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Accueil > La Résistance à Châteaubriant > b - Commémorations > La Sablière 2008 : la jeunesse de la Résistance

La Sablière 2008 : la jeunesse de la Résistance



67e anniversaire de la fusillade de Châteaubriant, Dimanche 19 octobre 2008

(voir texte en bas de cette page)

Une voix pure, a capella, s’élève comme une plainte sur une adaptation du poème écrit par Paul Verlaine en prison : « Dis, qu’ont-ils fait de toi et de ta jeunesse »

Puis on entend des bombardements lointains et de plus en plus présents. Explosions d’obus et tirs. Champ de bataille 14/18.

Après 30 à 40 secondes une musique (Rock) vient se mêler aux bruitages. Une machine diffuse de la fumée sur scène.
Des personnages apparaissent en avant-scène, comme sortis d’un autre monde. Il s’agit de soldats de 1918. Ils sont trois, un peu hagards, leur barda sur le dos. Ils regardent au lointain, repartent et disparaissent.

Les bruitages de guerre s’effacent, seule la musique continue en évoluant sur une sorte de danse des années 20. « Années folles » ? Une voix chantée (Mistinguett) « Mon homme ». Une voix d’homme lui répond « Dans la vie faut pas s’en faire », puis la femme reprend « J’ai deux amours » de Joséphine Baker et encore l’homme « La plus bath des javas ».

Pendant cette évocation chantée, des couples années 25/30 traversent l’espace en esquissant des pas de danse. Puis des ouvriers, des mineurs rentrent du travail. Rires des bourgeois qui se moquent d’eux. Regards sombres des ouvriers fatigués, la musette sur l’épaule. Des enfants mendient ou jouent dans le caniveau.

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On entend aussi des bruits de bottes et la voix de Mussolini puis brusquement celle d’Hitler. Tout se fige alors en image arrêtée quelques secondes. Le tableau disparaît. Tout le monde sort. Des narrateurs s’avancent.

Deux régisseurs amènent le cadre d’un tableau derrière lequel vient prendre place en image un groupe de jeunes garçons et filles.

Voix 1 d’adulte : 1919 – 1939 ! 20 ans ! L’âge d’une jeunesse !

Au fur et à mesure de leurs interventions, les jeunes vont sortir du tableau. Des voix de jeunes s’alternent .

Jeune : Nous sommes les enfants des survivants de la « Der des der ». A peine 20 ans et nous serons les Combattants Résistants de la seconde guerre mondiale.
Elevés dans la mémoire de ce que fut l’horreur des tranchées, nos jeunes yeux, immensément ouverts, sont témoins de la crise issue du crash de 1929.
Nos oreilles entendent chuchoter et bruire l’arrivée de nouvelles menaces. En Italie avec Mussolini ! En Allemagne…avec l’irrésistible ascension du parti National Socialiste.

On entend la voix d’Hitler éructant quelques extraits de Mein Kampf.
« La vérité s’est faite jour dans mon esprit cette nuit là où j’ai compris en pleurant jusqu’au matin que le peuple juif travaillait délibérément à la ruine de l’Europe, et de l’Allemagne en particulier ».
Jeune (chuchoté) : HITLER ! Hitler, pas encore chancelier et déjà sa voix parvient jusqu’à nous à travers les extraits de "Mein Kampf" diffusés dans certains journaux.

Voix d’Hitler : « Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple, sur un autre théâtre, toute l’extension dont il est capable. »

D’autres adolescents arrivent.

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Voix de jeunes : Nos années d’enfance passent vite et voilà que contre la jeune République d’Espagne, le fascisme déploie ses ailes brunes. Madrid ! Guernica ! L’ombre plane très haut dans le ciel d’Europe.
Autriche ! Hongrie ! Bulgarie ! Portugal ! Adolescents, adolescentes de ces temps de menace et de luttes, il eut fallu être aveugles et sourds. ou bien inconscients et inconscientes pour ne pas engager toute notre énergie… pour ne pas y mettre tout notre courage, dans le combat pour la liberté.

1933 ! 1934 ! 1935 ! Manifestations et marches de soutien.
1936 ! Grèves ! Luttes ! Et victoire du Front Populaire,
un répit, un rêve, on espère…
1937 ! Collectes pour l’Espagne, révoltes contre la politique de « non-intervention ».

1938 ! 1939 ! Manifestations et grèves et luttes dans la légalité ou la clandestinité. Apprentissage du combat… Il est déjà loin le temps des premières armes. Nous savions que la liberté avait un prix. Mais nous n’imaginions pas les longues errances et la déportation.

Nous savions que nous engagions nos jeunes vies.
Mais nous ne soupçonnions pas la haine, la torture
et les froides exécutions.
Nous avions pour tout bagage notre révolte,
notre soif de justice. notre insatiable soif de liberté.
Pour tout bagage nous avions notre jeunesse et un seul mot cousu au quotidien de notre combat. « Résistance »
 
« Résistance », comme un étendard planté au cœur.
« Résistance », une conjuration de toute peur.
« Résistance », la seule issue pour espérer notre jeunesse.

« Le temps des cerises »
de Jean Baptiste CLEMENT

Ils nous avaient volé le goût du pain et du miel
Ils nous avaient volé la beauté des choses
Ils voulaient nous voler la pitié et la tendresse
Nous étions durs comme le granit.

Les adolescents sortent après le chant. Des adultes prennent place dans le grand cadre.

­Voix Adulte : Fernand ? Fernand DEVAUX, 1933 ! Rappelle-toi, rappelle-nous ici, la marche de la faim à St Denis.

Fernand : 1933 ! J’ai onze ans ! Je suis né le 3 janvier 1922 à Guingamp. St Denis ce jour-là de 33 ? Oui je me rappelle…Chômeurs, gaziers, cheminots, terrassiers, maçons, émigrés espagnols, italiens, polonais marchent et manifestent pour pouvoir manger. Impressionnante, cette foule énorme de travailleurs ? Oui, pour moi, la naissance de mon engagement.

­Voix Adulte : (elle interpelle une autre figure du tableau). Jacky ? Jacqueline FOURRE ! Toi, tu viens d’Ivry !

Jacky : De 23 à 34, j’y ai passé ma petite enfance. Au début papa n’était pas communiste, mais c’était tout comme… A deux ans j’allais aux manifestations sur les épaules de papa. A côté de ça, ma mère était « enfant de Marie » !

­Voix d’adulte : Gisèle GUILLEMOT 24 février 1922, tu viens au monde à Caen ! Fille d’une mère normande et d’un père italien, c’est ça ?

Gisèle : A Mondeville, à 4 km de Caen. Dans le village, on m’appelait « la Ritale ». Mon père l’Italien de passage a rompu ses fiançailles et laissé tomber ma mère enceinte.

Voix : C’est de là que vient ta révolte ?

Gisèle : Peut-être ! Mais surtout des inégalités sociales que j’ai vues toute mon enfance ! Mon beau-père était comptable à la Société Métallurgique des Chantiers Navals : La « SMCN » de Caen. 6000 ouvriers.

Voix : Vous viviez dans l’usine ?

Gisèle : Oui, avec les ouvriers ! J’étais toujours dans la rue ! J’ai eu une chance inouïe. A 9 ans, j’ai été flanquée à la porte de l’école de l’usine pour n’avoir pas voulu me lever quand un chef est rentré. [Voix : Déjà rebelle, Gisèle !] . Je me suis retrouvée à l’école publique de Colombel avec une directrice « Freinet ».
C’est ça qui m’a construite.

Voix : Et toi Jacky ? Quelle rencontre ?

Jacky : Moi, j’ai quitté Ivry à 11 ans pour Orléans. La rencontre c’est Paul Vaillant Couturier, venu faire un meeting en 1934…et après Maurice Thorez aussi. J’adhère aux Jeunesses Communistes à 13 ans. Après j’ai été de tous les combats.

­Voix : Jean FUMOLEAU… le gamin de Clichy, fils de maçon, copain de Guy MOQUET. Quel chemin de Résistance as-tu fait ?

Jean : en 36, j’ai 14 ans. Je vois le film de Jean Renoir « La Marseillaise » au cinéma. Ça, c’est grâce au Front Populaire. [Voix : La prise de conscience ?] Oui ! Très forte ! Après il y a eu très vite les actions… Ça s’est fait naturellement.J’ai distribué des tracts pour le mouvement « Amsterdam Pleyel », un comité d’intellectuels français a organisé un congrès antifasciste européen, au-delà de toute appartenance de parti.

Fernand : Dans le même temps, des antifascistes allemands qui ont fui l’Allemagne, sont recueillis dans différentes familles à St Denis. [Voix : C’est la solidarité !] . Oui. Chez nous on invite un jeune à venir manger. On ne parle pas la langue. On se comprend quand même. Ce gars va s’engager dans les Brigades Internationales en Espagne.

­Voix : Rejoins-nous André, André ROUAULT… Rappelle-nous tes 17 années de vie !

André : J’ai vécu, j’ai combattu pour la fraternité et l’amour entre les hommes. J’ai rêvé d’une humanité meilleure. Je ne me rappelle pas avoir eu peur (temps)…peut-être devant le peloton d’exécution au champ de tir du Bêle à Nantes ce 29 janvier 43.

[Voix : Tu avais 17 ans ! ] . Je n’étais ni bandit, ni assassin, seulement Patriote !

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­Voix : Vous avez dit 17 ans ? … Alors approche à ton tour « Guy » !, Toi l’incarnation de « l’adolescente Résistance »… Le grand frère
à jamais de toutes les « jeunesses » de France :
Guy Môquet ! Tu n’as pas vu les policiers en civil dans le métro ! Tu ne les as pas vus non plus, au guichet de la gare de l’Est, ce dimanche 13 octobre 1940 ! Pourquoi faut-il que tu aies bourré tes poches de ce poème que tu viens de composer ?

Guy Moquet : Parce que je veux le vendre sur le marché à Saint Ouen ! [Poème écrit à l’adresse de tes trois copains arrêtés quelques jours plus tôt …]. Les sous récupérés, sûrement, auraient pu leur servir !

Voix : Mais sur ton cahier d’écolier, les mots…tombés dans les mains des policiers vont te condamner à la mort prochaine, toi, l’étudiant du lycée Carnot !

Poème de Guy Môquet

Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos trois camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage
 
Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice
Alors donnez-leur quelques sous
C’est le moindre des sacrifices.
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­Voix : En 1936, à 17 ans également, c’est toi Josette COTIAS qui es responsable des « Jeunes Filles de France ».

Josette : Essentiellement pour l’aide à l’Espagne Républicaine oui. L’Espagne où je vais me rendre en délégation en 1937 accompagnée de Rose BLANC et de Jeannette VERMEERSCH. Nous trouvons un pays ravagé par l’attaque de Franco venu du Maroc et la guerre civile qui y règne.

­Voix : Henri CROTTI, immigré Italien, Résistant. Matricule 100…Ricordi - Lei ?

Henri : Anti-Mussoliniens, antifascistes Italiens, le petit café de mes parents, rue Curial, était leur repère. Tous y venaient. Contre les assauts fascistes envers la République, je manifeste dès 1934 ! J’ai à peine 18 ans.

Fernand : Je me rappelle aussi, j’avais 13 ans. Il arrive dans notre classe de certificat d’étude, un jeune allemand : Edmund SCHNEILLER… et puis on apprend que son père a été décapité à la hache…C’est en 1935 !

­Voix : Matricule 31660 ! Madeleine ODRU, sors toi aussi du passé… Parle-nous de ta jeunesse dans cette Résistance.

Madeleine : J’ai perdu ma mère très jeune. Mon père était socialiste. Ma sœur, mon frère et moi étions très ouverts à la politique. On écoutait notre père. Mais lorsque le Parti Socialiste a pris position contre l’intervention en Espagne, nous les enfants, ça nous a énormément choqués.

Voix 1 : « C’est parce que vous n’aviez pas connu la guerre ! »

Madeleine : Oui, c’était le grand argument de notre père. Il était persuadé que l’intervention en Espagne pourrait entraîner les conditions d’une 2e guerre mondiale ... (temps) Après ? Bon, ben on l’a eue, la guerre !

­Voix 4 : Simone ! Simone MILLOT, c’est ton tour de raconter… la Résistance à Nantes.

Simone : Pour moi, le signal a été 1939 et l’annonce du décret d’illégalité du Parti Communiste… A l’arrivée des Allemands, on a commencé à faire des tracts pour expliquer…On les glissait dans les boîtes aux lettres ou on les accrochait sur les arbres. Au début quand on se faisait prendre, c’était pas trop grave. Les Allemands nous emmenaient à la Kommandantur et nous faisaient cirer leurs bottes. Plus tard, on risquera la peine de mort.

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­Voix : Maurice ! Maurice PICONNIER, né le 3 septembre 1919 à St Brévin-les-Pins. Toi, comment entres-tu dans la lutte ?

Maurice P. : Parce que je crois au combat contre l’injustice et contre le fascisme. Je m’inscris aux Jeunesses Communistes en juin 35. Je n’ai pas 16 ans. [Voix : Et ton combat t’amènera à Choisel, ici, prisonnier à Châteaubriant !]. Oui, je suis présent, ce 22 octobre 41 lorsque les 27 partent vers la fusillade. Ils ont combattu jusqu’au dernier souffle parce qu’ils avaient décidé comment ils allaient mourir, pour que leur mort serve à quelque chose.

­Voix : Et toi, l’autre Maurice. Maurice NILES, né aussi en 1919. Pionnier des Jeunes Amis du Secours Rouge, enfant d’Aulnay-sous-Bois. Que gardes-tu au cœur de tes jeunes années ?

Maurice N. : De toute cette période, je garde… je garde un très grand sentiment d’exaltation et la conviction que la Résistance n’a été possible que parce que nous étions déjà trempés par toutes les luttes des années trente.[Tu as toujours gardé confiance ?] - Maurice Nilès : Dès 1940…alors que Goebbels annonçait le Reich pour 1000 ans, nous restions persuadés que nous allions gagner, oui ! Une confiance inébranlable dans l’issue victorieuse du combat de la Résistance.

­Voix : Il est dit que c’est la jeunesse qui la première a commencé le combat de la Résistance. Odette NILES, Odette LECLAND de ton nom de jeune fille. Tu as 17 ans lorsqu’ils te prennent et te condamnent à mort ce 13 août 41… Encore une fois redis-nous.

Odette : En 39, j’ai 15 ans lorsque Claudine CHOMAT, une dirigeante des Jeunes Filles de France avec Josette COTIAS vient me demander de reconstituer les Jeunesses Communistes. Aidée de Marcelle JORISSEN, Solange BOUTARIE, Elvire CANESSA et Fernande PENA on re-contacte les jeunes qui composaient l’U.J.F.F., les Jeunesses Communistes et les cadres de la JC.

Voix : Tout le monde est revenu ?

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Odette : Non, on a eu pas mal de refus. Les jeunes eux étaient d’accord…mais les parents n’avaient pas confiance. On a fait des inscriptions sur les murs et on a distribué des tracts clandestins pour essayer de mobiliser les jeunes.

Voix : Et c’est là que vous vous êtes fait prendre.

Odette : Oui, au métro Richelieu Drouot. On était 17 jeunes. Jugés en Cour Martiale, 3 de mes camarades ont été condamnés à mort. RAPINAT de Pavillon-sous-Bois, André SIGONNEY et Raymond JUSTICE d’Aulnay. Ils sont fusillés ensemble le 25 août à la prison du Cherche Midi. J’entends toujours la voix d’André.

André SIGONNEY  : (adolescent)

Chère maman, cher Jean,

Cette lettre que vous recevez est la dernière qui sera écrite de ma main, car demain matin je serai passé par les armes. J’ai été condamné à mort par les autorités allemandes, ainsi que Raymond et d’autres car la police française nous a remis entre leurs mains.

J’espère que vous aurez beaucoup de courage quand vous apprendrez cette nouvelle, il le faut, puisque nous, nous en avons beaucoup. Nous allons mourir comme les jeunes Français et les ouvriers savent mourir c’est à dire en braves et avec courage en pensant que notre sacrifice ne sera pas vain.

La mort ne nous a jamais fait peur, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. Je vous embrasse fort.

Voix  : La liste des jeunes qui vont payer du prix de leur vie est longue…terriblement longue. Pour ne prendre qu’un département, celui de la Loire Inférieure, aujourd’hui la Loire-Atlantique, on recense 115 jeunes de 15 à 25 ans fusillés ou exécutés de 1941 à 1945.

Voix : Et toujours pour cette « Loire Inférieure » entre 1940 et 1945, 199 jeunes de 15 à 25 ans mourront en déportation.

Passage musical instrumental grave puis la musique remonte le temps pour évoquer 36.

« Où est-il donc ? » Chanson de FREHEL, Paroles : A.Decaye, Lucien Carol – Musique : Vincent Scotto

Un bal se crée sous forme de tableau vivant. Après quelques minutes, un photographe entre et fige l’image. La musique s’arrête.

Voix  : Il y a une image d’Epinal de 1936 et du Front Populaire : le bal dans l’usine occupée. Ou encore : la joie avec les fanfares, enfants, femmes et hommes défilant et riant aux côtés de l’harmonie municipale. Ce sont des images d’Epinal, oui mais voilà, elle sont vraies !

La musique (accordéon) se remet en route et les personnages en mouvement. Au ralenti, des jeunes sortent de ce tableau vivant.

Poème de Gisèle GUILLEMOT

On a dansé cette année là
Année de toutes les conquêtes
Sur la plage ils étaient venus
Les Parisiens, les gens du Nord
Ceux de Moselle et du Loiret
Ils contemplaient le cœur en fête
La mer qu’ils n’avaient jamais vue.
 
On a dansé cette année là
On avait tort, on aurait pas dû
Années de lâches démissions
A croire qu’on perdait la raison
Sur la plage ceux qui étaient venus
Pensaient à Prague déchirée
Et à Madrid écartelée.
 
On a dansé cette année là
Drôle de danse sur les routes de France
Année de toutes les défaites
Sur la plage ceux qui étaient là
Tentaient de fuir face à la mer
Une pluie de feu et de fer.
 
Jeune (continuant le poème) :
Ils ont dansé ces années là,
dans nos villages et nos stations.
Années de sales compromissions.
Sur la plage ceux qui étaient là,
tapis comme de sinistres rats
au fond d’inutiles bunkers,
savaient qu’ils n’en sortiraient pas.
 
Jeune : Nous danserons l’année prochaine
nos quatorze juillet retrouvés.
Sur la plage nous serons tous là, les Parisiens,
les gens du Nord, ceux de Moselle et du Loiret,
devant la mer enfin calmée,
tenterons de panser nos plaies.

Sur la fin du poème, petit à petit, les personnages ont quitté la scène. Puis la musique s’éloigne à son tour et disparaît.

Voix : 1937 ! La jeunesse militante se mobilise pour l’Espagne. Lait, argent, vêtements sont collectés. Les temps deviennent difficiles. Au cœur des problèmes posés, ceux de la Paix et de la
Guerre.

Voix : 1938 ! La situation se dégrade ! Dans les usines, le patronat veut reprendre ses droits. Grèves et revendications syndicales s’enchaînent.

Fernand : Moi, Fernand DEVAUX, je travaille chez HOTCHKISS, comme tôlier. On fabrique des camions, des mitrailleuses, des chars pour l’armée. Je diffuse « la Vie Ouvrière », je participe à la grève du 30 novembre 38 pour les revendications syndicales et contre « les accords », les odieux « accords de Munich » !

Maurice Nilès : (qui arrive à son tour) Moi je me souviens comme beaucoup d’autres de ce fameux voyage de Chamberlain, premier ministre britannique accompagné de Daladier, premier ministre français, se rendant en Allemagne pour discuter avec Hitler afin de livrer aux nazis, les territoires Sudètes de Tchécoslovaquie.

Voix : Et toi Maurice, tu étais au Bourget pour les accueillir à leur retour !

Maurice : Oui. J’ai fait partie de ces jeunes qui ont hurlé à leur descente de l’avion, que Munich ce n’était pas, ce ne pouvait pas être la paix ! Munich c’était la guerre et on l’a vu ensuite.

Fernand : Mais Daladier est ovationné par la population. Les Français approuvent les « accords de Munich » ! C’est le début de la catastrophe.

Voix : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre ! Vous avez le déshonneur … et vous aurez la guerre ! ».

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Voix 8 : Cette voix terrible qui s’élève pour annoncer avec tant de clairvoyance le cataclysme à venir, est celle de Winston Churchill. L’Angleterre, la France et l’URSS engagent toutefois des discussions pour la signature d’un pacte d’Assistance mutuelle.

Maurice : Hélas, la Pologne refuse le passage des troupes soviétiques sur son territoire. C’est l’échec ! Et pire, les Russes signent « un pacte de non agression » avec l’Allemagne.

Fernand : Et vous connaissez la suite. En France, la réaction est immédiate, le décret Daladier dissout le Parti Communiste. On est fin août 1939. Nous devenons des illégaux ! Des clandestins !
En 1940, la CGT, les Francs- Maçons, et toutes les Organisations démocratiques seront à leur tour interdites par le Maréchal Pétain.

Des jeunes et des adultes traversent la scène en courant.
La police française se positionne dans l’espace et surveille tout déplacement. Des ménagères se font arrêter, des jeunes gens à vélo… Une musique sombre accompagne cette scène.

Madeleine : Y’avait l’Allemagne, l’Italie et maintenant l’Espagne fasciste. Nous les jeunes, on n’était pas tranquilles sur l’avenir. On était anxieux et même terrifiés à l’idée d’aller faire la guerre.

[Voix : Mais toi, Madeleine ODRU, jeune fille tu n’étais pas mobilisable !].

Madeleine : Moi non ! Mais mon père, mes copains, oui ! On était toute une bande de jeunes gens. Et puis l’inévitable est arrivé. L’Allemagne envahit la Pologne et le 3 septembre 39, la France déclare la guerre.

Voix 7 : Josette COTIAS ! Tu arrives essoufflée ! Que veux-tu ajouter ?

Josette : Jusqu’en juin 1940 c’est la drôle de guerre. Avec Danielle CASANOVA, puis Victor MICHAUT et Georges TERNET on produit 4 numéros d’un journal « Les liens du soldat » que je vais porter aux cadres mobilisés sur le front.

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Tous se figent comme si le temps se suspendait.
Entrent en scène un père (Jean-Pierre Timbaud) et sa fillette de 11 ans (Jacqueline). Il la prend sur ses genoux. Une musique douce est jouée en fond.

J-Pierre Timbaud : Ecoute ma chérie, écoute mon trésor … Ton papa est un honnête homme, mais peut être un jour on viendra m’arrêter… Ma petite Jacqueline, si un jour tu me vois en prison, tu seras fière de moi ! Tu me promets ?

Jacqueline : Oui papa ! (elle se lève et s’avance)
J’étais à l’école de Torcy lorsque Papa a été arrêté le 18 octobre 1940. Les gendarmes sont venus à la maison chercher ses vêtements. Après, à l’école, il y avait des parents qui interdisaient à leurs enfants de jouer avec moi. J’étais : " la fille à TIMBAUD !".

Entrent deux gendarmes. La musique cesse.
- Le gendarme : Toi, viens voir ! Tu t’appelles Jacqueline TIMBAUD ? C’est ça ?
- Jacqueline : Oui !
- Le gendarme : Regarde ces photos, tu les reconnais ? Ce sont des copains à ton père ! Hein ?
- Jacqueline : Non … Je ne connais pas !
- Le gendarme : Allons, fais un effort… Tu les as déjà vus au Syndicat des Métaux avec ton papa.
- Jacqueline : Je vous dis que je ne les connais pas ! Je ne sais rien !
- Le gendarme 1 : (après hésitation) Bon, allez, file !

Les gendarmes sortent. Le tableau figé reprend vie.

Fernand : Fin 39, la police vient à la maison. Ils perquisitionnent. Ils ne trouvent rien mais ils emportent des livres. J’ai caché les tracts dans la musette militaire de mon frère.

Voix : Toujours la drôle de guerre ! Rien ne semble bouger et pourtant ! Odette : Il y a des octrois partout, pour passer d’une commune à l’autre.
- Un gendarme : (à une jeune fille qui passe en vélo) Qu’est-ce que tu as dans ce panier ?
- La jeune fille : Des tracts communistes !
- Le gendarme : Tu ne devrais pas jouer avec ça ! Ça peut être dangereux !
- La jeune fille : (elle repart) Excusez-moi !
- Odette : J’avais vraiment des tracts dans mon panier.

Jacky : Oui Odette, mais tout le monde n’a pas eu cette chance !
Odette : Tu penses à SCOLARI ?

Jacky : Oui, à Rino. Rino SCOLARI. Pour lui, la Résistance avait commencé bien avant en Italie. Gamin, il avait été enrôlé dans les Babylas (les mômes de Mussolini). Il s’était enfui. Réfugié chez une tante à Puteau ! En 39, il a 19 ans. Il participe à la création de la Résistance dans la région parisienne. Ça se passe dans le bois de Vincennes. Mais il se fait prendre dès début 40, au sortir d’une nuit d’amour. Ah c’qu’il était beau gosse ! Il se retrouve bientôt à Choisel, dans la baraque de son copain Guy MOQUET.

Odette : Plus que copain ! Frangin ! Ils étaient 4, unis comme les doigts de la main. Rino SCOLARI, Roger SEMAT, Maurice SIMONDIN et Guy MOQUET. Dans la baraque 10 et dans le camp ils partageront tout. Jusqu’aux derniers instants !




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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/bp/LivreMee.pdf

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