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Livre - le message clandestin

 

 Le message clandestin

Raymond POULAIN, né le 22 juin 1922, originaire de Martigné Ferchaud, réfractaire au STO, appartient au réseau Buckmaster, sous le nom de Marcel Poulard . Il prend part à des parachutages d’armes et matériels de guerre. Il sera arrêté le 29 novembre 1943 chez M. Delatouche à Saint Jean sur Couesnon et emprisonné à Rennes. (a)

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Incarcéré à la prison Jacques Cartier de Rennes, il communique avec sa sœur (également sa marraine) à l’aide de messages écrits sur des feuilles de papier à cigarette, et cachés dans l’ourlet d’un torchon : « ( Sans date) - J’ai trouvé une nouvelle combine pour écrire. L’autre devenait dangereuse. Comme ça c’est plus sûr. Tu tâcheras de trouver des torchons qui ont l’ourlet assez grand sans l’être de trop. Juste ce qu’il faut. Ne pas mettre trop de feuilles pliées ensemble : une ou deux pas très loin du coin pour que je puisse les avoir et de préférence dans le torchon qui enveloppe le manger. Je te renvoie une veste. J’en ai deux autres. Ici, je ne peux pas avoir trop de choses. D’ailleurs, je crois qu’elle est à papa. De préférence, envoyez moi des bleus, les plus neufs, et je voudrais toujours avoir un caleçon de rechange. »

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Dans le torchon !!


En général, un début de date figure sur le message, ce qui tend à démontrer que Raymond POULAIN parvient à passer ses messages et à obtenir les réponses en moins d’un mois. Dans l’hypothèse contraire, il aurait précisé le mois, comme il le fera pour les lettres écrites dans le train qui le conduit à Neuengamme et dont il n’est pas certain du délai d’acheminement. (voir document D37, livre page 285)

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D 36 Message

« Le 4 (décembre 1943) - « Chère marraine. Je t’écris ce soir en arrivant de travailler de la gestapo. J’ai recommencé ce matin et je dois en avoir pour plusieurs jours. Je suis là-bas avec Pierre Bachelot de Martigné et deux autres types que je connaissais déjà. Nous nettoyons des ( ? ). J’ai eu quelques renseignements sur mon affaire. Ca va très bien pour moi. Les camarades ont bien tenu leur langue. Je suis content. Je vous embrasse tous affectueusement. Raymond ».

Une « lettre » tient sur plusieurs feuillets comme l’illustre la lettre ci-dessous écrite sur neuf feuilles de papier à cigarettes :

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- « Le 8 : Bien chère marraine. Nous avons été réveillés ce matin au petit jour par le chant de la marseillaise. Et les cris de "vengez nous" des pauvres malheureux qu’on emmenait pour les fusiller. Je te dis que

- c’est bien lugubre et révoltant d’entendre cela mais derrière nos épaisses portes, nous sommes bien impuissants. Nous avons appris depuis qu’ils étaient 33 ; en tout cas, ils étaient courageux.

- Puis depuis le temps qu’ils nous font croire que le débarquement est imminent, nous sommes à bout de nerfs. Je t‘assure que maintenant je ne serais pas mécontent si on me déportait en Allemagne

-  ou autre part pourvu que je sorte de là-dedans. Je commence à ne plus croire au débarquement. Probablement, je regretterais plus tard si on m’emmenait mais pour le moment, je serais content.

- J’espère que tu n’as pas trop peur avec toutes ces alertes et bombardements de Saint Jacques et de Bruz*. A chaque fois, je pense à toi. C’est vrai que les derniers bombardements de presque toutes ...

- ... les grandes villes de France ne sont pas faits pour te rassurer . Quels assassins ! Enfin, je crois qu’ils réservent la gare de Rennes maintenant que la Bretagne est isolée puisque Chartres, Le Mans, Angers, Nantes sont coupés.

- Je ne suis pas retourné travailler. Je ne crois pas que vous soyez autorisés à me voir avant que l’instruction de mon affaire soit terminée. En tout cas, moi je ne peux rien faire.

- Tu me dis que l’on trouve toujours ton sac trop lourd. C’est peut être l’interprète qui te dit cela car je suis très mal avec lui et il m’en veut à mort et il est très méchant. J’espère bien le retrouver plus tard.

- As tu toujours de bonnes nouvelles d’Emile ? J’espère que vous allez tous bien ainsi que Jacques et son chien. Je vous embrasse tous bien tendrement. Je n’ai plus qu’un petit bout de mine. Tâche de m’en envoyer dans le prochain colis. N’oublie pas. Je n’ai presque plus non plus de papier à cigarettes. Tâche donc aussi d’en camoufler un cahier. Mais il faudrait peut être mieux mettre aussi un paquet de tabac qui te reviendra. Ca paraît moins louche si toutefois ils trouveraient le papier. Je vous embrasse. Raymond. »

(*) Dans ce courrier, il est fait allusion au dramatique bombardement
de Bruz le 7 mai 1944 lequel, suite à une erreur des Alliés, a fait plus de
180 morts dont 51 enfants qui faisaient leur Communion. Le lendemain,
les prisonniers semblent déjà bien au courant de cette tragédie.

Raymond Poulain quittera finalement la prison de Rennes le 29 juin 1944 pour Compiègne puis Neuengamme où il a finalement été porté disparu le 25 octobre 1944.

 Le cuirassier nègre

Selon André Bessière, il n’est pas rare que les Déportés réussissent à se procurer du papier dans les camps de concentration, en particulier dans les Kommandos de travail. « Transcendant d’inspiration, le poète Robert Desnos compose un long poème surréaliste intitulé "Le cuirassier Nègre". Parfois, pendant le temps libre du soir, avant l’extinction des feux, il en lit, à un auditoire choisi, des passages aussi obscurs que sonores. Ces textes, transcrits au crayon sur blancs de journaux abandonnés ou feuilles de papier à cigarette, sont enfermés dans une boîte en fer... » [D’un enfer à l’autre, page 205].

La sociologue Germaine Tillion, déportée à Ravensbrück, raconte qu’elle réussit à cacher « ma petite "Imitation de Jésus-Christ" pleine de repères chronologiques » (sur la partie basse des 390 pages, Germaine Tillion a noté les repères relatifs à ses années de camp). Elle a ramené aussi une opérette « le Verfügbar aux Enfers » et les identités des principaux SS du camp « vaguement camouflées en recettes de cuisine ». Ces objets clandestins échappèrent au contrôle car les femmes qui venaient d’être fouillées « parvinrent à passer de main en main ce que celles qui allaient l’être voulaient conserver » [Livre Ravensbrück, éditions du seuil, 1988, page 30].


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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