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Marcel Letertre (père) - Souvenirs de Déportation. Emile Letertre.

Ecrit le 31 août 2005 (1) :

 Marcel Letertre, Notes de Déportation

Fuyant l’univers des Camps de Concentration nazis , des hommes, des femmes, trouvèrent le moyen de résister à la déshumanisation. Le poète Robert Desnos fut l’un de ceux-là : « le soir avant l’extinction des feux, sur d’informes bouts de papier et à coups de mines de crayon de fortune » il trouvait le moyen « de griffonner des poèmes » raconte André Bessières.

Germaine Tillion, lors de sa déportation à Ravensbrück, écrivit une opérette « Le Verfügbar aux enfers » et prit de nombreuses notes qui lui servirent ensuite pour son analyse d’ethnologue sur les Camps de Concentration.

D’autres déportés réalisèrent des dessins ou des poèmes qu’ils réussirent à sauver lors de la libération.

Tous ces témoignages, dans leur nudité, sont des documents exceptionnels sur les conditions de vie ou de mort imposées par des hommes à d’autres hommes.

 Tachés de sang

Le livre « Marcel Letertre, notes de déportation » est un témoignage à cette hauteur. Patrick Simon-Letertre, a entrepris le décryptage des « petits papiers » de son grand-père, transmis dans le col des chemises sales (lors de l’internement à la prison de Rennes) ou revenus mystérieusement à la famille en juin 1945 dans un étui constitué de deux feuilles de métal assemblées par des anneaux.

Après un bref rappel du rôle de Marcel Letertre à la tête du groupe Buckmaster-Oscar, après le récit de l’arrestation par la Gestapo le 30 novembre 1943, Patrick Simon-Letertre laisse parler les documents bruts, tachés de sang et de sueur.

On y découvre alors un homme, « Résistant, Déporté, Chrétien » qui, en style télégraphique, raconte les interrogatoires (« coups redoublés, figures bestiales » - « angoisses à chaque pas dans couloir ») , son souci de la famille restée à Châteaubriant, de son fils interné aussi à Rennes, des amis arrêtés comme lui, et sa foi inébranlable : « A la grâce de Dieu, tout ce qu’il fait est bien même si nous souffrons beaucoup ».

Déporté dans le « Convoi des Tatoués », Marcel Letertre décrit la sordie réalité comme dans cette note du 30 avril 1944 : « lieu sinistre - pas de végétation ni d’oiseaux (...), fils électrifiés 4 fours crématoires géants - nus pendant 24 h et dépouillés de tout - (...) convoi incinéré à notre arrivée » . Témoignage écrit sur le vif.

Auschwitz, Flöha, la marche de la mort : les notes de Marcel Letertre manifestent le besoin de fixer des points de repère. Pour une histoire ultérieure qu’il ne pourra pas écrire puisqu’il disparut du côté de Terezin (Theresienstadt). Le livre, où la retenue elle-même provoque l’émotion, se termine par une série de témoignages qui permettent de mieux cerner l’homme, sa bonté, sa joie de vivre, sa foi.

En vente en librairie à Châteaubriant ou à l’abbaye de La Meilleraye ou chez l‘auteur, 5 route de Jouy, 91570 Bièvres - 215 pages - 45 €.


Ecrit le 28 mars 2007

 Des dizaines de languettes de papier jauni

Livre de Patrick Simon-Letertre : Un document rarissime dans l’histoire de la Déportation. Le seul connu
en France

Ces « notes de déportation » c’est d’abord une histoire de famille. « J’avais vu ces petits papiers qui me faisaient l’effet de reliques tant la piété avec laquelle Grand-mère les manipulait était grande. Elle me les avait montrés un jour ou elle les avait extraits de la pile de linge où elle les gardait si précieusement. Tout ce qu’il lui restait de son époux » dit Patrick Simon-Letertre.

Pendant près de 60 ans ces documents sont restés enfouis. Pourtant Patrick Simon-Letertre souhaitait que ses proches puissent partager une partie de l’émotion qui l’étreint encore à leur évocation 40 ans après. « Je voulais partager ce qui m’apparaissait comme un message d’espoir, de foi. Ces notes sont un cri de confiance dans la vie qui a continué jusque dans les camps de la Mort. L’homme, quelles que soient les conditions auxquelles il peut être soumis, reste un homme dans toute sa dignité. Quand tout semble perdu, il reste debout et assume son devoir, sa responsabilité d’homme, jusqu’au bout. »

Alors, Patrick a commencé à classer les documents dans un recueil de photocopies couleur, achevant les transcriptions débutées 30 ans auparavant par ses oncles et tantes.

« Mais comment comprendre l’histoire sans la resituer dans son contexte ? J’ai pensé qu’il fallait écrire le périple de ces petits papiers, répondre aux questions qui ne manquent pas de se poser à la découverte de l’histoire, de l’homme, de ses valeurs, essayer de résoudre les énigmes :
- Pourquoi un convoi de non-juifs à Auschwitz,
- Comment Marcel Letertre a-t-il fait pour écrire et conserver ses papiers ?
- Pourquoi ce risque, cette détermination à écrire ?
- Pourquoi et comment les notes nous sont-elles parvenues ?
- Et surtout ... qu’est-il devenu ? ».

Ce livre, « écrit à partir de dizaines de petits feuillets, de languettes de papier jauni, tachés par la sueur et le sang, noircis d’une fine écriture au crayon », raconte avec précision et minutie, la vie quotidienne des camps, au jour le jour. Témoignage sans fioritures. "Reportage". Faits incontestables, « irréfutables témoins des horreurs ».

L’ouvrage a été une écriture longue et difficile émotionnellement, pour l’auteur, et pour ceux qui ont vécu cette époque : les enfants de Marcel Letertre. « Ces moments leur ont rappelé des souvenirs, ont ravivé les cauchemars qui les réveillent depuis 60 ans, ont fait ressurgir les visions de l’arrestation, la douleur de l’incertitude, du néant de la disparition ».

Au delà de l’histoire d’une famille, ce fut, pour l’auteur, le moyen de « d’achever de graver la stèle de [son] Grand Père » . « J’ai exorcisé sa disparition » dit-il.

Le livre a reçu le diplôme « Mention spéciale » lors de la remise des prix, le 15 mars 2007, de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique. On peut le trouver en librairies.


Ecrit le 9 mai 2007

 Prix d’Estienne d’Orves

L’association nantaise des auditeurs de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale, a remis le Prix "Honoré d’Estienne d’Orves", au livre « Notes de déportation de Marcel Letertre » réalisé par Patrick Simon-Letertre à partir des notes de son grand père.

« Un livre d’espérance, de liberté et des joies intérieures » dira le Président Jean-Pierre Bois, en insistant sur « la nécessité impérieuse de transmettre l’histoire de ceux grâce auxquels la Nation, la République et la liberté sont notre bien commun ».

Honoré d’Estienne d’Orves, officier de marine français, héros de la Seconde Guerre mondiale, est réputé être le premier martyr de la Résistance.

Louis Aragon lui a dédié, avec trois autres résistants (Gabriel Péri, Gilbert Dru et Guy Moquet, soit deux chrétiens et deux communistes), son poème "La rose et le réséda", qui contient les célèbres vers :

Celui qui croyait au Ciel
Celui qui n’y croyait pas"


Ecrit le 15 juillet 2015

 Emile Letertre, prêtre et Résistant

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Emile Letertre

Emile Letertre nous a quittés, à la veille de ses 91 ans. Fils et frère de Résistants du réseau Buckmaster Oscar, ayant participé lui-même à des actions de Résistance, il était prêtre, toujours soucieux de la défense des Droits de l’Homme, en commençant par les plus méprisés. C’est ainsi qu’il participa à la fondation, en 1972, d’un mouvement chrétien nommé David et Jonathan, en référence au récit biblique présentant deux jeunes hommes qui s’aimaient et partageaient une cause commune. Il n’eut de cesse par la suite, de rappeler que les homosexuels furent particuièrement victimes de persécutions nazies.

A partir de 2004, il participa à l’association 4ACG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre) et au livre « Guerre d’Algérie, Guerre d’Indépendance » qui rassemble des récits de combattants algériens et français, harkis, pieds-noirs, réfractaires, médecins, infir-mières, membres de leur famille, tous mêlés d’une façon ou d’une autre à la guerre. Il était très sensible à tous « les mondes du silence », à tous ceux que la guerre a détruits parce qu’ils ont vécu l’indicible, la torture, la déportation.
« La torture dont ils ont été les témoins, peut-être les acteurs, vibrionne dans leur mémoire tel un cancer ramené de l’Aurès ou de la Kabylie » a-t-il dit.

« La Déportation : Trois des miens dans les camps de la mort (Réseau Buckmaster). Et moi-même, résistant aussi, harcelé par la Gestapo qui m’avait laissé dans la nature en espérant que j’ajouterais, imprudemment, à leurs dossiers déjà copieux. Les couloirs de la mort, dit-on aux USA. Savoir, chaque matin, que c’était peut-être pour le soir ».

Prêtre non conformiste, il était passionné d’histoire, on lui doit un « Piriac sous l’Occupation » mais aussi une participation régulière au journal La Mée aussi bien pour le livre ’’Telles furent nos jeunes années’’ que pour rappeler des pans d’histoire, par exemple sur le général de Bollardière (apôtre de la non-violence) ou sur le Docteur Bernou, ou sur Georges Laurent En 2003, il organisa le Congrès des Tatoués à Châteaubriant : 14 Résistants de la Région castelbriantaise furent ainsi tatoués en arrivant à Auschwitz en avril 1944. En 2005 il participa à la parution du livre « Notes de Déportation » réalisé par Patrick Simon à partir des écrits de Marcel Letertre (père d’Emile). Un autre livre, et peut-être un film, devraient sortir sur « Les recettes de cuisine du Déporté ».

Dans sa maison de retraite, il s’engagea au Conseil de la Vie Sociale, demandant que ’’les vieux’’ même en fin de vie, soient toujours considérés comme des humains. A part ça, il était poète aussi, on lui doit par exemple un très beau texte sur Le Grand Donjon du Château de Châteaubriant. Emile Letertre a été inhumé dans cette ville de Châteaubriant qu’il aimait tant.

Marcel Letertre, fils, fut aussi déporté


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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