Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Aller au plan simplifié  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > La Résistance à Châteaubriant > b - Commémorations > Commémoration de la Sablière - 1999

Commémoration de la Sablière - 1999



(Textes, et poèmes extraits de l’évocation historique du 24 octobre 1999, conçue et écrite par Jacques Mignot, réalisée avec la collaboration d’Alexis Chevalier.)

Si je mourais là- bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
 
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
 
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
 
0 mon unique amour et ma grande folie
La nuit descend.
On y pressent un long destin de sang (1)

Guillaume Appolinaire écrivit ce poème à Lou, la femme qu’il aimait, la veille de partir pour le front. C’était la première guerre mondiale. La grande boucherie. Des millions et des millions de morts. La dernière, disait-on... la der des der...

Le bébé qui naquit ce 11 novembre 1918 atteignit sa majorité 21 ans plus tard, le 11 novembre 1939. La seconde guerre mondiale était déjà déclarée depuis des mois ! Elle fera cinquante millions de morts. Folie, folie, folie !

JENNY :

Folie des hommes ? Voire... La responsabilité de certains est écrasante car ils ont exercé des pouvoirs politiques, financiers et militaires. Calculs tragiques, plus que folie ! Les hommes sont-ils faits pour s’entretuer ? Sont-ils faits pour s’entendre ? Ils sont faits pour vivre ensemble. Alors ?

Je suis allongé dans une cellule de pierre
Ma tête est appuyée contre la pierre,
Mon corps est appuyé contre la pierre,
Comme de la colle.
Ma main caresse le mur rugueux et Iisse
Ma main caresse le mur qui glisse,
Le mur humide comme de la colle
Je vais mourir dans quelques heures.
Cette dernière nuit est la plus courte
Naturellement....
Je vais mourir et je pense au futur,
J’ai cessé de me souvenir,
J’ai si peur de regretter.
Je demande pardon aux hommes de ma patrie
Morts pour ma liberté.
Je meurs pour les hommes de ma patrie
Et pour leur liberté.
C’est bon.
ô serons-nous vengés ?
Ô seront-ils punis ?
 
Je suis allongé dans une cellule de pierre
Je suis allongé dans un carré de nuit
Toute chose est sans valeur pour moi à présent
Je ne suis plus que nuit à présent
Et je ferme les yeux, je dors, je rêve,
Le petit Poucet avec ses larges bottes,
Les bottes, les bottes, les bottes, Déjà ! ........... (2)

JENNY :

A vingt ans, mourir à Madrid, à Craonne, à Stalingrad, à Châteaubriant, à Auschwitz ou à Hiroshima, à Sarajevo ou au Rwanda, quel sens donner à cela ?

ALEXIS :

Les êtres humains haïssent la guerre. Mais il est vrai que parfois, il faut combattre pour défendre la Vie, au péril de la sienne propre.

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille ! Ce cœur qui ne bondit qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine. Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent. Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne. Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat. Ecoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos, Mais, non c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme la mien à travers la France, ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs. Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises.

Et tout ce sang porte à des millions de cervelles un même mot d’ordre : Révolte contre Hitler et mort à ses partisans ! Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons. Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères. Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera. Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit .........................(3)

ALEXIS :

Durant quatre ans, la France, sous la botte nazie, connut la période la plus sombre de son histoire. Pourtant, bien que soumis à la censure. théâtres, cinémas, musées accueillaient le public. La radio faisait entendre les chansons de l’époque.

JENNY :

La vie continuait. Pour qui ? Comment ?

ALEXIS :

Des visages de paix nous restent en mémoire, Visages pour la paix qui payèrent de leur vie. Visages des 27, chantant face à la mort.

Ce sang ne séchera jamais sur notre terre
Et ces morts abattus resteront exposés.
Nous grincerons des dents à force de nous taire
Nous ne pleurerons pas sur ces croix renversées.
Ces morts ces simples morts sont tout notre héritage Leurs pauvres corps sanglants resteront indivis
Nous ne laisserons pas en friche leur image
Les vergers fleuriront sur les prés reverdis. (4)
Octobre
 
Cinquante qui chantaient dans l’échoppe et sur la plaine,
Cinquante sans méfaits, ils étaient fils de chez nous.
Cinquante aux regards plus droits dans les yeux de la haine
S’affaissèrent sur les genoux
 
Cinquante autres encore, notre Loire sanglante
Et Bordeaux pleure, et la France est droite dans son deuil
(5)

ALEXIS :

« La mort n’épargne pas le sang des partisans »
Mais l’oppression, toujours plus féroce, fera se lever, toujours plus nombreux, les combattants de la liberté,

JENNY :

Comment ne pas rendre, ici, un hommage particulier à Maurice Piconnier, cet ami, ce frère, ce camarade qui vient de nous quitter et dont la fidélité, la bonté, le courage, la modestie et la joie de vivre faisaient l’admiration de tous. Tous l’aimaient.

ALEXIS :

Dès la première heure, il fut de ces combattants de l’ombre, qui, arrêtés puis internés, n’eurent de cesse de s’évader pour reprendre la lutte contre le nazisme. Il consacra sa vie au combat pour la liberté, la paix et la justice sociale.

JENNY :

Chaque année, ici-même, assis au premier rang, il levait de temps en temps le pouce ou faisait un clin d’œil pour indiquer que tout allait bien. « Frère, disait-il fréquemment, c’est aux jeunes qu’il faut s’adresser »

JENNY :

Du fond même de l’enfer, des hommes et des femmes, luttant contre la mort, firent entendre leur voix

« A Ravensbrück malgré les coups et la mort même
Nous chanterons toujours et dirons des poèmes.. »

ALEXIS :

Il est des noms qui font sonner la liberté. Guy Môquet, Danièle Casanova, Fabien, Berthie Albrecht, Gabriel Péri, d’Estienne d’Orves, Pierre Brossolette, et tant d’autres, tant d’autres... Communistes, gaullistes, socialistes républicains, « ceux qui croyaient au ciel, ceux qui n’y croyaient pas... ». Tant de sensibilités diverses que Jean Moulin, sous l’autorité du Général De Gaulle, sut rassembler dans le Conseil National de la Résistance, pour mieux résister, vaincre et reconstruire

JENNY :

Peuple mort, peuple muet
peuple muré, peuple affamé
Avec un gros poids de pierre sur la tête
et sur le cœur
Peuple des rues, peuple des champs
et des files de boutiques,
qui piétine le ventre vide, dans le maigre froid
Peuple du métro de tous les jours,
avec ses chaussures de bois,
et son livre qu’il lit, comme on s’évade
par une fenêtre ouverte, un jour de printemps.
 
Peuple français, peuple roumain
Peuple bulgare, peuple grec,
peuple serbe, et toi, peuple allemand,
quand le temps sera-t-il venu ?
 
La liberté n’a-t-elle plus de nom
elle qui chaque matin était plus belle,
comme une femme qu’on aime
est plus jeune chaque matin.
 
La liberté qui faisait crouler les châteaux
et qui faisait lever les faux,
et battre les fausses justices,
la liberté n’a-t-elle plus de nom pour toi, ce matin ?
Peuple sous le tas de pierre du silence ;
peuple aux lèvres serrées,
peuple aux membres brisés,
au corps pantelant sous les bottes
qui s’éloignent sur le trottoir
Le miracle ne viendra que de vous
Et personne d’autre que vous ne dira
Comme à Lazare en son tombeau
« Lève-toi et marche ... »
(6)

Alexis

A la veille du deuxième millénaire, face aux intégrismes et au racisme qui pèsent tant sur tous les continents, que dire à un jeune de dix ans ?

Ce qui importe c’est ce qu’il dit, lui :

Que tu sois Noir,
Noir comme le soir,
Le soir, c’est l’espoir
 
Que tu sois Blanc,
Blanc comme une colombe
La colombe c’est la liberté
 
Que tu sois Jaune,
Jaune comme le soleil
Le soleil c’est la chaleur
 
Il y a toujours
un peu d’espoir
Il y a toujours un peu de liberté
Il y a toujours un peu de chaleur
 
Au fond du cœur d’un Noir,
Au fond du cœur d’un Blanc,
Au fond du cœur d’un Jaune.
 
Il y a toujours l’espoir
L’espoir d’avoir un peu de liberté,
L’espoir d’avoir un peu de chaleur (7)

ALEXIS :

Allons, allons, le monde devrait être meilleur
Que dis-je ? Il doit devenir meilleur, merveilleux même,
n’est-ce-pas ?

La paix s’est endormie, qui la réveillera
La paix s’est déchirée, qui la soignera
La paix s’est éloignée, qui la rapprochera
La paix s’est déguisée, qui la reconnaîtra
La paix s’est blessée, qui la soignera
 
La guerre s’est allumée, qui l’éteindra
La guerre s’est installée, qui la renverra
La guerre s’est étalée, qui l’effacera
La guerre s’est fortifiée, qui la détruira
 
L’amour s’est envolé, qui le retiendra
L’amour s’est rapetissé, qui l’agrandira
L’amour s’est trompé, qui le changera
L’amour s’est sauvé, qui le rattrapera
Le bonheur s’est éteint, qui l’allumera
 
Et si c’était toi ?
et moi ?
nous ? (8)

JENNY :

Quel visage donner à la paix ? Jeune, belle, souriante ? Elle ne se donne pas, elle se conquiert.

Je connais tous les lieux où la colombe loge
Et le plus naturel est la tête de l’homme.
 
L’amour de la justice et de la liberté
A produit un fruit merveilleux
Un fruit qui ne se gâte point
Car il a le goût du bonheur
 
Que la terre produise
Que la terre fleurisse
Que la chair et le sang vivants
Ne soient jamais sacrifiés
 
Nous fuirons le repos nous fuirons le sommeil
Nous prendrons de vitesse l’aube et le printemps
Et nous préparerons des jours et des saisons
A la mesure de nos rêves
 
Comme un oiseau volant a confiance en ses ailes
Nous savons où nous mène notre main tendue
Vers notre frère
 
Nos chansons appellent la paix
Et nos réponses sont des actes pour la paix (9)
Jeunesse, qui t’élance
Dans le fatras des mondes
Ne te défais pas à chaque ombre
Ne te courbe pas sous chaque fardeau
 
Que tes larmes irriguent
Plutôt qu’elles ne te rongent
 
Garde-toi des mots qui se dégradent
Garde-toi du feu qui pâlit
Ne laisse pas découdre tes songes
Ni réduire ton regard
Jeunesse entends-moi
Tu ne rêves pas en vain. (10)

ALEXIS :

C’est en songeant particulièrement à tous les jeunes qui, tels Guy Môquet, ont donné leur vie pour un monde meilleur, un monde de paix, que nous nous adressons aux jeunes d’aujourd’hui. L’avenir dépend d’eux.

JENNY :

N’oublions jamais ceux et celles, qui face à la mort à Châteaubriant comme à Auschwitz, chantèrent la Marseillaise, éclairant ainsi le monde d’une immense lueur de courage et d’espérance.

Allons enfants de la Patrie
Le jour de gloire est arrivé ...

Textes, poèmes et photos extraits de l’évocation historique du 24 octobre 1999, conçue et écrite par Jacques Mignot, réalisée avec la collaboration d’Alexis Chevalier.



La Sablière

_ La Sablière : Femmes courage - 2007

Plan general du site Resistance

Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/bp/LivreMee.pdf

Plan du livre

Index du livre