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Accueil > La Résistance à Châteaubriant > b - Commémorations > Commémoration de la Sablière - 2004 (1)

Commémoration de la Sablière - 2004 (1)



« 1944 - 2004 Quand les arbres racontent »

Dimanche 24 octobre 2004, Carrière des fusillés, 63ème anniversaire

La ballade Nord Irlandaise (Traditionnel
- Paroles de Renaud)
Chorale MELI-MELO

L’annonceur 1 : Alors le chêne prend la parole et dit :

Le chêne : Au maquis de Saffré, je suis planté ...
A l’aube du 28 juin 1944, Georges CHAUMEIL, un jeune garçon de 18 ans originaire de St Nazaire, armé de son fusil mitrailleur, retarde l’attaque allemande dans les Gouvalous, permettant le repli de ses camarades des Brées, non armés.
Encerclé, il est tué sur place.
Je suis depuis ce jour : « Le chêne à Chaumeil ».

L’annonceur 2 : Puis, à son tour, le bouleau prend la parole et dit :

Le bouleau 1 : Le 15 décembre 1941, à une centaine de mètres de la guinguette de l’étang de la Blisière, « Les fusilleurs » sont venus avec 9 patriotes.

Par trois fois contre mon écorce, j’ai senti les doigts des suppliciés agripper un dernier instant de vie.

Ils ont tenu leurs dos droits. Les yeux ouverts, ils ont affronté la mort dignement.

Par trois fois les balles ont traversé leurs corps et ma chair.

Le second bouleau : J’étais près de toi ami bouleau. J’ai reçu mes balles aussi.

Le troisième bouleau : Trois fois trois : neuf ! Mes fusillés à moi, à partir de 15h, ce 15 décembre 1941 s’appelaient Paul BAROUX - Georges VIGOR et René PERROUAULT.

Le bouleau 1 : Ceux que j’ai soutenus étaient : Adrien AGNES - Fernand JACQ - Maurice PILLET.

Le bouleau 2 : Contre moi se sont appuyés : Louis BABIN, Raoul GOSSET et Georges THORETTON.

Le bouleau 1 : Tous venaient de la baraque 19 du Camp de Choisel.

Le bouleau 3 : Ils avaient échappé au massacre du 22 octobre !

L’annonceur 3 : Après un bref silence, le peuplier noir géant, prend la parole et dit :

Le peuplier - Voix 1 : Je ne suis plus ! Moi, le peuplier de la Carrière !

J’étais témoin dressé pour l’Histoire au creux de cette Sablière.

Ce que j’ai vu ? Ce que j’ai entendu ?

(Temps)

Il est 15h55 dans l’après-midi d’automne de ce 22 octobre 1941.
La lumière est douce et dans les dernières prouesses de ce soleil caressant,
j’offre une à une mes feuilles rousses à la terre. (Temps)

C’est alors qu’arrivent les camions. Ils descendent là avec leur chargement d’hommes et
de soldats.
Des ordres sont criés... ou plutôt hurlés !
Jamais les moteurs des camions ne vont s’arrêter !
Les prisonniers chantent ... jamais leur chant ne va cesser !....jusqu’au dernier instant.
D’abord neuf suppliciés sont poussés jusqu’aux poteaux plantés devant la broussaille.
La Marseillaise jaillit, puissante, de leurs gorges !

(Temps)

L’un d’eux dit :
Voix 2 : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand »
Voix 1 : Un autre crie :
Voix 3 : « Vive la France »
(Temps)
Voix 1 : Et puis l’homme en noir (le SS) hurle l’ordre de tirer.
(Temps)
Voix 1 : Les corps s’agenouillent, comme en prière.
Voix 2 : Ils glissent sur le lit de la terre.
(Temps)
Voix 1 : L’homme en noir aboie l’ordre de les détacher.
Voix 3 : Sale besogne pour ceux-là qui l’ont fait.
Voix 1 : Les moteurs ... l’odeur d’essence et de poudre...
Le chant des patriotes et maintenant l’odeur du sang.
(Temps)

Et devant les poteaux, les soldats bousculent neuf autres camarades !
Voix 2 : Neuf hommes qui refusent le bandeau et qui chantent à pleins poumons, l’espérance de la paix offerte à ceux qui survivront.
(Temps)
Voix 1 : D’un coup la voix noire claque !
Voix 3 : Les fusils crachent la mort !
Voix 1 : Ni le crépitement des balles, ni le bruit des moteurs n’éteint l’écho des voix sanglantes ....

Ils n’éteindront pas, de longues et interminables minutes plus tard, le chant des neuf autres qu’ « Ils » placent là, à leur tour !
(Temps)

Voix 2 : Comment font-ils ces hommes-là, pour trouver la force de marcher encore jusqu’aux poteaux ! Pour tenir debout, les yeux ouverts, dans l’odeur du sang des camarades !

Voix 3 : Odeur d’adieu et d’immortalité ! Fraternité !
(Temps)

Voix 1 : Un souffle de vent passe ... mais seul, moi, le peuplier, je le ressens ! Oui, seul !

Voix 2 : Sur le front blafard de ces hommes endormis à jamais perle une sueur froide...
(Temps)

Voix 1 : Un souffle de vent...

Voix 3 : Une dernière caresse du temps comme la main d’une mère dans les cheveux défaits de son enfant.
(Temps)

Voix 1 : Que vous dire encore ?
Qu’avant de partir avec les vingt sept corps des frères enlacés dans les camions, le SS, ivre de la folie des meurtriers et des assassins, vient à moi le revolver au poing.

Comme un démon, il vide son chargeur sur moi !

Voix 2 : Il ne veut pas de témoin !

Voix 1 : Pauvre fou ! Apprends que les arbres ne meurent pas d’être fusillés !

L’annonceur 2 : Ainsi parlent les arbres !

L’annonceur 1 : Alors, doucement, tout doucement, la forêt entière se met à murmurer ... et son murmure aussitôt devient chant.

Le temps des Vivants (Gilbert Langevin)
Dany COUTAND
accompagnée par Olivier ROUSSEAU

L’annonceur 3 : Les pommiers prennent la parole et disent :

Pommier 1 : Nous les 3 pommiers, sommes les témoins du Camp de Choisel.
Ce camp de Châteaubriant est divisé en trois sections : les Romanichels, la pègre et puis « les politiques ».

Pommier 2 : Le camp peut contenir :
500 nomades, 400 indésirables et 800 communistes !

Pommier 3 : Le chef du Camp de Choisel, c’était le Capitaine LECLERC et puis après ce fut le lieutenant TOUYA.

Le Néflier : Moi, je suis le néflier, rabougri auprès des barbelés...
Dès leur arrivée en avril 41, j’ai su les secrets et les désirs d’évasion des prisonniers.

Pommier 1 : Oui néflier, tu étais bien placé !
Mais sous nos branches à nous aussi se sont chuchotés des rêves et des plans d’évasion, comme celui de Fernand GRENIER, avec la charrette de Robert BELBILLOUD, le préposé à la cantine.

Pommier 2 : C’est lui BELBILLOUD qui a eu l’idée, une idée complètement folle ...
Cacher deux hommes dans la charrette à bras, sous des boîtes vides.
Ainsi Henri RAYNAUD et Fernand GRENIER réussissent à s’évader à la barbe des sentinelles.

Pommier 3 : Les autres camarades, TIMBAUD, RENELLE, et tous ceux qui restent, se réjouissent du coup.
Ils disent que dehors, LE GOUHIR a procuré des vélos aux camarades et qu’ensuite GRENIER a été caché chez Jean TROVALET, le boulanger de Treffieux.

Pommier 2 : Fernand GRENIER rejoindra Nantes, puis l’Espagne et enfin Londres où il organisera la Résistance auprès du Général De Gaulle.

Le Néflier : Cette évasion, c’était le 18 juin 41 ... et le lendemain, Eugène HENAFF et Léon MAUVAIS s’évadent aussi. Ils profitent de la fête au camp. Sitôt leur numéro exécuté, ils passent par une brèche faite dans les barbelés par DUMOULIN, le boxeur.

Pommier 2 : A son tour, Raymond SEMAT sort et se fait la belle avec une fausse permission en poche.
Les autorités ne s’aperçoivent pas de toute la journée et jusqu’au lendemain soir...de ces évasions !

Pommier 1 : ...Parce que les camarades répondent « présent » à leur place !

Pommier 3 : La solidarité des camarades ! Et puis celle de la population ... de celles et de ceux qui logeaient et nourrissaient les résistants ou les évadés.
Tout le monde doit savoir l’importance de l’aide apportée.

Le Néflier : Des évasions, il y en aura, encore et encore, par toutes sortes de moyens.

Pommier 2 : (qui le coupe) Oui, comme le 25 novembre 41.
Auguste DELAUNE, Pierre GAUDIN et Henri GAUTIER franchissent à leur tour les barbelés.

Pommier 1 : C’est le dentiste de Châteaubriant : Roger PUYBOUFFAT, qui les aide. Pour ça, il sera arrêté et déporté.

Pommier 2 : Tous ces gars s’évadent pour poursuivre la lutte et le combat dans toute la France. Ils prendront tous des responsabilités dans la Résistance.
DELAUNE sera torturé et fusillé en 43 au Mans. Henri GAUTHIER sera lui aussi arrêté et déporté. Il ne reviendra pas.

Pommier 3 : Pierre GAUDIN, ouvrier métallo nantais, syndicaliste, sera à nouveau arrêté et interné à la Centrale d’Eysse dans le Lot, avant d’être déporté en 44 à DACHAU puis à MAUTHAUSEN. Il sera libéré par les partisans Yougoslaves.

Le Néflier : Et puis il y a ces femmes, internées politiques à Châteaubriant. Douze d’abord, originaires de la région bretonne au Camp P1 et quarante-huit au Camp P2 venues de la prison de la Roquette à Paris.

Pommier 1 : Un mot Néflier, pour citer Marie BRECHET, une de ces femmes d’exception parmi tant d’autres. Elle est ici au camp lorsqu’elle apprend que son mari est guillotiné à la prison de la Santé par un dernier descendant du Docteur Guillotin !

Le Néflier : Oui pommier, Marie BRECHET et toutes ces femmes se retrouveront dans la Résistance pour participer à l’œuvre de la Libération.
Et puis... et puis il y a... ce départ terrible des 27 otages, le 22 octobre 41.

Pommier 2 : « Je m’offre pour être fusillée avec mon homme, à la place de ce gosse » a crié Léoncie KERIVEL... Ce gosse c’était, Guy MOQUET.

Pommier 3 : Quel courage cette femme !... Mais les Allemands refusent !

Le Néflier : Le 15 décembre 41...encore un départ pour 9 autres.
« Les feuilles d’automne sont jaunes et tombent comme les vies humaines dans la tragédie sinistre qui se joue » ainsi chante, avant de se taire à jamais, la plume d’Adrien AGNES.

Pommier 1 : Oui ! Oui Néflier ! Tu as gardé la mémoire pure.
(Temps) - (Piano - quelques notes de musique par Olivier ROUSSEAU)
Le 23 décembre 41, c’est Maurice PICONNIER, le camarade de St Nazaire, qui est convoqué par les « Messieurs ».

Le 1er des « Messieurs » : Vous êtes Monsieur PICONNIER ?

Maurice P. : Oui !

Le 1er des « Messieurs » : Mais asseyez-vous donc.
Nous avons une bonne nouvelle à vous annoncer : Vous allez être libéré.

Le 2d des « Messieurs » : Une enquête sérieuse a été menée à St Brévin. Vous êtes soutien de famille et un....très bon garçon.

Le 1er des « Messieurs » : Votre incarcération est une erreur que nous tenons à réparer.
Vous voyez que nous ne sommes pas si mauvais que certains le prétendent.

Le 2d des « Messieurs » : Monsieur PICONNIER, acceptez-vous d’être libéré ?

Maurice P. : Bien sûr !

Le 2d des « Messieurs » : Vous êtes raisonnable. Nous n’en attendions pas moins de votre part.

Le 3ème des « Messieurs » : Monsieur PICONNIER ; il s’agit à votre égard d’une mesure de justice que vous devez à celui qui a la lourde tâche de diriger le pays : Le Maréchal PETAIN.
C’est un brave homme, vous ne l’oublierez pas.
Sans cette mesure de clémence, sait-on jamais ce qui peut se produire ?
Un malheur est si vite arrivé : vous pourriez être choisi comme otage et ... fusillé.

Le 1er des « Messieurs » : Mourir si jeune ! Libéré, vous n’aurez plus cette hantise.
Voilà ! Il ne reste qu’une toute petite formalité à remplir : à signer ce papier.

Maurice P. : De quoi s’agit-il ?

Le 2d des « Messieurs » : Vous vous engagez à soutenir la politique du maréchal PETAIN et à n’accomplir aucune action contre les forces d’occupation.

Le 1er des « Messieurs » : Vous êtes d’accord Monsieur PICONNIER ?

Maurice P. : Non, messieurs, non ! J’aurais été heureux d’être libéré, mais pas au prix d’un tel engagement. Je veux sortir d’ici la tête haute.

Le 3ème des « Messieurs » : Tu refuses ta libération !
(Il hurle) Salaud ! Petit voyou ! Tu as la tête dure. Je vous l’avais bien dit. Encore un breton ayant le même idéal que les autres.

(Les 3 « messieurs » bousculent Maurice P. et lui assènent coups de poing et coups de pied)

Le 1er des « Messieurs » : Tu ne perds rien pour attendre.

Le 2d des « Messieurs » : Tu y passeras comme les autres, tu entends, comme les autres !
Et c’est toi qui l’auras voulu.

(Les trois « Messieurs » se tournent)

Un camarade : Alors Maurice, tu nous quittes ?

Maurice P. : Non, je reste !
La liberté oui, mais pas au prix de la trahison !

Un second camarade : Oui camarade, tu as raison... pas au prix du reniement de ses idées.

(Temps)
(Les 2 camarades et Maurice P. se donnent les mains comme s’ils s’enchaînaient les uns aux autres)

Quand un soldat (Francis Lemarque)
Chorale MELI-MELO

(La chorale descend de scène. Deux enfants et un vieux monsieur entrent en scène. Ils poursuivent une conversation visiblement déjà engagée. Les trois personnages s’installent en avant de la scène ou sur un second plateau en contre bas)

Enfant 1 : Alors dis-nous, tu te cachais dans la forêt pour ne pas faire la guerre ?

Le vieux Monsieur : Mais c’était ça « faire la guerre » !

Enfant 2 : Mais toi, tu n’étais pas soldat ?

Le vieux Monsieur : Je n’avais pas l’uniforme, tu veux dire !
Mais pour vous c’est quoi un soldat ?

Enfant 2 : Ben...Quelqu’un qui a un casque, un treillis de camouflage, un fusil et il fait la guerre.

Enfant 1 : Et souvent, il est jeune.

Le vieux Monsieur : Oui, vous avez raison. Mais pour défendre son pays, pour défendre la liberté, il y a plusieurs façons de faire ... (il hésite)

Enfant 1 : De faire la guerre ?

Le vieux Monsieur : Si tu veux oui, de résister, de faire la guerre ...
Mais venez, asseyez-vous là, je vais essayer de vous raconter.

L’estaca (Luis Llach)
Dany COUTAND
accompagnée par Olivier ROUSSEAU

Le vieux Monsieur : Il y a tellement de façons de transmettre l’Histoire ... (temps)
En 1944 ... il y a 60 ans ... c’était au mois de juin

Voix de la B.B.C : « Ici Londres. Ici Londres »
« Le Canal de Suez est en feu
Je répète
Le Canal de Suez est en feu »

Le vieux Monsieur : C’était l’ordre qu’on attendait tous ...
Le 7 juin 44.
L’ordre de prendre le maquis. J’avais 18 ans.

Enfant 1 : Tu étais jeune !

Le vieux Monsieur : Oui, nous étions tous jeunes. Nos pères, nos aînés, avaient tous été mobilisés, déportés, emprisonnés ou tués.
Dans les campagnes, pour poursuivre le combat de la Résistance, il restait les jeunes.

Enfant 2 : Et tu es parti où ?

Le vieux Monsieur : Avec mes camarades de Rougé, à vélo, jusqu’au maquis de Teillay, avant de rejoindre celui de Saffré.

Enfant 1 : Qu’est-ce que vous faisiez dans la forêt ?

Le vieux Monsieur : La nuit on s’entraînait à tirer. Mais notre principale mission était de nous préparer à saboter, le moment venu, les voies de communication, afin de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front.

Enfant 2 : Et vous avez réussi ?

Le vieux Monsieur : Quoi donc ?

Enfant 2 : Eh bien à saboter !

Le vieux Monsieur : Oui, le 6 mai 44, par exemple ! A Soudan, nous avons fait sauter un train qui transportait des moteurs d’avions.
(Temps, il réfléchit)
Mais revenons à Saffré le 18 juin 44 ! On était plus de 100 gars à venir du maquis de Teillay. Il faisait une pluie battante.
De partout, étaient arrivés des dizaines et des dizaines de Résistants... de Saffré, Bouvron, Fay... de Blain , Héric, Abbaretz, ...de la Meilleray, de Châteaubriant, Notre Dame des Landes, La Chevallerais...
Tous les vélos étaient regroupés et chargés dans une camionnette cochonnière.
(Temps)
Le 23 juin, nous serons plus de 300 dans le maquis.
Au soir, on est allé se sécher et manger à la ferme du « Pas du Houx » chez le père Doucet.
...
Ma première nuit, je l’ai passée à la « ferme des Brées ».

Enfant 1 : La ferme des Brées ?

Le vieux Monsieur : Une ferme en lisière de forêt. C’était le quartier général. Tout le monde était heureux d’être là. Mais petit à petit, on a vu que rien n’était simple. Il y avait des problèmes.
(Temps)
Nous étions nombreux et nous n’avions pas assez d’armes... seulement une centaine....Nous attendions le parachutage des avions anglais.

Enfant 2 : Pourquoi les Anglais ne venaient pas ?

Le vieux Monsieur : Le temps était mauvais ... très mauvais. Nous avions défriché 40 ha de landes et abattu des arbres pour les parachutages... C’était aux « Gouvalous »
Mais ça ne servait à rien, à cause du temps !
Le moral était bas, comme le ciel.
Déjà, les jours précédents, le lieutenant HERVE et le Commandant PHILIPPE pensaient qu’il était préférable de cacher les armes et de dissoudre le maquis.

Enfant 1 : Pourquoi, ils avaient peur ?

Le vieux Monsieur : Peur non ! Mais les Allemands se préparaient à attaquer. Il y avait des signes... des alertes ... et sans doute des dénonciations.

Enfant 2 : Et ils attaquent ?

Le vieux Monsieur : Oui dans la nuit. Le 28 juin à 6h du matin. (Temps)
Mais là, les enfants, je ne sais plus vous dire...
Demandez.... Demandez aux arbres qu’ils vous racontent. Ils ont tout vu et tout entendu, les arbres !

Arbre 1 (le Marronnier) : Oui ! Moi, le marronnier, je sais encore ce petit matin du 28 juin 44.
Les Allemands et les miliciens arrivent. Ils encerclent la forêt. Ils sont nombreux, très nombreux. Ils viennent du bourg de Saffré, de l’ouest. Il y a des SS aussi.

Arbre 2 (le Châtaignier) : Au sud, venant de Nort-sur-Erdre et peut-être de Joué-sur-Erdre, je vois passer des camions, des cars et des véhicules légers.
Je voudrais crier « sauvez-vous les gars »... moi qui ne suis que châtaignier.

Arbre 3 (le Houx) : Vers 5 heures, ils sont arrivés à moins d’un kilomètre de la ferme du Pas du Houx.

Arbre 4 (le Noisetier) : A 6 heures, les premiers coups de feu sont tirés.
Je ne suis que noisetier pour vous dissimuler camarades.

Arbre 1 (le Marronnier) : Au maquis, la sortie s’organise vers la forêt pour tous les gars qui ne sont pas armés.

Arbre 3 (le Houx) : Pendant ce temps « la volante » crée un premier mur de protection aux « Gouvalous ».

Arbre 2 (le Châtaignier) : Un autre groupe avec JOSSO, part épauler le groupe LINARD au « Pas du Houx ».

Arbre 1 (le Marronnier) : A l’ouest, le feu crépite. Les Allemands sortent des camions bennes au lieu dit « le Wagon ».

Arbre 3 (le Houx) : Heureusement la forêt n’est pas entièrement bouclée. Un convoi allemand s’est perdu dans la campagne.

Le vieux Monsieur : Oui, sur la route Saffré - Abbaretz, au hameau de « La Maillière », les officiers ont demandé leur chemin à Monsieur BOMME, ancien combattant de 14-18. Rusé, le père BOMME leur indique la route d’Abbaretz, ... à l’opposé !

Arbre 3 (le Houx) : Ce contre temps va sauver la vie à deux cents jeunes résistants.

Arbre 4 (le Noisetier) : Au « Wagon », Louis LOIZEL des Touches abat à l’aide de son fusil mitrailleur tous les soldats qui sortent d’un camion. Ils sont nombreux à tomber.

Arbre 2 (le Châtaignier) : Le gros du combat est au sud, entre « Les Gouvalous » et « la ferme des Brées ».
Il est 6h10 environ. La volante forme un véritable cordon de protection.

Arbre 3 (le Houx) : Il sont exemplaires ces maquisards. René MILON, Alexandre NERIERE, Jean BOURGOIS, Georges LAURENT, Camille PASCAUD, Emile ROUX, les frères TEMPLE.

Arbre 4 (le Noisetier) : Et puis, Marcel LEGENDRE de Rougé, dont l’arme s’enraye pendant le combat.

Arbre 3 (le Houx) : Et au bout du chemin du Pas du Houx, Baptiste RABIN et Baptiste ETIENNE, armés d’un fusil mitrailleur.

Arbre 2 (le Châtaignier) : Le combat se rapproche de la ferme des Brées.

Arbre 5 (le Chêne) : En poste à 200 mètres de la ferme : Georges CHAUMEIL... le nazairien de 18 ans. Il tire au fusil mitrailleur.
Il appuie son épaule sur moi le chêne.
Les Allemands avancent, essayent de le contourner... il tire...les prend sous son feu... abat plus de quarante hommes.
Un camarade pressent la manoeuvre des soldats allemands et lui crie de se replier.
« Je tiendrai et tirerai jusqu’à la fin de mes munitions. J’y suis, j’y reste. »
... les Allemands l’encerclent et le tuent.

Arbre 1 (le Marronnier) : Ils sont plus de 2000 Allemands !...

Arbre 4 (le Noisetier) : Ils ne sont qu’une centaine de résistants !

Arbre 3 (le Houx) : En cours de combat, Robert CADIOU avec un détachement de FTP vient prêter main forte.

Arbre 2 (le Châtaignier) : 7h 15. Le feu baisse... Le combat devient une chasse à l’homme.
Plusieurs maquisards sont faits prisonniers.

Arbre 5 (le Chêne) : Georges CHAUMEIL est mort.
Albert CHAUVIN, blessé au genou est achevé à coups de bottes et de crosses.
Il a 24 ans.

Arbre 3 (le Houx) : Joseph NAULEAU, 29 ans est abattu.
Auguste GUIHENEUX, 41 ans est massacré d’une balle dans l’œil droit et d’une autre dans la carotide.

Arbre 1 (le Marronnier) : Maurice BOURRE, 30 ans s’écroule en bordure d’un champ de pommes de terre.

Arbre 4 (le Noisetier) : Et puis Robert GEFFRIAUD de Rougé, 17 ans1/2.
Jean-Marie COEDEL, 30 ans, Jean CHATELIER, 23 ans
et Francis RENAUD, 22 ans, sont tués au Pas du Houx.

Arbre 3 (le Houx) : Oui, sous mes yeux d’arbre, sous mes feuilles piquantes de houx, que j’aurai tant voulu douces et tendres pour eux !

Arbre 2 (le Châtaignier) : Il est 10 heures.
Quatre derniers maquisards, cachés dans une bouillée d’ajoncs : Baptiste RABIN, 20 ans, Louis LOIZEL, 22 ans, Félix GUILLET, 22 ans et Paul ORIEUX, 21 ans sont trouvés et massacrés par les miliciens.

Arbre 1 (le Marronnier) : Voilà ce que nous avons vu.

Arbre 2 (le Châtaignier) : Voilà ce que nous gardons en nos mémoires.

Tous : Nous, les arbres du maquis de Saffré.

Le vieux Monsieur : Merci amis !
Il faut ajouter les 27 prisonniers, fusillés à la Bouvardière près de Nantes !
... Et quelques temps plus tard, le 11 juillet, 4 gars de Saffré tués dans une embuscade, à la Brosse en Sion-les-Mines :
Robert COLLET,19ans, Louis DENIEUL,18 ans, Paul LEBORDAIS, 19 ans ,
Robert GASTINEAU, 23 ans.
Enfin, 34 prisonniers sont déportés. Vingt d’entre eux ne reviendront pas.

1944 - 2004 !
Il y a soixante ans déjà !

Mon mari est parti (Anne Sylvestre)
Dany COUTAND
accompagnée par Olivier ROUSSEAU

Annonceur 1 : Forêt de Teillay,
Annonceur 2 : Forêt de Juigné,
Annonceur 3 : La Blisière,
Annonceur 1 : Forêt de Domnaiche,
Annonceur 2 : Bout de forêt,
Annonceur 3 : Forêt de Saffré,
Annonceur 2 : Forêt d’Araize,
Annonceur 1 : Forêt de Saint Marcel en Morbihan ...
Annonceur 3 : Partout en Loire Inférieure, en Bretagne et dans toute la France, dès 1942,
des hommes se cachent sous la couverture hospitalière des forêts.
Annonceur 1 : Peupliers, Trembles,
Annonceur 2 : Chênes, Saules, Charmes,
Annonceur 3 : Alisiers torminals, Sorbiers des Oiseleurs, Merisiers,
Annonceur 1 : Châtaigniers,
Annonceur 2 : Ormes,
Annonceur 3 : Erables,
Annonceur 1 : Tilleuls, Caroubiers à grands fruits...
Annonceur 3 : Tous les arbres de France protègent le maquis.
Annonceur 2 : Tous les arbres de France entrent en résistance.
Annonceur 1 : Et ces arbres aujourd’hui encore racontent.

Arbre 1 (l’Orme) : La Résistance !
Elle s’organise après l’attaque allemande contre l’Union Soviétique en juin 41.

Arbre 2 (le Sorbier) : A son début elle est fermée, discrète et seuls les initiés comme ici à Châteaubriant : Marcel VIAUD, LE GOUHIR, MOUSSON, TROVALET, FOURIER, BARETEAU, François DEBRAY ... sont au courant des dispositions et des décisions arrêtées.

Arbre 3 (le Tilleul) : Et puis, au fil des mois vient à naître une « Résistance » plus ouverte, plus populaire...

Arbre 4 (le Platane) : Orme ! Sorbier ! Tilleul ! Allons, comme vous y allez !
La Résistance n’a pas attendu 41 pour s’organiser !
Dès 1940, des tracts sont distribués, des sabotages sont organisés.
J’ai vu moi, le platane, Léoncie KERIVEL, oui la femme d’Eugène KERIVEL, le marin de la Loire... Je l’ai vue et l’ai sentie dans mon écorce, planter un clou, à Basse-Indre, pour accrocher des feuilles que les ouvriers attrapaient en allant au travail.

Arbre 1 (l’Orme) : Sûr, Platane, tu as raison de dire cela.
La Résistance est née dans le cœur des patriotes au premier jour de l’Occupation.

Arbre 2 (le Sorbier) : Le 16 juin 1940 ! Jour ou PETAIN demande l’armistice... jour de capitulation !

Arbre 3 (le Tilleul) : Et d’où viens-tu ? Toi, le Sapin, qui nous écoute et ne dis rien !

Arbre 5 (le Sapin) : Epicéa et Mélèze, Pin Sylvestre et Pin Maritime, je suis le représentant des Résistants de la zone libre, des groupes du Vercors ou de la zone sud.
Je suis là pour faire entendre et résonner ce qui fut et ce qui reste vivant :
« Les déclarations du Conseil National de la Résistance »
Ecoutez ! Ecoutez dans le vent qui passe ...
Les arbustes et les arbrisseaux n’ont rien oublié...

à suivre



Commémorations de la Sablière

La Sablière

_ La Sablière : Femmes courage - 2007

Photos du Théâtre Messidor - 2004


Plan general du site Resistance

Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/bp/LivreMee.pdf

Plan du livre

Index du livre