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Accueil > La Résistance à Châteaubriant > b - Commémorations > La Sablière-2007 - Femmes courage

La Sablière-2007 - Femmes courage


(extraits) (1)

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C’est l’histoire de la moitié de l’humanité,
de cette moitié qui a toujours eu moins de droits,
moins de reconnaissance, moins souvent la parole.
Et pourtant cette moitié est celle qui porte la vie,
donc l’espoir pour tout le genre humain.

Aujourd’hui 21 octobre 2007, c’est aux femmes que nous rendons plus particulièrement hommage,
à toutes les femmes qui ont partagé avec les hommes tous les drames de la guerre.

Femmes combattantes
Elles ont lutté, souffert, comme eux
Femmes compagnes, mères, sœurs, filles
En l’absence des hommes
elles ont organisé la survie.
Femmes Courage,
elles étaient source de courage !
TENIR ! Malgré la tristesse.
TENIR ! Et rester des femmes par dignité.
TENIR ! En apprivoisant du quotidien la rudesse.
TENIR ! En reprenant l’action des hommes arrêtés.
TENIR ! En s’engageant elles-mêmes dans la clandestinité.
TENIR ! par résistance individuelle.
TENIR ! par défi aux idées officielles.
TENIR ! par devoir, par solidarité.

Force de frappe, Force de sape, Force diffuse ...

Pour toutes les anonymes,
pour la majorité des femmes de France
et pour ces femmes exemplaires d’abnégation et d’engagement
dont l’histoire n’a pas retenu le nom....

Femmes Courage ! A vous, nous dédions cette évocation.

(Deux adolescentes s’avancent)

Ecoute maman, je vais te raconter
Ecoute, il faut que tu comprennes
Lui et moi on n’a pas supporté
Les livres qu’on brûlait
Les gens qu’on humiliait
Et les bombes lancées
Sur les enfants d’Espagne
Alors on a rêvé, de fraternité.
 
Ecoute maman, je vais te raconter
Ecoute, il faut que tu comprennes
Lui et moi on n’a pas supporté
Les prisons et les camps
Ces gens qu’on torturait
Et ceux qu’on fusillait
Et les petits enfants
Entassés dans les trains
Alors on a rêvé, de liberté.
 
Ecoute, je vais te raconter
Ecoute maman, il faut que tu comprennes
Lui et moi on n’a pas supporté
Alors on s’est battu
Alors on a perdu.
Ecoute maman, il faut que tu comprennes
Ecoute ne pleure pas...
Demain sans doute ils vont nous tuer
C’est dur de mourir à 20 ans.
Mais sous la neige germe le blé
Et les pommiers déjà bourgeonnent
Ne pleure pas
Demain il fera beau.
 
Gisèle GUILLEMOT
Prison de Fresnes - Juillet 43.
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Lorsque la seconde guerre mondiale éclate,
le 3 septembre 1939,
les femmes ne sont ni éligibles, ni électrices.
Il n’y a qu’un an (loi de février 38) qu’une femme peut,
avec l’autorisation de son mari,
s’inscrire en faculté, se présenter à un examen,
ouvrir un compte en banque, signer et recevoir un chèque,
accepter une donation, se faire établir un passeport.

Mais le mari peut s’opposer
à ce que sa femme exerce une profession.
Il jouit tout seul de la puissance paternelle.
La majorité des femmes n’a aucune activité professionnelle
et évidemment aucun contact avec la politique qui reste l’affaire des hommes.

 Femmes contre le fascisme

Pourtant bien avant la guerre,
des femmes se battent pour la paix dans le monde.
Bien avant la guerre, en août 1934,
se réunit à Paris le Congrès International des femmes
contre le fascisme et la guerre :
1000 délégués et 300 invités de 234 pays.
341 organisations de femmes représentées.
Mouvements communistes, sociaux démocrates, coopératifs,
philanthropiques et de défense des droits des femmes.

Parmi elles, 15 militantes, venues illégalement d’Allemagne.
Franziska KESSEL, antifasciste allemande, torturée à mort par la Gestapo en avril 34
sera nommée présidente d’honneur à titre posthume.

Des femmes allemandes prennent également part aux durs combats
des Brigades Internationales en Espagne.

De la vieille forêt
Ils ont porté la nuit
Et le vent a dansé dans tes cheveux
Tes doigts meurent au soir
Dans ton ciel déjà
Les étoiles cheminent
De plus loin que l’amour,
ils ont porté la nuit
Mon ombre danse dans ton rêve
 
(Yves DARRIET)

1936 ! se crée l’Union des Jeunes Filles de France.
Issue des Jeunesses Communistes,
l’organisation s’active
et durant les années 37 -38 -39 ne cesse d’informer,
de sensibiliser les jeunes, et particulièrement les jeunes filles,
aux dangers qui menacent.
Nombreuses sont celles qui dès 1940 vont agir contre l’occupant
au risque bien souvent de l’arrestation,
de la prison et même de la déportation.

(Des jeunes filles après avoir lancé des tracts et crié des mots d’ordre,
montent sur la scène et se présentent tour à tour).
(Au bout d’un certain temps les gendarmes interviennent .
Le groupe de femmes est poussé dehors sans ménagement.
A ce moment, dans le public un chœur d’hommes et de femmes
entonne « la Marseillaise ».
Le texte évoque les appels à résister de juin 1940)

Les femmes arrivent sur scène avec leurs paniers et leurs sacs à provisions.
Une queue se forme.

Travail - Famille - Patrie.
La politique de Vichy répond aux 3 K nazis.
Kinder - Kirche - Küche
Enfant - Eglise - Cuisine

Femme 1 : La mère ! La femme au foyer,
assimilée à la patrie me donne la nausée,
me pousse à la révolte.

Femme 2 : Les hommes sont partis !
A nous les femmes de prendre nos responsabilités.

C’est le temps des tickets, des queues interminables
pour quelques denrées de base.

Femme 3 : Toujours la queue.
_Pour la nourriture, pour nous distraire.
Pour payer les impôts, pour fumer...pour tout...
toujours ces interminables queues !

(alors s’organisent des "Comités féminins" )

Vous êtes seules, vos maris sont partis, souvent prisonniers.
Réunissons-nous à la mairie, occupons-la,
pour réclamer du lait, des matières grasses, du charbon,
du sucre, de bons textiles, et des galoches aussi !...
On n’a plus rien pour se chausser.
Oui, mobilisons-nous, venez avec vos enfants.
Prévenez vos voisines, réagissons contre cette politique imbécile de Vichy
qui veut nous garder au foyer et qui prétend que la France a été vaincue
parce que les femmes françaises n’ont pas eu assez d’enfants.

- À Guingamp, le Sous Préfet nous invite à faire les yeux doux aux Allemands
pour avoir du lait. (Huée générale. Ouh ! Ouh !)
- Dans le Languedoc, on a obligé les autorités à mettre en vente
un camion de pommes de terre ! (applaudissements)
- À Montpellier, on se tient en silence sous les fenêtres du Préfet
pendant qu’il dîne.
- À Paris, nous nous jetons par groupe de femmes sur des stocks de nourriture
destinés aux soldats allemands.
- À Marseille, nous sommes 500 à manifester
devant les boulangeries vides.
- A Sète, nous sommes des centaines à réclamer du pain.
On nous disperse à la lance à incendie.
- Dans le Nord, nous nous glissons dans les gares
pour reprendre du charbon expédié en Allemagne.
- Toutes, ensemble, réclamons ce que Vichy vole aux Français.

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Femmes de tous bords,
femmes du peuple,
paysannes, femmes d’ouvriers mais aussi bourgeoises,
intellectuelles, la guerre a estompé les différences sociales.
Souvent mères de famille, toutes préoccupées par les soucis du quotidien,
elles entrent petit à petit dans la Résistance active.
Nombreuses sont celles qui s’y engouffreront
payant souvent leur engagement de leur liberté et même de leur vie.
Pas de grandes déclarations, pas de gestes spectaculaires,
les jeunes souvent très jeunes, dès le début, entrent avec force en Résistance.
En mai/juin 41, les femmes françaises et polonaises vont jouer un grand rôle
dans les premières manifestations de masse contre l’occupant,
comme la grande grève des mineurs du Pas-de-Calais.

Plusieurs de ces femmes de mineurs polonais mourront en déportation
_et une Française, fille, femme et mère de mineur, une des organisatrices de cette grande grève,
Emilienne MOPTY,
sera décapitée à la hache, le 18 janvier 1943 dans une forteresse à Cologne.

Lorsque les nazis vinrent chercher les communistes,
Je me suis tu : Je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
Je me suis tu : je n’étais pas social-démocrate.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs,
Je me suis tu : je n’étais pas juif.
Lorsqu’ils ont cherché les catholiques,
Je me suis tu : je n’étais pas catholique.
Lorsqu’ils sont venus me chercher
Il n’y avait plus personne pour protester.
 
Pasteur Martin Niemoller
_ Interné par Hitler de 1938 à 1945.

 Des femmes au camp de Châteaubriant

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Châteaubriant 1940. Petite cité de 8 000 habitants.
Ville ouvrière, ville commerçante située au cœur d’une large zone rurale
bien pourvue de forêts et de bosquets propices aux futures actions clandestines.
Châteaubriant, ville requise pour emprisonner 45 000 prisonniers en quatre camps.

Grillages, barbelés, miradors, mitrailleuses aux quatre coins, projecteurs et patrouilles...
C’est là qu’arrivent à partir de mai 1941, les militants politiques et syndicaux.
En provenance du camp d’Aincourt (Seine et Oise) et des prisons parisiennes de la Santé,
de la Roquette et aussi des centrales de Poissy, de Clairvaux et de Fontevrault.

Une vingtaine de femmes de Bretagne et de Loire Inférieure
font déjà partie de ce premier contingent.
Mais dès septembre 41, un deuxième groupe les rejoint dans les baraques du P2.
48 jeunes filles et femmes, ouvrières d’usines, fonctionnaires,
étudiantes, professeurs, mères de familles, âgées de 17 à 55 ans.

Toutes devraient être citées car chaque femme a son histoire, unique,
mais toutes partagent les mêmes souffrances.

 Rue Daguerre

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(Une fillette de 10 ans passe avec sa grand-mère.)
- La fillette : Mais dis-moi Grand-mère comment devient-on illégale ?
- La grand-mère : Ah ! Il y a de multiples façons tu sais.
Quelquefois c’est par hasard.
On te donne un journal clandestin à lire et puis on te demande de le distribuer.
- Et tu peux être emprisonnée pour ça ?
- Bien sûr. Ou encore on peut te demander d’héberger quelqu’un et c’est l’engrenage.
- Quelqu’un qui se cache ?
- Exactement, un évadé ou un Résistant. - Beaucoup de familles ont comme ça sauvé des enfants juifs.
- C’était très dangereux !
- Oui très ! Au début on ignorait les risques encourus,
l’existence de la torture, de la déportation...
Mais tu sais, on pouvait être déporté pour beaucoup moins que cela.
J’ai rencontré aux camps des concierges qui avaient accepté une boîte aux lettres de plus dans leur couloir.
- Ah oui, je comprends.
- Une épicière de village dont le mari avait un jour ravitaillé le maquis...
Sa fille n’avait que 15 ans !
Ou encore plus simple, une marchande de journaux qui faisait le guet !
- Tout ça grand-mère, c’était de la Résistance !
- Oui, de la vraie Résistance, sans fusil,
sans arme mais avec beaucoup de courage.
Et puis il y avait des femmes beaucoup plus engagées,
qui avaient des missions.

(Elles vont s’asseoir sur un banc à l’écart.
Arrive alors sur scène une femme avec un bouquet de fleurs dans les mains.
Elle se rend au cimetière.
Très vite un homme et une femme l’abordent
.

« Mounette. Tu as été choisie par la direction du Parti
pour maintenir le contact avec des camarades étrangers illégaux.
L’importance et les risques que comporte cette mission ne t’échappent pas,
ni la confiance dont le Parti t’honore en te la donnant.
Tu resteras en rapport avec Marguerite, qui te donnera les instructions pour ton travail.

(En désignant l’homme)
Ecoute ses conseils. Et maintenant je vous laisse »
(elle sort).
L’homme au chapeau (avec l’accent polonais) :
« Tu dois être vigilante, circonspecte et te tenir constamment sur tes gardes.
Il te faut varier tes lieux de rendez-vous et, en t’y rendant, ne pas hésiter à marcher
et à fragmenter tes parcours pour vérifier si tu n’es pas filée »

La femme aux fleurs disparaît
alors que reviennent la grand-mère et la fillette.

- La grand-mère : On a dû apprendre la B.A. BA de la clandestinité.
Ça paraît banal aujourd’hui
- La fillette : Quoi par exemple ?
- Regarder dans une vitrine pour voir si quelqu’un te suit.
Simuler de réparer ta chaussure, pour que le fileur éventuel te dépasse ou se démasque.
Surtout mettre de la distance entre chaque rendez-vous.
- Et si le "rendez-vous" ne vient pas ?
- Ah très bien, tu es déjà prête pour la clandestinité.
Il faut bien sûr ne jamais oublier un rendez-vous de repêchage,
et puis apprendre à sauter dans le tram ou l’autobus au moment où il démarre.
Ne jamais se lier à des inconnus...
Dis-moi, est-ce qu’on t’a déjà raconté l’histoire de la rue Daguerre ?
- Non
- La grand-mère : Bon, alors écoute !

C’est un fameux moment de Résistance
mené par des femmes aidées des F.T.P. les Francs Tireurs Partisans.
Une action spectaculaire en réponse à l’action et à la répression de la rue de Buci
pour ranimer le courage et prouver l’impossibilité de venir à bout de la Résistance par la terreur.

- La fillette : Mais Grand-mère, dis-moi tout,
la rue de Buci c’était quoi ?
- La rue de Buci ? Protégée par trois jeunes F.T.P. une jeune et frêle institutrice : Madeleine MARZIN,
ameute les ménagères agglutinées en grand nombre
devant un entrepôt de marchandises destinées à l’Allemagne.
Boîtes de conserve, sucre et autres vivres sont distribués en toute hâte ce 31 mai 42,
jusqu’à ce que la police intervienne et charge.
Les F.T.P. ripostent mais la lutte n’est pas égale
et tous sont arrêtés pour être déférés devant la cour spéciale instituée par Vichy.
Les trois jeunes FTP sont condamnés à mort et fusillés.
Madeleine MARZIN, promise à la décapitation, est emprisonnée.

Avis à la population !
Si une nouvelle action terroriste 
comme celle de la rue de Buci était tentée, 
j’annonce, pour les terroristes, les peines suivantes :
	Premièrement : Tous les proches parents masculins en ligne ascendante et descendante 
ainsi que les beaux-pères et cousins à partir de 18 ans seront fusillés.
	Deuxièmement : Toutes les femmes du même degré de parenté 
seront condamnées aux travaux forcés.
	Troisièmement : Tous les enfants jusqu’à 17 ans révolus 
seront remis à une maison d’éducation surveillée.
                       Avis du Général VON SCHAUNBURG.
Voix de femme 1 : Riposter ! Riposter !
Ne pas se laisser intimider !
La rumeur monte.
Les mots sont scandés par de nombreuses femmes.
Des femmes lancent des tracts en criant :
« Ces femmes qu’on envoie aux lointaines bastilles, Peuple, ce sont tes sœurs, tes mères et tes filles.
O peuple, leur forfait, c’est de t’avoir aimé ! »
Victor HUGO)
 
Voix de femmes : Non à l’intimidation !
Non à l’odieux chantage. Refusons la répression !
Courage femmes ! Courage !

(Un mannequin représentant LAVAL, accroché à une potence,
est enflammé. La police arrive à grands coups de sifflets.
Les femmes se dispersent)

Quelle fierté ! Aucune arrestation !
Toutes ces femmes sont d’accord pour recommencer.

C’est dans la rue DAGUERRE, devant le magasin Félix Potin que l’action se passe.
Les portes du magasin ouvrent à 16h.
De nombreuses femmes attendent.
Les manifestantes affluent et s’agglutinent dans la rue Daguerre,
en un instant pleine à craquer.
Lise Ricol commence sa harangue.

« L’occupation avec son cortège de malheurs, de restriction, de crimes a assez duré.
Il est temps d’agir.
Les Français doivent refuser de travailler pour la machine de guerre allemande.
En acceptant de le faire, c’est leur vie, celle de leurs familles
qu’ils exposent aux bombardements de l’aviation alliée.
Femmes ! Empêchez aussi vos maris, vos fils de partir travailler en Allemagne.
Aidez-les à se cacher, à se réfugier à la campagne.
C’est le moment de passer à la lutte armée contre les Boches pour les bouter hors du pays.
Le deuxième front va bientôt s’ouvrir...
La libération s’approche !
Vive la Résistance ! Vive la France ! »

Des femmes lancent alors des tracts à la volée.
La Marseillaise est entonnée.
Des agents de police interviennent, Lise RICOL s’échappe.

De BRINON, ministre de PETAIN se déclare
contre « La mégère de la rue Daguerre ».
Du coup, toute la presse reprend le qualificatif et popularise la manifestation dans le pays.
Radio Londres et Radio Moscou s’en font l’écho
magnifiant l’action des parisiennes
et le courage de l’héroïne de la rue Daguerre.

Hélas, dénoncée, arrêtée, Lise Ricol va subir comme tant d’autres femmes,
interrogatoires et tortures.

Je trahirai demain pas aujourd’hui,
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas
le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures
avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui,
demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.
 
Novembre 1943. Marianne COHN

Automne 42. Les Anglais et les Américains débarquent en Afrique du Nord
11 novembre 42. Les Allemands envahissent la zone libre.
La flotte de Toulon se saborde.

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Taper les tracts

(Des femmes arrivent individuellement de partout.
Elles se font discrètes et s’installant chacune dans leur espace très réduit,
sortent d’un sac, d’un landau, d’une caisse ou d’une sacoche : une machine à écrire.
Elles se mettent à taper des lettres ou des tracts.
Bientôt c’est un véritable concert ...).

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Taper les journaux :
"Franc Tireur Partisan"-
"Combat" - "Libération" - "L’Humanité" -
" La Vie Ouvrière "...

Taper les tracts, taper les bulletins et les fiches de liaison,
les instructions urgentes à dactylographier...
Les agents de liaison sont des femmes engagées directement au cœur de l’action.

Peut-être est-il plus angoissant de transporter des armes,
de participer à un sabotage ou de sauter en parachute que de taper un tract,
de servir de boîte aux lettres ou d’héberger un clandestin.
Mais ces soi-disant petites tâches conduisent tout autant ceux ou celles qui les accomplissent
à la fusillade ou à la déportation.

Le cri des femmes ou pour des femmes
est celui de la vie blessée d’où renaît toujours l’espoir de la vie qui continue.

Présente, je l’étais,
Pas seulement pour dépister l’ennemi
Mais pour voir ceux qui s’en vont,
le coeur en feu,
Ceux qui s’en vont tête perdue
Et ceux qui ne reviendront plus.
 
Neuf balles dans mon chargeur
Et deux lignes plus loin
sept balles seulement...
Quand tu tues pour la première fois,
c’est très dur
L’imagination ne consiste pas à inventer
mais à choisir.
 
Madeleine Riffaud

 Femmes engagées dans le combat

Femmes et jeunes filles agents de liaison
parce qu’elles passent plus facilement inaperçues ....

Femmes et jeunes filles "Convoyeuses" de filières d’évasion pour les prisonniers de guerre
ou pour le passage de la ligne de démarcation entre les deux zones,

Femmes et jeunes filles courage,
elles accueillent les réunions de Résistants,
elles hébergent les clandestins,
Elles s’activent dans les services sociaux de la Résistance,
elles aident les familles de Résistants arrêtés.

Elles cachent des enfants...surtout des enfants juifs,
comme le feront ici à Châteaubriant Esther MOUSSON, Anna ROUL ou Mme CHEVROLIER, veuve de Fercé.

 Port indû de l’étoile

(Une jeune fille arrive en courant, un journal à la main).
- Suzanne : Liliane ! Liliane ! Cette fois, ça y est ! A partir de demain, je dois porter une étoile jaune !
- Liliane : Non ! Alors ce n’était pas seulement du chantage ! C’est odieux ! Bon, j’en porterai une avec toi !
Suzanne : Tu es folle ! Tu risques gros !
- Liliane : Peu importe Suzanne ! Il faut leur faire comprendre.

(Elles accrochent chacune leur étoile et rient.
Au moment de sortir de scène, deux messieurs en imperméable les interpellent.)

- L’agent 1 : Mesdames, vos papiers (ils vérifient)
- L’agent 2 : Suivez-nous.
- Liliane : Mais ...
- L’agent : Port indu de l’étoile. (à Liliane) : Mademoiselle, vous êtes en état d’arrestation.

[D’autres femmes furent ainsi arrêtées, pour dérision :
port d’un insigne jaune en forme de rose,
insigne juif mis au cou d’un chien,
insigne en forme d’étoile brodé d’une croix).

Quelle honte !
Le Paris des droits de l’homme et du citoyen, la France tout entière tressaille de rage et d’indignation : des êtres humains, les Juifs, sont marqués par les boches comme des bœufs à l’abattoir. Cette mesure concerne aussi les enfants à partir de 6 ans... Mères françaises ! Sauvez vos enfants du crétinisme aryen. Enseignez-leur l’amour du prochain, le respect de toutes les croyances...

Femmes ! Dans les queues ne vous laissez pas entraîner
par des provocateurs qui essaieront de créer des incidents contre les juifs.

Notre ennemi commun c’est HITLER.
Notre but commun, chasser l’envahisseur...
pour reconstruire une France indépendante, libre, forte et heureuse.

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Pitchipoï

 Pitchipoï

(Des gendarmes arrivent, encadrent le groupe,
et en silence, au ralenti, séparent les enfants de leurs mères.
Ils les emmènent. Les femmes restent seules et construisent le tableau de la déchirure.
En partant les enfants crient « Pitchipoï »)

Pitchipoï !
Pitchipoï ! Pitchipoï !
Un jour maman, nous nous reverrons au mystérieux pays de Pitchipoï...
Pitchipoï ! Pitchipoï ! Pitchipoï !

On t’a arraché, affamé, à mon sein
Et ma poitrine me fait mal
de tant de lait retenu
Qui te chantera des berceuses ?
Le vent de Zelengora ou de Koraza
La bise de nos plaines
La rosée du matin te rafraîchira
Mais ce sera point la vraie rosée
Ce seront mes larmes !
Qui tiendra tes menottes et
Posera de doux baisers
sur tes yeux ensommeillés ?
Qui te réchauffera dans son sein ?
Tu t’étendras sur l’herbe douce
et te couvriras de branches,
le vent te chantera
Une berceuse.
Dans la nuit silencieuse et sans sommeil
Je te serre sur ma poitrine et les larmes
coulent ... coulent
Maudites soient-elles !
 
Laura KITAGA,
une mère au camp de concentration.

(Le tableau des femmes se défige.
Des gendarmes français les encadrent et les poussent vers une destination inconnue).

Les 16 et 17 juillet 1942,
12 884 Juifs et Juives ont été raflés parmi lesquels 4051 enfants de 2 à 12 ans !

Janvier 43... l’armée allemande échoue devant Stalingrad. C’est le tournant de la guerre !

1943 ! Année de famine, de deuil, d’angoisse. Année d’espoir et de lutte !

(La petite fille revient avec sa grand-mère.)

- La petite fille : Et toutes les femmes Résistantes arrêtées étaient envoyées dans les camps ?
- La grand-mère : Non, il n’y a aucune règle logique.
Certaines vont rester dans les prisons françaises, au dépôt, à la petite Roquette ou aux Tourelles,
à Fresnes, à Romainville ou à la Centrale de Rennes.
Mais leurs conditions de détention sont très dures.

Froid, gel, privations en tout

Dès l’ouverture des cellules à 6h, on court aux lavabos sans perdre une minute,
car le temps passé à la toilette nous est compté.

Eau froide bien sûr !

Lavabos collectifs bien sûr !

Le plus dévêtue possible, hiver comme été !

Après la toilette, la file indienne pour recevoir un breuvage tenant lieu de café

Pour avoir droit aux douches, il faut attraper la gale.
Les poux, les puces et les punaises n’ouvrent pas droit à ce luxe.

A l’heure des repas, on remercie Dieu pour la nourriture que nous allons prendre.
Un rien de bout de pain sans farine !
Une soupe d’eau où nage une rondelle de betterave à vache
et quelques feuilles de chou.

Seule la solidarité nous permet de tenir.

C’est dur la lutte dans les prisons et les camps
parce qu’on veut nous enlever notre raison d’être !

Qu’y a-t-il de plus dur que de n’avoir plus d’yeux pour regarder dehors.

Plus d’oreilles pour écouter les bruits du monde

Plus de mains pour travailler

Plus de tendresse pour choyer le mari et l’enfant.

On veut faire de nous des mortes vivantes.

Mais notre lutte à nous, c’est de conserver notre joie et notre courage.
C’est de vivre

Nous aussi, nous avons notre rôle à jouer dans la grande bataille contre le fascisme.

(Tour à tour les femmes vont venir face au public
crier au travers de barreaux imaginaires,
le poème de Lucie Gratadoux).

Un chant s’envole et monte
et remplit le faubourg
Clamant bien haut la haine,
la souffrance et l’espoir.
Français, délivrez-nous !
Vous ne pouvez savoir
Combien dure est l’attente
et le silence lourd !
Fenêtres grillagées,
bâtisses où règne l’ombre,
Où le soleil ne luit
qu’entre des murs très hauts,
Où le regard cherchant
des horizons nouveaux
Se heurte à la grisaille,
à l’uniformité sombre,
C’est la triste Roquette
où bien loin de la vie
Sont celles qu’on accuse
d’aimer trop leur Patrie.
Tourner sans cesse autour
de la vieille fontaine,
Voir toujours des barreaux,
des portes verrouillées
Se sentir là, passives,
le cœur rempli de haine
Et ne pouvoir rien faire
qui puisse vous aider,
Quand hurle la sirène
aux longues nuits de veille
Ou que parvient à nous l’écho
de vos exploits
Notre cœur bat plus fort,
plus forte est notre foi
Car la France est debout
et les partisans veillent.
Un chant s’envole et monte
et remplit le faubourg
Clamant bien haut la haine,
la souffrance et l’espoir
Français ! Oui, nous voulons lutter,
Agir,
Avoir notre place au combat,
Faire luire les beaux jours.

- La petite fille (après un temps) : Et les femmes, elles vont rester longtemps là, dans les prisons ?
- La grand-mère : Certaines oui, plusieurs mois et même quelques fois plusieurs années.
- La petite fille : Elles pourront s’évader !
- La grand-mère : S’évader ? C’est très dur ! Une évasion ne paraît simple que lorsqu’elle est réussie.
Rares sont celles qui y arriveront, comme Madeleine MARZIN, en pleine gare Montparnasse, au cours d’un transfert,
ou France HAMELIN de l’Hôtel Dieu avec son bébé....

Battez tambours !
Crevez les murs de la mémoire !
Rompez les parois du barrage
Où se heurte le flot des morts
Battez tambours !
Que l’autre côté du décor
Afflue au jour !
 
Le froid, le givre
Et la neige au petit matin
Qui fige la peur et les mains
La nuit voûtée, pesante, lasse,
Des hurlements qui trouent le noir,....
 
Anne-Marie BAUER

(Le piano joue une air céleste et doux.
Des femmes habillées de blanc entrent sur le plateau.
Ce sont des femmes de l’au-delà.
Tour à tour, elles vont se présenter.
Des enfants jettent des pétales de roses.
Le tout est enveloppé d’un brouillard de machine à fumer)

Femmes de l’au-delà...
Femmes des heures sans gloire....
Femmes des crématoires...
Femmes qui ont écrit l’Histoire....

(Les femmes glissent vers le fond et disparaissent.
Des collégiens arrivent sur scène et appellent en regardant vers le ciel ou vers la foule.
Ils cherchent. ..)

Vous toutes, femmes, filles, Résistantes,
si nombreuses que l’on ne peut pas toutes ici vous citer....
Nous entendez-vous ?

Nous avons dit vos noms pour qu’ils restent écho à nos mémoires,
vos noms symboles de liberté. vos noms qui nous réchauffent et nous gardent vigilants
car on sait que le pire peut toujours arriver.

Femmes, mamans, jeunes filles et sœurs comme les autres,
qui avez lutté.
Femmes, mamans, jeunes filles et sœurs comme les autres,
qui avez eu peur et qui avez résisté.
Vous qui avez survécu dans les camps pour que le monde sache....

Vous femmes, jeunes filles qui aspiriez au bonheur et qui aimiez la vie,
qui avez contribué à l’émancipation de toutes les femmes
à la conquête de nouveaux droits,
nous entendons encore l’appel de vos voix.
Nous sommes les enfants libres, héritiers du prix de vos combats.

À votre tour, recevez cet hymne d’espérance.
Puisse-t-il nous transmettre la force et le courage qui vous ont tant animées.

_

« Femmes Courage »
Evocation artistique conçue et réalisée par
Alexis Chevalier - Théâtre Messidor
Jouée par une centaine de comédiens et comédiennes amateurs
Dimanche 21 octobre 2007


(1) pour le texte complet, voir le document.pdf

PDF - 129.9 ko
Femmes courage

Dessin : N’Guimoké, magne-toi ...

Photos du Théâtre Messidor - Femmes Courage


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/bp/LivreMee.pdf

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