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Livre - Maurice Marchand

Maurice MARCHAND : Réfractaire au STO

« STO, trois lettres qui tombent comme un couperet : S comme Service, T comme Travail, O comme Obligatoire. Des initiales qui, à l’origine, s’appliquent aux jeunes gens requis par la loi du 16 février 1943 pour aller travailler en Allemagne et qui, dans l’opinion publique, ont fini par désigner la presque totalité des prélèvements de main-d’œuvre » écrit l’historien Dominique Veillon, dans le numéro spécial de la revue L’HISTOIRE, paru en 1985.

S.T.O : beaucoup d’hommes partent. Beaucoup ne partent pas : ils se cachent dans les forêts, se font embaucher dans des usines « S », gagnent le maquis quand il en existe un. Comme dit Robert Brasillach, écrivain français partisan du fascisme Hitlérien : « lorsque SAUCKEL demande à LAVAL 500 000 hommes, ceci fait 499 000 bandits dans le maquis ».

La proportion de réfractaires citée par Brasillach est fortement exagérée, mais il est vrai que les réfractaires constituent une partie des jeunes engagés dans l’action clandestine.

Maurice MARCHAND vit la période 1943-1944 en « réfractaire ». En février 1943, il a 21 ans, il travaille à la fonderie Huard. C’est l’époque de la municipalité « Maurice Noël », mise en place par Vichy après la démission d’Ernest Bréant le 22 septembre 1941. Le 7 février 1943, au cours de l’après-midi, une sirène retentit dans l’usine : le syndicaliste René ADRY, juché sur des moules, annonce que la Direction Huard a eu connaissance de la liste de 18 ouvriers (dont Maurice Marchand) exigés par le gouvernement de Vichy pour travailler en Allemagne, au titre de « la Relève » créée par Pétain, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO). Une protestation véhémente est votée par les ouvriers : pas un ouvrier ne part pour le Grand Reich.

Convoqué pour passer la visite médicale préalable à son départ en Allemagne, Maurice Marchand décide de ne pas se présenter. Ce n’est pas le moment de rester chez lui : les autorités allemandes le recherchent.

Maurice MARCHAND demande à Francis ROUESNE, fermier au lieu-dit « le Rocher » à Soudan, de le cacher. Le paysan n’est pas très chaud car des sanctions sont prévues contre tous ceux qui apportent leur aide aux réfractaires au STO. Mais, brave homme, d’une grande indépendance d’esprit, il prend le risque. Maurice MARCHAND troque donc la lime de l’ajusteur contre la fourche et le râteau, et apprend à faner et à garder les vaches.

Le traître VASSEUR

Un soir d’octobre 1943, un homme se présente chez le garde-forestier de la forêt de Juigné. Il se dit réfractaire au STO et désire rencontrer « le réfractaire qui se camoufle dans le village du Bas...c’est-à-dire moi ! » raconte Maurice Marchand. Le garde-chasse, Auguste COLIN affirme qu’il ne connaît aucun réfractaire et généreusement, offre « une croûte » à son visiteur...à qui il ne trouve pas l’air très honnête. Pendant que sa femme et sa fille servent le prétendu réfractaire, il se rend en courant au Village du Rocher, distant de 600 mètres. « Cache-toi, me dit-il tout essoufflé, « il y a un drôle d’individu qui te cherche ». Maurice MARCHAND se cache au sommet d’un pailler. L’homme, apparemment convaincu par Auguste COLIN qu’il ne trouvera rien ce jour-là, s’en retourne à Châteaubriant. Curieusement, une voiture l’attend sur la route.

On n’entend plus parler de lui jusqu’au 21 juillet 1944, lors des exécutions de « Bout de Forêt », à 100 mètres de la maison du Garde-Chasse : le père COLIN reconnaît, parmi les exécuteurs, l’homme venu un soir chez lui, le sinistre Jacques VASSEUR qui donnait le coup de grâce. (voir pages 53-54)

A chaque fois qu’il passe devant le monument de Bout de Forêt, Maurice MARCHAND se souvient de Maurice ROUESNE qui l’a caché, d’Auguste COLIN qui l’a prévenu du danger, et ne peut s’empêcher de penser : « Mon nom aurait pu être gravé dans le granit de cette stèle avec les sept autres victimes ».

De cette période de réfractaire au STO, Maurice MARCHAND garde des traces physiques : blessé au genou gauche, soigné dans la clandestinité, il a contracté la tuberculose osseuse et sa jambe est raidie. Il lui faudra se battre pour que soit reconnue sa qualité de « réfractaire ». Il se rendra au service du Ministère du Travail à Nantes, marchant péniblement avec une canne dans la ville dévastée par les bombardements, pour obtenir le droit d’entrer à l’hôpital de Châteaubriant et d’être soigné. Maurice MARCHAND est donc une victime de guerre...sans pension car le Ministère des Anciens Combattants ne prend pas en compte les périodes de clandestinité pour l’indemnisation des infirmités. En revanche, ceux qui sont partis au STO, ont droit, eux, à une pension d’invalidité.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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