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Le lycée (2)

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La toge

« Vous mesurez combien ? »
« Un mètre soixante, mais je ne la porterai pas ! ».

Cet étrange dialogue s’échangeait un jour de juin 1962 entre le Principal de l’époque et un professeur. L’objet du litige : le port de la toge. Le Principal y tenait beaucoup, disant aux professeurs du lycée : « Vous y avez droit, pas eux ». Le « eux » désignait les enseignants des Cours Complémentaires qui, n’ayant pas fait d’études universitaires, n’avaient pas « droit » au port de la toge.

La toge : ample robe noire, hermine et vastes manches. Le Principal voulait que les professeurs de « son » lycée la portent pour les distributions de prix : « j’ai pensé que ce geste symbolique marquerait votre attachement aux traditions universitaires ( ...) et, sur le plan local, contribuerait à rehausser le prestige de notre établissement. Il serait le témoignage de la volonté de chacun de faire vivre le lycée ( ... ) et d’obtenir que dans un proche avenir des installations décentes soient réalisées ». Pour un peu, c’est le port de la toge qui aurait fait hâter les constructions.

Du côté des profs, il y avait les « pour » et les « contre » ce décorum. Un jour, le Principal a même fait voter pour savoir si, oui ou non, les professeurs accepteraient de porter le toge. Et comme seule une minorité disait « oui » (3 sur 8), le principal n’a pas hésité à modifier le vote négatif d’un professeur, à voter lui-même et à faire voter l’Inspecteur d’Académie (qui n’en a rien su) pour arriver à une majorité positive de 6 sur 10. Et voilà comment les professeurs se sont retrouvés en toge. Enfin pas tous, il y avait une forte tête, Henri Beloeil, qui s’y est refusé.

La distribution des prix eut lieu cette année-là à la propriété Durand. « Il y a une toge à votre taille, je vous ordonne de la mettre. Dans le cas contraire, je saurai m’en souvenir » dit le Principal à Henri Beloeil, en oubliant sans doute qu’il avait lui-même écrit dans sa circulaire aux professeurs que le port de la toge était « le signe d’un respect des traditions universitaires, inséparables de l’idéal de liberté que l’Université a toujours défendu ».

C’est au nom de cet idéal de liberté qu’Henri Beloeil ne porta pas la toge ....

Le bœuf

Prononcez « le beu » et non « le bœuf ».

« Le Bœuf », c’était le surnom du principal M. le FORESTIER.

Peut-être à cause de sa corpulence, de sa tête un peu rentrée dans les épaules et de cette démarche lourde qui évoquait un ruminant familier de nos campagnes. Un bœuf (pas une vache !), une de ces bêtes de labour qui tracent le sillon sans se laisser distraire. Il jouait beaucoup de sa masse physique et quand il fonçait dans un groupe d’élèves, c’était le sauve-qui-peut.

Le Bœuf. Il avait une énorme capacité de travail et pour tenir le coup, il « carburait au café » (se souvient Monique MACE). Après coup, quand on voit les difficultés qu’il a dû affronter, on comprend ses emportements voire son ironie. Si nombre de professeurs et d’élèves des dernières années ont gardé de lui un souvenir désagréable, ils ignorent peut-être l’opiniâtreté qu’il a dû manifester pour défendre son lycée, bec et ongles, et l’ingéniosité qu’il a dû déployer pour faire face au manque de salles, au manque de professeurs, à des conditions de travail extrêmement pénibles, à des critiques qui ne manquaient pas de tomber de tous les côtés.

Le lycée de Châteaubriant lui doit beaucoup.

Des lits d’urgence

Le 11 septembre 1959, trois jours avant la rentrée, l’Inspecteur d’Académie a dû téléphoner d’urgence au Ministère de l’Education Nationale, Direction de l’Equipement : « le lycée de Châteaubriant n’a pas assez de literie pour assurer la rentrée des internes ».

Ayant obtenu une réponse positive au sujet de la demande de subvention faite par la ville, celle-ci a pu aller chercher la literie nécessaire au Magasin de l’Education Nationale à Angers. Et la rentrée c’est faite normalement. Ouf ! sinon le lycée était dans de beaux draps.

Ça brûle !

Le 8 novembre 1960, un incendie s’est déclaré à la salle Lutetia (un ancien dancing acquis par la ville 2 ans auparavant et qui servait en partie de réfectoire et en partie de dortoir) vers 15 heures.

Les pompiers sont aussitôt intervenus et ont sorti dans la rue une partie du matériel du dortoir (qui servait à 53 pensionnaires garçons). Les familles des externes ont fait preuve d’une belle solidarité : 150 offres de chambres pour loger 53 internes. Les repas des garçons ont été assurés au CEG « les Terrasses » et ceux des filles ont été pris en charge par l’autre CEG « Aristide Briand ».

Bilan : 3 tables formica, , 1 table roulante et 30 chaises ont été brûlées. Cela aurait pu être pire.

Plateaux sportifs :
OU COMMENT ON REINVENTE LA DANSE BRETONNE

Faire du sport ... c’était du sport ! Michel BOURGINE se souvient : « à St Georges, on faisait du sport dans les champs, sous les pommiers à cidre. A l’automne, le lancer du javelot devenait souvent du lancer de pommes ».

« Quand il faisait beau, nous étions sur la cour », renchérit Mireille : « très agréable pour les autres classes surtout quand celles-ci devaient rester les fenêtres ouvertes pour éliminer les odeurs de fioul qui donnaient mal à la tête. Mais quand il pleuvait, nous allions sous le préau » —

« ouvrez les portes des WC » nous disait Jean-Claude ORRIERE - « cela nous faisait gagner un mètre au moins quand il fallait prendre nos distances ».

Le sport se faisait aussi dans la cour à Marcel Viaud (dans ce qu’il en restait), ou au Bois de Tugny, ou sur le terrain de sport de « l’Amicale Laïque et Cheminote » : un terre-plein qui appartenait en fait à la SNCF et qui était (et est toujours situé) rue de la Gare, entre les lignes SNCF et les jardins ouvriers.

A cette époque, il y avait 5 heures d’éducation physique par semaine, dont 3 heures en plein air. Des classes entières se rendaient, le matin au Bois de Tugny (les professeurs de gym faisaient parfois 4 fois le chemin, soit « 12 km » se souvient un ancien) ou l’après-midi au stade de la route de Vitré. « Sans ces demi-journées hors des salles de classes, le lycée n’aurait jamais pu tourner » dit Jacques MAGNE qui était prof de gym.

C’était l’époque aussi où le sport du jeudi après-midi remportait un franc succès, surtout pour les internes qui avaient le choix entre le sport et la promenade ... « Il nous est souvent arrivé d’avoir 10 cars d’élèves de Châteaubriant se rendant à une compétition à Nantes ou St Nazaire » raconte Jean-Claude ORRIERE.

Vers 1965-66, les terrains Bourdel ont été vendus à la ville pour y aménager ce qui est maintenant le quartier de la Ville aux Roses. « Au niveau de l’actuelle pharmacie, nous pouvions pénétrer sur le terrain où les herbes faisaient bien 50 à 60 cm de haut. Alors, coude à coude, pas contre pas, nous réinventions la danse bretonne pour tasser l’herbe sur laquelle nous allions travailler » dit Mireille BOURGINE « et quand il pleuvait, nous allions juste à côté, dans une sorte de hangar, si serrés qu’il n’était pas question de faire du sport. Alors, avec Jean-Claude ORRIERE nous faisions de ... la chorale ».

Ces difficultés pratiques, qui ont fait dire à un inspecteur, que le lycée de Châteaubriant était le plus vétuste de France, n’ont pas empêché le lycée de recevoir une coupe en 1966 comme « le lycée le plus sportif de l’académie ». Il n’a pas empêché non plus d’avoir de jeunes champions !

Un règlement très strict

Le règlement du lycée était très strict, comme dans beaucoup de lycées à cette époque.

« Les externes ne doivent faire aucune commission pour les internes, sous peine de sanction grave ».

« Grandes sorties : en dehors des congés normaux, les internes peuvent être autorisés à sortir une fois par mois (le troisième dimanche du mois), ou deux fois par mois selon le vœu exprimé par les parents. Les parents sont priés d’indiquer le jour et l’heure du départ du train ou du car de Châteaubriant, l’heure d’arrivée de l’élève au domicile familial, l’heure de retour ». Et pas question de laisser l’élève regagner le domicile familial par les moyens du bord : les surveillants avaient ordre, le soir des grandes sorties, de ramasser tous les internes trouvés à faire du stop. Plus de grandes sorties pour ceux-là.

« Petites sorties : elles peuvent être autorisées le jeudi après midi et le dimanche à condition que les parents aient trouvé un correspondant, responsable valide habitant à Châteaubriant, d’âge raisonnable. Seul ce responsable est autorisé à faire sortir les enfants en l’absence des parents »

« Grandes sorties et sorties en ville ne sont autorisées que si le travail scolaire et la conduite de l’élève interne ont donné satisfaction ».

La solidarité des externes

D’après le règlement du lycée, les externes n ‘avaient pas le droit d’apporter quoi que ce soit aux internes. Mais il y avait cependant une réelle solidarité avec certains externes : « Pendant 4 ans, tous les matins, Monique THOMAS, m’a apporté l’Equipe, sans jamais oublier une seule fois » se souvient Jean Luc LAGASSE, qui rappelle aussi comment tous les matins, les externes fournissaient des baguettes de pain aux internes : « à la récré, on se dévorait une demi baguette avec du pâté ... On peut dire que ce sont les externes qui nous ont aidé à tenir le coup à l’internat ».

Quelquefois, c’était d’une autre faim dont souffrait les élèves : la faim des nouvelles du jour. « En descendant à Marcel Viaud, on piquait un journal dans la boîte aux lettres de quelqu’un, rarement chez la même personne. C’était si bien organisé, qu’il n’y a jamais eu de plaintes. Le journal servait à tout le groupe des internes et terminait sa course le soir à l’étude ».

Et si c’était à refaire ...

Un jour, c’était en janvier 1966, il faisait très froid depuis plusieurs jours. Dans les dortoirs des garçons qui se trouvaient dans l’ancien Couvent des Trinitaires, à Béré, les élèves se plaignaient du chauffage déficient au point que l’eau était gelée le matin « dans les abreuvoirs en tôle qui nous servaient de lavabos » comme raconte un ancien, Jean Luc LAGASSE.

« Nous étions peut-être 200 par dortoir, croit-il se souvenir, à l’étage et autant au rez-de-chaussée, et un beau jour, nous nous sommes mis d’accord : demain matin nous refusons de nous lever ». Mot d’ordre bien suivi. Pas un interne ne se lève ce matin-là.

Manque de chance, le temps s’était quelque peu radouci. Mais celui qui n’était pas radouci du tout, c’était le Principal appelé d’urgence par les surveillants : « Levez-vous immédiatement. Si dans les 5 minutes vous n’êtes pas debout, vous serez tous exclus ». Le silence plane dans le dortoir mais personne ne bouge, sous l’œil furibard du Principal.

Une fois écoulées les 5 minutes : « Puisque c’est ainsi, vous êtes tous renvoyés ». Alors, en très peu de temps les élèves sont debout : prêts à partir chez eux.

Mais avant, le Principal convoque un Conseil de Discipline, avec des surveillants, des représentants des professeurs, etc. « Je suis un des premiers à passer » raconte Jean Luc, mais quand le patron me demande « si c’était à refaire, le referiez-vous ? », je réponds « oui » malgré la solennité des lieux.

Et une fois sorti, je me dépêche de raconter à ceux qui attendent leur tour. Aucun n’a flanché et nous avons été fichus à la porte pour quelques jours. Ce fut une période difficile au lycée cette année-là. Un professeur de math se souvient : « les élèves de terminale arrivaient du dortoir, en rangs, en silence, la marche rythmée par le sifflet. Les petites et grandes sorties avaient été supprimées. Les élèves en guise de punition avaient interdiction ... de lire ! La tension était à son comble dans les classes et dans la cour de récréation ».

La promenade disciplinaire

Disciplinaire ou pas disciplinaire ? On ne le saura sans doute jamais. C’était le 28 mars 1963. Comme tous les jeudis, les internes partaient en promenade. Ce jour-là, les filles sont allées, à pied bien sûr, jusqu’à St Aubin des Châteaux. « A la demande des élèves » dit le surveillant général (dont, par ailleurs, l’attitude était fort critiquée). Mais d’autres surveillants, dans leurs rapports, prononcent le mot « disciplinaire ».

Mis au courant, les professeurs s’enflamment, rappellent qu’ils ont déjà contesté « les mesures anormalement rigoureuses dans le domaine de la discipline à l’intérieur du lycée » et mettent en cause l’attitude du surveillant général. Ils disent que ces faits ont retenu leur attention parce que leur rôle est « d’éduquer et non de maltraiter » et demandent une réunion d’urgence du Conseil d’Administration

Leur lettre est transmise au recteur. Et l’enquête commence ... pas tant sur les faits eux-mêmes que sur les conditions dans lesquelles les profs ont pris partie. En quelque sorte, « les profs propagateurs de fausses nouvelles » comme dit l’un des témoins de cette époque.

On ne saura jamais le fin mot de cette histoire, qui fit deux victimes (un professeur muté, une surveillante virée et qui a eu du mal à retrouver un poste) et créa beaucoup d’amertume : « les efforts constants, parfois à la limite de la résistance humaine, poursuivis par tous ceux qui ont à cœur de voir prospérer le lycée de Châteaubriant, risquent à l’heure actuelle d’être réduits à néant » écrivait le Principal. Sans oublier la tension à l’intérieur de l’établissement : les profs et la direction ne communiquant plus que par notes de service ... Une vieille histoire !

Le pot de chambre

Les pérégrinations des garçons internes les amenaient du dortoir (la Trinité) au petit déjeuner (salle Lutétia), puis aux salles de cours (Marcel Viaud et St Georges), puis au déjeuner (salle Lutétia), de nouveau en cours ou en étude, au repas du soir (salle Lutétia) puis au dortoir (la Trinité). En rentrant, la cohorte des garçons passaient sous les fenêtres de l’hospice où il y avait encore des religieuses infirmières. « A bas la calotte » lançait un garnement régulièrement, quand il voyait une fenêtre ouverte.

« Un soir, c’est le contenu d’un pot de chambre qui a aspergé notre petit groupe » se souvient l’un des gars de cette époque !

Saint Georges et les manteaux

C’est st Martin, dit-on, qui a partagé un jour son manteau avec un miséreux.

A St Georges, l’hiver, les élèves ne partageaient pas : « je garde le souvenir d’avoir toujours eu froid. J’étais en sixième, les cours étaient boueuses et ce n’est rien de le dire : la cour n’était que flaque d’eau et boue glissante, les services de la ville mettaient pourtant du gravier, mais la flaque se reformait à côté. Moi, je n’avais que des bottes en caoutchouc, j’ai attrapé des engelures aux pieds cette année-là » ... souvenirs d’une sixième qui se rappelle que les flaques d’eau aussi, recelaient bien des plaisirs : « on faisait des concours, à qui sauterait dedans ou à qui s’y jetterait à plat ventre » ...

En classe aussi il faisait souvent froid. A St Georges, les poêles à fuel tiraient mal (fumées, odeurs), il fallait souvent ouvrir pour éviter les maux de tête.

A Marcel Viaud, c’était un chauffage au gaz : il fallait mettre le ventilateur pour faire circuler l’air chaud et arrêter le ventilateur pour ... s’entendre parler ... Cornélien ! Et quand il venait un inspecteur pédagogique, les profs se faisaient un malin plaisir de faire tourner le ventilateur ...

Aux douches, les gosses !

Le jeudi, à cette époque, était jour de congé scolaire (et non pas le mercredi comme maintenant).

Le jeudi, les élèves sortaient à pied, en promenade, ou se rendaient au stade de la route de Vitré pour les entraînements sportifs.

Parfois, il y avait des JMF (Jeunesse Musicale de France) ou des pièces de théâtre de la CDO (Compagnie Dramatique de l’Ouest) ou des rencontres d’éducation religieuse : tout était bon, pour les internes, pour quitter le cadre strict de l’établissement.

Le jeudi, c’était aussi le jour des douches qui étaient les bienvenues car on imagine que les baraques en préfabriqué de l’ancienne usine de confection Durand (où dormaient les garçons de Béré) ne comportaient pas d’installations sanitaires suffisantes.

Le mercredi 20 septembre 1961, le Principal avise la mairie qu’il lui est impossible « d’organiser de façon satisfaisante les douches pour les internes du lycée, faute de personnel de surveillance ». Mais le lendemain matin « les services municipaux ont demandé par téléphone à madame l’Intendante qu’elle envoie les internes (garçons et filles) aux douches. Devant l’insistance de son interlocuteur, elle a partiellement cédé » et c’est comme ça que ce jour-là, faute d’une surveillance suffisante, les filles ont causé « quelques dégâts aux Bains Douches Municipaux ».

Une mixité toute relative

En 1955, c’était encore le temps des écoles séparées pour filles et garçons. Le « Collège Moderne » comme on appelait le futur lycée de Châteaubriant, était « mixte », mais garçons et filles étaient soigneusement séparés dans la cour de récréation, au réfectoire et même à la promenade du jeudi. Il a fallu attendre les évènements de 1968 pour que les cours de récréation soient mixtes. Et encore : la femme du Principal de l’époque (dont on taira le nom) surveillait les cours de récréation à la jumelle au cas où « des mains s’égareraient ».

Dans les salles de classe aussi la Direction aurait voulu que garçons et filles soient soigneusement séparés : les filles devant, les garçons derrière, comme dans les « rangs » qui attendaient à la porte des classes. Les professeurs n’ont jamais voulu. Tout se perd, ma pauv’dame !

Douze huîtres et 30 complices

Le plus amusant, quand on est élève, c’est de faire des paris audacieux.

Ils étaient deux, cette année-là, Jean-Luc Lagasse et Jacky Guilloux, en cours d’anglais. Jean-Luc, au fond de la classe, ouvrait ... une huître, tapait sur l’épaule de l’élève devant lui et lui passait le précieux mollusque. A son tour, cet élève passait à celui qui était devant, sans faire tomber l’eau, évidemment. Et de proche en proche, l’huître parvenait à Jacky qui la dégustait au premier rang. Le manège a duré ... 12 huîtres pendant plusieurs semaines et le prof n’a rien dit. On disait qu’il avait la vue un peu basse.

C’est le même prof qui, une autre fois, écrira sur le bulletin trimestriel de Jean-Luc, cette seule appréciation laconique : « lit l’Equipe en classe ». C’était vrai et là, il voyait quelque chose.

Le pétomane

Lu dans un cahier d’étude de l’époque : « nombreuses émissions sonores et nauséeuses en signe de protestation contre une interdiction ».

Un des internes avait en effet la possibilité, en contractant son corps d’une certaine façon, d’émettre ces bruits que l’on qualifie de « pêts ».

« Le soir au dortoir, pour faire rire tout le monde, on essayait de me faire battre mes propres records. Il faut dire que j’arrivais à en émettre 60, 70 voire 80 et c’était une rigolade générale au fur et à mesure qu’on les comptait ».

Eh oui, les souvenirs parfois ont un petit air scatologique. Mais tout ce qui est corporel est humain, n’est ce pas ?

Plus, plus, moins, moins

Jusqu’en 1968, le lycée a fonctionné avec un système de « tableau d’honneur », « encouragements » et « félicitations ».

Sur une feuille quadrillée à cet effet, chaque professeur devait mettre en face du nom de chaque élève :

- s’il s’opposait au tableau d’honneur
0 s’il n’était ni pour ni contre
+ s’il proposait le tableau d’honneur
++ s’il proposait les encouragements
+++ s’il proposait les félicitations

Ensuite, au conseil de fin de trimestre, le Principal comptait les « plus » et les « moins ».

Un jour, un élève avait beaucoup de propositions de félicitations, mais pas assez quand même. « En Histoire, pouvez-vous aller jusqu’aux félicitations ? Et en dessin ? ». Le Principal questionnait ainsi les profs un à un. Sans succès. « Ah ? dit-il tout à-coup, il est dispensé de gymnastique ? Mais c’est un élève sérieux. On peut penser que s’il en faisait, il aurait les félicitations ».

C’est ainsi que l’élève, cette fois-là, eut les félicitations du Conseil de Classe, grâce au cours d’Education Physique auquel il ne participait pas.

Bof ! Qu’importe ! L’élève était content ...

Chèvres bêlantes

En mars avril 1963, dans une période de forte tension entre la Direction et les professeurs, des élèves d’une classe de première se sont exprimés par écrit sur leur vie au lycée :

Des critiques sur la discipline
- Le lycée est mal dirigé. Le Principal est peut-être très bon mais il n’a pas assez de rapports avec les élèves. Il est trop distant.

- J’estime que l’on ne peut pas s’exprimer librement au lycée étant harcelés à longueur de journée par certains surveillants. Le surveillant général, pour ne pas le citer, fait grand bruit pour de toutes petites affaires alors qu’il ne s’occupe pas des principales.

Des problèmes de relation avec les surveillants
- L’antipathie qui existe entre surveillant général et élèves n’a bien souvent aucune raison d’être cependant je crois qu’avec M... O..., elle doit nécessairement exister : c’est lui-même qui la provoque. M. O... se plait surtout à ennuyer les garçons, mais il se plait à traiter les filles de « filles des rues ». Un soir il nous a fait geler dehors pour nous dire que nous n’étions que des « chèvres bêlantes ». Il a poursuivi par « les oies », puis « les vaches dans tous les sens du terme » puis il a renouvelé son opinion des « filles des rues » : il est vrai que nous sommes souvent dans les rues de Châteaubriant mais il n’y peut rien et nous non plus.

- Ma critique porte sur l’attitude d’un surveillant, M.B. En étude, il prend une craie, la casse en morceaux qu’il envoie contre le tableau et ensuite, fort naïvement, il demande qui les a lancés. Devant (évidemment) aucune dénonciation, il prend plusieurs noms : « Vous aurez un rapport ! » Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. J’ai été la première surprise de voir devant moi un tel surveillant, c’est fort heureusement le premier que je rencontre ainsi, et je n’ai qu’une hâte, c’est de le voir partir ... c’est le désir de tous au lycée.

Mais aussi une approbation générale
- J’aime le lycée car l’atmosphère y est sympathique. Les professeurs sont proches des élèves et cela est une bonne chose qui n’existe pas, hélas, dans tous les lycées (...) -Quoique beaucoup d’entre nous se plaignent du lycée, je ne suis pas d’accord avec eux. Il y a certaines injustices c’est un fait certain, mais en comparaison des « boites » de Nantes, je ne le trouve pas tellement détestable. Je m’y plais et j’ai davantage de goût à travailler en étant interne plutôt qu’externe à Nantes.

Où est la vérité ? Une seule chose est sûre : malgré des conditions matérielles détestables, le lycée municipal de Châteaubriant a su mener des élèves au baccalauréat (ce que ne permettaient pas les cours complémentaires) et même à des carrières prestigieuses.

Les châtiments corporels

Un jour, les élèves du lycée en ont eu marre. « Nous avons constaté depuis longtemps déjà que le règlement intérieur ne nous convenait plus » et ils ont demandé sortie libre le jeudi après midi, création d’un foyer socio éducatif animé par les élèves eux-mêmes, droit de correspondance libre, suppression des consignes, droit de fumer, droit d’utiliser des panneaux d’affichage et surtout : « abolition effective des châtiments corporels ».

Un peu culottés, les mômes : ils ont demandé cela par lettre adressée au Proviseur le 6 novembre 1971 et qui se termine par cette phrase : « nous attendons votre réponse précise à ces revendications et nous vous demandons de nous la transmettre très rapidement par note administrative affichée aux endroits spécialement réservés à cet effet ». On ne peut pas dire qu’il y ait eu volonté de dialogue.

Le Directeur, très soupe au lait, est entré en fureur ... et a fait répondre aux élèves, par note de service, le texte suivant :

« Suite à ma lettre du 23 novembre adressée aux responsables de classe, il est possible d’établir comme suit le bilan des châtiments corporels infligés à des élèves de l’établissement :

- nombre d’élèves battus, mécontents de l’avoir été et ayant déposé une plainte : zéro

- nombre d’élèves battus, contents de l’avoir été et ayant déposé une plainte : inconnu

Refuser un châtiment corporel à un élève qui serait content d’être battu est-il compatible avec l’exercice des libertés individuelles ?

Je pense qu’il est possible de clore le débat sans attendre la réponse à cette question ».

On admettra que la réponse manifeste un certain sens de l’humour. mais les jeunes de l’époque ne l’ont pas bien pris. En tout cas, par cette note de service, le lycée de Châteaubriant a eu les honneurs du Canard Enchaîné.

Guy Môquet

On ne peut pas écrire l’histoire du lycée de Châteaubriant sans évoquer le nom qu’il porte : celui d’un jeune lycéen parisien, militant des jeunesses communistes, arrêté en juin 1940 pour avoir manifesté contre l’Occupant et le gouvernement de Vichy. Il fut détenu à Châteaubriant au camp de Choisel et fusillé le 22 octobre 1941 à la Sablière, par les nazis. Il avait 17 ans.

Ses dernières paroles : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les vingt sept qui allons mourir ».

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