant pas une décision officielle de la Commission Municipale. Les comptes-rendus ne les précisent donc pas. Et pourtant : distribution des tickets d’alimentation, recensement des chevaux et voitures de l’armée récupérés par les habitants au moment de leur abandon en juin 1940, constitution de dossiers de sinistrés, aide aux prisonniers de guerre et à leur famille, secours aux indigents, aux femmes en couche, aux réfugiés, etc.

Le 7 décembre 1944, la Commission municipale, (6 membres) cède la place à un conseil municipal provisoire. La guerre n’est pas finie, des élections ne sont pas organisées : le Préfet Alexandre VINCENT (préfet de la Loire Inférieure nommé par M. Jacquier alias Michel Debré) désigne 23 membres parmi lesquels sont élus le maire et trois adjoints :
- Maire : Paul HUARD
- Adjoints : 1er : Jean LE GOUHIR, 2e : Constant PAVARD, 3e : Charles GOUPIL

Membres : François LAROSE, Dr Aimé LAURANS, Mme BREANT, Auguste LEMAITRE, Auguste BARAT (père), François GARCON, Dr André BERNOU, Charles BESNARD (fils), Lucien MENUET, Mlle Jeanne MANCEAU, Albert AUBOURG, Louis MARIVAIN, Auguste MOUSSON, Pierre SOULET-GUERIN, Henri JARNET, Raymond TRAVAILLE, René ORAIN, Pierre MASSON, Georges VETELE, et Victor MARTIN. Parmi les membres, seuls 7 sont des anciens élus de 1935 : MM. Huard, Goupil, Bernou, Besnard, Larose, Laurans, Lemaître.

La composition du Conseil ne satisfait pas tout le monde, en particulier l’association des anciens prisonniers de guerre qui s’étonne de ne pas y voir un seul prisonnier rapatrié. Réponse du maire : deux noms étaient été prévus. Ils n’ont pu être retenus et nous n’avons pas eu le temps matériel de demander un autre candidat.

Dès son installation, le Conseil Municipal provisoire « adresse sa pensée émue à l’armée française ressuscitée qui, par la victoire d’Alsace, achève la Libération du territoire national et s’apprête à entrer en Allemagne pour délivrer nos 3 millions de frères prisonniers ».

Le 20 décembre 1944, le Conseil Municipal désigne en son sein 12 commissions qui reflètent bien les préoccupations liées à la guerre (Contentieux, Chômage, chantiers municipaux, travaux publics, réquisition et agriculture, prisonniers-déportés-réfugiés, prévoyance-aide sociale) ou à la reconstruction du pays (services publics, écoles publiques, fêtes-sports-jeunesse, finances, hygiène et salubrité, voirie et cimetière, Beaux Arts).

 Tout est à mettre en chantier rapidement

- Réorganiser les cours professionnels « en vue d’assurer aux jeunes gens un apprentissage théorique et pratique de leur profession et de les mettre ainsi à même d’accéder aux emploi rémunérateurs et de fournir une main d’œuvre spécialisée aux employeurs locaux. »

- Assurer du travail aux chômeurs : le chantier municipal de chômage emploie 30 à 40 personnes pour le nivellement du futur parc des sports et la coupe des taillis des haies.

- Organiser des élections au Conseil Municipal : la victoire est proche, le gouvernement de Charles de Gaulle remet peu à peu le pays sur les rails d’un fonctionnement démocratique normal : les élections sont prévues les 20 avril et le 13 mai 1945

 Il faut construire la paix

8 MAI 1945 : l’Allemagne capitule. En plein après midi, le Conseil Municipal se réunit pour s’associer à la victoire et saluer les combattants, ceux de 1939-1940, ceux qui ont répondu à l’appel du Général de Gaulle, les combattants de l’empire colonial, les combattants de l’intérieur et ceux de la jeune armée nouvelle.

Le 13 mai 1945, les élections mettent en place un nouveau Conseil Municipal :
- Maire : Paul HUARD
- Adjoints 1er : Jean LE GOUHIR, 2e : Francois GARCON, 3e : Charles GOUPIL

Membres : André BERNOU, Lucien MENUET, Mme BREANT, René ORAIN, Raymond TRAVAILLE, Aimé LAURANS, Auguste LEMAITRE, Jeanne MANCEAU, Victor MARTIN, Henri JARNET, Pierre SOULET-GUERIN, Constant PAVARD, Jean PAUVERT, Auguste MOUSSON, Louis MARIVAIN, Auguste BARAT, Albert AUBOURG, Arsène LOUIS et Georges LEROY (celui-ci est le premier prisonnier rapatrié, accueilli en grande pompe à la gare. Paul Huard l’a mis sur la liste sans lui demander son avis !)

Dans sa première allocution, Paul HUARD déclare « après avoir connu la guerre, il faut construire la paix et nous tourner vers l’avenir. Il sera plus difficile de gagner cette paix que de gagner la guerre ».

Ce Conseil Municipal correspond à peu près aux trois familles politiques qui se montrent au grand jour à cette époque et qui d’ailleurs sont associées à la gestion de la République : socialistes, communistes et MRP. C’est la période du Tripartisme. Le label de « Résistant » prend alors toute son importance et la Droite affairiste, comme l’Extrême Droite, qui ont le « nez sale », ne se montrent guère. (Petit à petit, au fil des années et au fil des élections, les valeurs de la Résistance se déliteront. La Droite d’affaires se refera une virginité, les Héros de la Résistance rentreront dans l’ombre ou deviendront d’anciens combattants bienvenus sur une liste électorale.

 La remise en état de la ville

Le Conseil Municipal nouvellement élu se met à la tâche :

- les travaux du parc des sports vont bon train. La première tranche est terminée : le chemin de la Muloche, 150 m de long, est déplacé ; une piste de 400 m est établie sur le pourtour du champ d’honneur.

- Une deuxième tranche est programmée pour achever le terrain d’honneur et la piste d’athlétisme. Elle doit donner du travail à 25 ouvriers pendant 3 mois : « la situation de la main d’œuvre à Châteaubriant est telle que les chômeurs retomberaient inévitablement à la charge de la société s’ils n’étaient pas secourus sous forme d’embauchage au chantier municipal » (déclare le conseil du 19 mai 1945)

- les ruisseaux n’ont pas été curés pendant la guerre, « il en résulte dans le lit des ruisseaux qui traversent la commune, un amoncellement de détritus végétaux et organiques nuisibles à la salubrité publique et au bon écoulement des eaux ». Il est donc décidé d’y remédier avec l’aide d’un contingent de prisonniers de guerre allemands. Même chose pour l’étang de la Torche.

- l’éclairage public mis hors d’usage « par suite du manque d’entretien, de la rupture des canalisations coupées par les effets des bombardements aériens et enfin par la déprédation et la malveillance », a grand besoin d’être remis en état : remettre lampes, fils, douilles, coupes-circuits, remplacer nombre de poteaux de bois.

- le service de la répurgation réclame des améliorations : fonctionnant dans des conditions défectueuses, il provoque de nombreuses réclamations.

- le service des eaux ne fonctionne qu’avec des installations provisoires depuis la détérioration de deux pompes le 20 avril 1942.

- les bâtiments communaux, ont besoin d’une remise en état à la suite du départ des Américains : école Aristide Briand, Promenade des Terrasses, Bains-Douches, Hôtel des Postes.

Petit à petit, tout se remet à fonctionner : les bibliothèques, l’éducation physique des jeunes (un moniteur est embauché, en partie pour les écoles publiques, en partie au bénéfice des sociétés locales, « en évitant de faire du racolage au profit de l’une ou de l’autre »), le Club Nautique, la société Colombophile, l’Aéro-Club. La Société des Courses, qui utilisait le terrain de Choisel avant qu’il ne devienne un camp d’internement, obtient un nouveau terrain aux Cohardières.

Le service des pompiers s’équipe de moto-pompes et d’un fourgon d’incendie.

 Les premiers impôts locaux

Peu à peu les Déportés donnent de leur nouvelles et rentrent. Pas tous, hélas !

La crise du logement sévit : à l’occasion d’un recensement général, les logements vacants sont réquisitionnés. Les syndicats refont surface au grand jour. La situation économique difficile pour tout le monde fait naître partout des comités de solidarité.

Pour la ville de Châteaubriant, ça tire aussi. Au Conseil du 12 juillet 1945, le maire explique qu’il doit faire face aux dépenses de la Défense Passive, normalement prises en charge par l’Etat au titre des frais de guerre, mais en réalité faiblement remboursées à la commune. Il faut entretenir le service d’eau et les bâtiments communaux et revaloriser les salaires du personnel municipal. La commune manque d’argent.

« Tous ces exemples sont la manifestation d’une même cause : l’avilissement de la monnaie. Nous assistons à un véritable affolement des prix » dit-il.

Le Conseil Municipal décide alors de réduire des dépenses et de créer de nouvelles ressources : taxes sur les ventes et prestations de services, taxe d’habitation, taxe sur le foncier bâti et non-bâti, sur les ordures ménagères. Taxes étant déjà en application dans d’autres villes, mais pas encore à Châteaubriant. Enfin la municipalité décide de recourir à l’emprunt bien que, reconnaît le Conseil Municipal du 12 juillet 1945, la charge de cet impôt différé repose sur les générations suivantes.

 Vœu du Conseil

Sur proposition de M. LE GOUHIR, premier adjoint, le Conseil adopte le vœu suivant le 15 décembre 1945 :

« Le Conseil demande que le tableau des maires et adjoints soit mis à jour et placé en vue du public. Il demande que l’espace réservé à la période comprise entre le limogeage de M.Bréant et la Libération soit rempli par la mention "OCCUPATION ALLEMANDE" ».

 Deux foires aux Terrasses

Les deux foires des Terrasses, supprimées le 29 décembre 1942, « sous prétexte que la Place des Terrasses n’était pas aménagée pour l’attache des bovidés » sont rétablies le 19 avril 1946 aux dates traditionnelles : le premier mercredi après la Trinité et le deuxième mercredi après la Toussaint « afin de favoriser la reprise du commerce des animaux et les échanges locaux ».

De même, la Foire de Béré qui a vécu au ralenti sous l’Occupation, est repartie dès la Foire de Printemps, mais la presse locale signale « les prix prohibitifs appliqués : 10 francs trois petits tours de manège, 15 francs cinq bonbons ridicules bien enveloppés...de quoi satisfaire les nouveaux riches... et pourtant les forains se plaignent, leurs frais sont élevés, le prélèvement du Trésor et autres dépenses dépassent 41% sur les recettes et les jours creux, il faut vivre tout de même ».

 LA VOIE DE LA LIBERTE

La vie reprend ses droits, avec toutes les difficultés quotidiennes qui ne font pour autant pas oublier le passé : le 4 août 1946, deuxième anniversaire de la Libération, sont rebaptisées les rues de la Libération, rue Max Veper, rue Annie Gautier-Grosdoy, rue Denieul et Gastineau.

La Voie de la Liberté, suivie par la Troisième armée américaine, de Saint Mère l’Eglise à Metz, en passant par Châteaubriant, est équipée de bornes kilométriques commémoratives. ( voir livrepage 253)

Une exposition, depuis le 29 septembre 2009, retrace et rend hommage à la Résistance au Pays de Châteaubriant. A voir au Musée de la Sablière (Tél 02 40 28 60 36). Les évocations historiques, lors des cérémonies de la Sablière, ont fait régulièrement référence à la résistance locale, spécialement en octobre 2009.

La guerre a été gagnée, mais, comme le dit Paul HUARD, la paix reste à gagner.
Ce sera long.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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