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Livre - Arthur Deroche

Hors frontières :

Arthur Deroche ou les Combattants de la Liberté

Avant de raconter sa propre histoire, Arthur Deroche évoque la mémoire de Patrick de CAMBOURG, dont la mère habitait le Bois Péan à Fercé et qui fut tué à la Bataille de Bir-Hakeim, cette célèbre bataille dans le désert de Cyrénaïque à 60 km de Tobrouk où le général Koenig tint tête avec 3600 soldats de la France libre, aux assauts de quelque 40 000 Allemands sous les ordres de Rommel. Cette Résistance héroïque permit aux Britanniques de se retirer jusqu’à El Alamein d’où repartit en octobre 1942 la reconquête alliée.

Arthur Deroche évoque encore le jeune Eugène RIVIERE, engagé par les FNFL (Forces Navales Françaises Libres) et qui trouva la mort sur le SURCOUF, le 18 février 1942, dans le golfe du Mexique. Le SURCOUF était un sous-marin français, le plus grand du monde, capable de porter un hydravion à son bord. Ce fut le seul de son espèce : les Anglais avant la guerre de 39-45 s’étaient opposés dans le cadre de la SDN (Société des Nations) à ce qu’il en fut construit d’autres.

Arthur Deroche En 1940, au début de la guerre, Arthur Deroche a 17 ans. Il embarque sur le « Vikings », un gros chalutier de pêche, réquisitionné par la marine française et armé pour servir d’escorte aux convois militaires. Le 9 mai 44, le Vikings se trouve en Angleterre, la veille du jour où les Allemands envahissent la Belgique, jettent à la mer les forces franco-britanniques. Quand arrive le 22 juin 40 (capitulation de la France devant l’Allemagne), Arthur Deroche est toujours basé en Angleterre. Quatre jours plus tôt, un certain de Gaulle, général de brigade inconnu, a lancé un appel à la Résistance, mais peu de monde le sait.

3 juillet 1940, MERS EL KEBIR. Dans ce port d’Algérie, les Anglais craignent de voir la flotte française tomber aux mains des Allemands. Ils somment l’amiral Gensoul, soit de se rallier aux forces anglaises, soit de gagner un port britannique, soit de se saborder. Devant le refus global de l’amiral Gensoul, l’escadre anglaise ouvre le feu, causant la mort de 1300 marins et de gros dégâts aux navires. Le jour même, l’équipage du Vikings est fait prisonnier par les Anglais. « Une prison comme ça on en redemanderait » dit Arthur Deroche : les Anglais leur donnaient la permission de sortir et leur remettaient même un peu d’argent.

Deux semaines se passent. Les 132 marins du Vikings et d’un autre chalutier sont mis en demeure de choisir : rentrer en France, être incorporés dans les forces anglaises, ou se rallier à de Gaulle : « De Gaulle ? Qui est ce De Gaulle ? » 110 de mes camarades rentrent en France. Les 22 autres rallient la marine anglaise » « Nous avons signé notre engagement le 14 juillet 1940, en protestant contre le choix de cette date, pour nous historique. Les Anglais se sont excusés : ils ne l’avaient pas fait exprès. »

Un vrai nom de guerre : Arthur Deroche = Tyrone little wood

Voilà donc nos Français devenus Anglais. On les rebaptise aussitôt. Arthur Deroche est appelé « Tyrone Little Wood » (tyrone petit bois). Un soir, il sort pour faire la fête.
Pour lui permettre de rentrer à la base, on lui demande son nom mais... il a oublié son nom de guerre ! et les sentinelles anglaises ignorent que dans leur base maritime se trouvent 22 Français qui ne parlent pas l’anglais, tout en ayant un uniforme anglais et oubliant leur nom anglais ! enfin, tout s’arrange quand même !

« On nous a dit depuis, qu’en signant avec les Anglais, nous devenions des mercenaires. C’est faux, nous étions seulement des Combattants pour la Liberté, pas même la liberté d’un pays, mais la LIBERTE tout simplement » explique Arthur Deroche avec passion.

La bataille de l’Atlantique

Quelques temps après, au cours d’une de leurs sorties, les marins français rencontrent d’autres marins ralliés, eux, à De Gaulle. Explications, discussions : Arthur Deroche rejoint De Gaulle en septembre 1940 et là, comme radio, il participe pendant quatre ans à la Bataille de l’Atlantique, d’abord sur le contre-torpilleur LEOPARD, puis sur la corvette « La Lobélia ».

La bataille de l’Atlantique fut vitale dans la guerre.
Pour l’Angleterre d’abord, pour les Alliés ensuite :

Le 22 juin 1940, quand la France capitule, l’Angleterre se retrouve seule en guerre contre l’Allemagne. Hitler décide d’isoler, d’affamer l’île Britannique et de la cueillir comme un fruit mûr. En effet l’Angleterre, qui ne dispose pas d’une agriculture suffisante, est tributaire de ses colonies, pour son alimentation. Les Allemands avec leurs sous-marins basés à Brest, St-Nazaire, La Pallice et à Bordeaux, décident de détruire les convois de ravitaillement destinés à l’Angleterre. Ils sont appuyés par leur aviation.

Pour parer au danger, les Anglais groupent leurs bateaux en convois d’une quarantaine de navires, protégés par des corvettes et des torpilleurs. Les convois sont formés à HALIFAX (Canada) et pris en charge du côté de Terre-Neuve. Les navires qui marchent à bonne vitesse font route de façon indépendante, seuls les navires lents ont besoin d’une escorte, répartie en un vaste écran à 3000 mètres du convoi : « Une muraille mobile autour d’une cité mouvante » dit le capitaine de la frégate Pierre de Morsier dans son livre « les corvettes de l’Atlantique ».

Sous bonne escorte

Le rôle de l’escorteur : détecter les sous-marins (à l’aide d’un appareil nommé « asdic »), observer les mouvements de l’adversaire et larguer, à une distance convenable sur l’avant du sous-marin, un lot de grenades destinées à l’encadrer au moment où elles éclateront.

Pour assurer l’arrivée du convoi à destination, sans retard et sans pertes, les routes les meilleures sont choisies loin des côtes françaises truffées d’ennemis et profitent de la couverture qu’apporte l’aviation, à partir du Canada, ou à partir de Reykjawik en Islande. Mais toutes ces précautions n’empêchent pas, pendant les années 40-41 que soient coulés par les Allemands, plus de bateaux que les Américains et les Anglais n’en pouvaient construire.

« La première phase de cette Bataille de l’Atlantique est fondamentale » explique Arthur Deroche. « Si l’Angleterre avait été vaincue elle aussi, toute possibilité de retournement de la situation, à partir d’un débarquement allié sur les côtes françaises aurait été interdite. C’était la domination nazie sur toute l’Europe, pour longtemps ».

Hitler, qui pense pouvoir envahir l’Angleterre rapidement se tourne alors vers la Russie à qui il déclare la guerre le 22 juin 1941. Là commence la deuxième phase de la Bataille de l’Atlantique : la Russie, pour résister à l’Allemagne, a besoin d’être équipée en tanks et en avions et il faut en transporter les pièces par bateaux car les avions à l’époque, ne sont pas suffisamment performants pour traverser l’Atlantique. Les convois se dirigent vers Mourmansk et Arkhangelsk, « Nous étions obligés de passer au plus près de l’Islande, à la pointe Sud du Groenland, pour éviter les sous-marins et les avions basés en Norvège, en essayant aussi de ne pas rentrer en collision avec un iceberg » raconte Arthur Deroche. Ce voyage ne va pas sans inconvénient comme ce jour où il fait si froid qu’un paquet de mer transforme Arthur Deroche en bloc de glace.

Le front russe est longtemps le seul front de la dernière guerre, mais les Soviétiques ne cessent de réclamer l’ouverture d’un second front qui diminuerait la pression sur eux. C’est aussi l’objectif des Alliés qui envisagent un débarquement sur les côtes de l’Atlantique. Commence alors la troisième phase de la Bataille de l’Atlantique : acheminer des troupes américaines et du matériel jusqu’à l’Angleterre en vue du débarquement. « Pour les transports de troupes, pas de problème, le Queen Elizabeth et le Queen Mary étaient assez rapides pour traverser seuls : il y avait statistiquement peu de chances pour qu’un sous-marin se trouve sur leur route ou à proximité et comme il est plus lent... ». Effectivement, aucun de ces bateaux ne sera attaqué mais le risque demeure important pour les transports de matériels, forcément très lents. Le rôle des escortes dont fait partie la Lobélia, sur laquelle se trouve Arthur Deroche, est donc essentiel.

Il faut dire que le progrès technique arrange bien les choses : « A partir de 1942, nous avons été équipés de radars pour la surface. Les Allemands n’en ont jamais eu. De plus, nous recevions l’aide des avions anglais et des hydravions. Grâce à cela nous avons réussi à prendre le dessus des sous-marins allemands à partir de 1943. A la fin de cette année-là, la Bataille de l’Atlantique était gagnée. Les Allemands avaient perdu 753 sous-marins sur les 1170 qu’ils possédaient et la voie était libre pour l’opération OVERLORD, c’est-à-dire pour le débarquement en Normandie qui devait être l’opération capitale de la seconde guerre mondiale ».

Arthur Deroche pourrait en raconter encore sur cette histoire de la Bataille de l’Atlantique, sur cette route de la liberté qui passe d’abord entre l’Islande et l’Angleterre avant de s’établir sur le continent et s’enfoncer vers le centre de l’Europe. Son récit est passionnant ... Le souffle des combattants de la France Libre, n’a rien perdu de sa puissance.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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