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Accueil > La Résistance à Châteaubriant > b - Commémorations > La Sablière 2008 (suite et fin)

La Sablière 2008 (suite et fin)



Brusquement, alors que la scène s’est vidée des passants et des gendarmes, un immense drapeau nazi du IIIe Reich se déroule et ferme la moitié de l’espace. Aussitôt six soldats allemands viennent prendre position face au public de chaque côté de l’étendard. Musique militaire de l’armée allemande. Puis les soldats se tournent vers le fond de la scène. Les personnages qui entrent, viennent parler dans leur dos, face au public.

Voix d’hommes et de femmes :

J’ai vu la débâcle.
J’ai vu les hommes, les femmes, les enfants avec leurs baluchons, 
avec des brouettes ou des charrettes partir en exode.
J’ai vu mon entreprise déménager en province !
J’ai vu ma mère pleurer et partir en Bretagne !
J’ai vu la déroute de l’armée française qui se repliait !
J’ai vu un soldat casser son fusil sur le bord du trottoir !
J’ai vu ! Oui, j’ai vu l’arrivée des troupes allemandes à Paris !
Sur les Champs-Élysées, une véritable parade !
 La gorge nouée j’ai suffoqué ! 
Je n’ai pas supporté.
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Qu’est-ce qu’on peut faire face à cette puissance ?
Faire quelque chose, oui ! Il faut faire quelque chose !
On ne peut pas supporter d’être ainsi sous l’occupation.
Vivre en régime fasciste ! C’est notre lot ? C’est effrayant !
Partir en Angleterre ? Pour nous, ce n’est pas la solution.
Trouver des contacts. Recréer des liens.
Reconstituer l’organisation ! Se parler !
Echanger nos points de vue.
Les tracts ! Distribuer des tracts ….

Dans le public, des tracts sont distribués clandestinement.

Redonner de l’espoir.
Redonner de la dignité.
Faire des actions spectaculaires. Par exemple distribuer des tracts 
sur les marchés en plein jour à bicyclette.
Pédaler plus vite que les policiers français.
Se méfier des Allemands mais aussi des Français qui dénoncent.
On constitue des groupes de rues petit à petit…
On réussit à s’armer.
Moi, mon père m’a donné son revolver.

Partout, dans toutes les régions, dans toutes les villes
se créent les O.S., les Organisations Spéciales.
Elles donneront bientôt naissance aux F.T.P.
Notre mission principale : désorganiser les Allemands.
Essayer de soulever la population française contre l’occupant.
Recréer le sentiment d’honneur et de révolte.
Pour ça : Informer ! Oui, informer ! Informer ! Informer !
Dénoncer la police française qui travaille
main dans la main avec les Allemands.
Chaque jour nous en donne la preuve !

Depuis quelques minutes des gendarmes sont venus s’intercaler avec les soldats allemands.

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Femme : J’ai volé des bicyclettes aux flics à l’intérieur des commissariats. J’ai saboté des voitures allemandes. Du sucre dans l’essence… Bourré de l’ail dans les carburateurs… J’ai mis le feu à un camion allemand avec de l’essence et du celluloïd…

La musique allemande qui n’a cessé de monter progressivement, s’arrête brusquement.

Mais il y a la riposte. les arrestations. les délations.
Dans notre groupe, plusieurs de nos camarades tombent.
Ce jour-là, c’est un étudiant en médecine qui se fait arrêter.
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La jeune fiancée : (elle arrive en urgence) Je suis sa fiancée. J’habite un appartement de l’autre côté de la rue. J’ai vu les agents de police l’arrêter. Il y avait un type qui les accompagnait. Ce matin, j’ai revu ce gars dans la rue. Il repérait des numéros. Je l’ai filé. Il est entré à la Gestapo ! Il faut vous méfier !

Madeleine : (à la jeune fille) Je cours le dire à André PICANT, mon chef de réseau.

André Picant : « Il faut le descendre !... Et tu t’en charges ! »

Madeleine : Alors je m’en charge, avec un camarade. On le file et puis on le descend (silence). Mais tu vois quand on l’a tué, on a trouvé sur lui un carnet avec toute la liste de ceux qu’il allait faire arrêter. Et il y avait même les sommes devant les noms…Les sommes qu’on lui payait !

« Douce France » de Charles TRENET

Voix : Enrayer l’abattement général. Appeler à ne pas baisser les bras, qu’il s’agisse de cartes d’alimentation ou des difficultés de toutes sortes auxquelles se heurtent les ménagères. Au fur et à mesure des actions, d’autres nous rejoignent.

Josette : A l’exode je parcours 1500 kilomètres à vélo : Paris - Bordeaux – Toulouse – Limoges –Toulouse à nouveau et puis Lyon où je rejoins les responsables de la zone sud pour reconstruire le Parti Communiste.

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Voix : Josette COTIAS, les faux papiers d’identité. C’est ta mission ?
Josette : Oui et puis la liaison zone sud et zone nord. Avec Claudine, en février 41, on échappe aux rafles et au coup de filet de Lyon parce que nous étions en mission. En août 41, je pars pour la région nord comme responsable des Comités Féminins.

Voix : Et jamais ils ne te piègeront ?

Josette : Hélas si, le 11 novembre 42 à Lille après plusieurs fautes de sécurité des camarades. On m’enferme pour 22 mois de prison cellulaire. J’ai 23 ans !

Un homme entre et interpelle une femme.

L’agent de liaison : Mme Millot ?
Simone : Simone Millot, oui !
L’agent de liaison : Nous avons su pour votre mari. Il était pourtant très vigilant !
Simone : Oui, la peur n’évite pas le danger ! Mais c’est ainsi !

L’agent de liaison : Vos trois petites filles sont toujours avec vous ?

Simone : Bien sûr, où voulez-vous qu’elles aillent ?
L’agent de liaison : Tenez !
Simone : L’homme me tend un petit bout de papier, une carte illustrée déchirée. C’est un PASS. Il faut que je vérifie avec le morceau que j’ai. Méfiance ! « Excusez-moi, j’ai du lait sur le feu, je reviens. » - _ Je me précipite à la cuisine. Je vérifie. Ça colle.
« Bon ça va, alors de quoi s’agit-il ? »

L’agent de liaison : Mon nom est GOSNAT, il s’agit de préparer les évasions du camp de Châteaubriant. Simone : Combien ?
L’agent de liaison : Onze.
Simone : C’est beaucoup ! Je ne suis pas sûre de trouver 11 planques.
ç L’agent de liaison : Bon, alors arrêtons-nous à 7.
Simone : Eugène HENAFF, Fernand GRENIER, Léon MAUVAIS et Henry RAYNAUD vont passer par les planques que j’ai trouvées. GRENIER est resté 3 semaines à Château Thébaud. Mais il y a eu un souci dans l’organisation avec la Région. MICHELS, POULMARCH et TIMBAUD n’ont pas pu s’évader à temps. Ce qui fait que le 22 octobre, quand j’ai su les assassinats… j’étais effondrée.

(Temps… puis elle se reprend).

Les évasions c’est le travail qui m’a le plus plu dans tout ce que j’ai fait, parce que des gars qui sont enfermés … et puis le lendemain ils sont libres, ça c’est épatant !
Voix : Libres ! Pour rejoindre la Résistance et continuer le combat jusqu’au bout…
Voix : Jusqu’au dernier jour !

Simone : Oui ! Jusqu’à la totale libération de la France !

Un coup de sifflet. Trois jeunes entrent en scène avec une échelle. Deux d’entre eux font le guet. Le troisième grimpe sur l’échelle et décroche le drapeau nazi. Puis ils le roulent en boule et partent en courant. Arrive la police à vélo. Elle siffle et les poursuit.

« Le chant des Partisans »
Maurice DRUON /Joseph KESSEL/ Anna MARLY

La musique continue sur le texte qui suit.

Voix : Le 2 août 1941, Danièle CASANOVA, 32 ans, crée une organisation de Résistance armée dont elle confie le commandement à Albert OUZOULIAS, 26 ans et à Pierre GEORGES, 22 ans, le futur colonel FABIEN.

En octobre 41, trois Résistants : Spartaco GUISCO 29 ans, Gilbert BRUSTLEIN 22 ans, Marcel BOURDARIAS 17 ans, sont envoyés à Nantes avec mission d’exécuter un officier de l’armée nazie.

Le 18 octobre, le colonel FABIEN vient s’assurer qu’ils sont prêts à agir, ce qu’ils feront le 20 octobre, rue du Roi Albert, près de la cathédrale en abattant le Lieutenant Colonel HOTZ.

Voix : En représailles, Hitler fait fusiller 48 otages : 27 à Châteaubriant – 16 à Nantes et 5 au Mont Valérien près de Paris.

Parmi les 27 de Châteaubriant, 5 sont âgés de moins de 25 ans :
- Maximilien BASTARD, 21 ans
« Votre fils chéri et frère qui vous envoie son dernier baiser »
- Guy MOQUET, 17 ans
« Vous qui restez, soyez dignes de nous
les 27 qui allons mourir ! »
- Charles DELAVACQUERIE ,19 ans, Claude LALET, 21 ans
« Vive la vie ! Vive la joie et l’amour.
Votre Claude pour toujours ».
- Emile DAVID, 19 ans
« Adieu, adieu à tous ». Emile.
- A Nantes, Huit ont moins de 25 ans : Frédéric CREUSÉ, 20 ans
« Vive Dieu ! Vive la France ! »
- René CARREL, 25 ans, Maurice ALLANO, 21 ans, Jean-Pierre GLOU, 18 ans
« Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait quelque tort .
Vive la France ! Que la volonté de Dieu soit faite.
Votre fils qui vous aime » Jean-Pierre.
- José GIL, 19 ans, Jean GROLLEAU, 21 ans
« Adieu chers parents… Vive la France !
Et que Dieu ait mon âme ! »
- Jean LE MOAL, 17 ans, Jean PLATIAU, 20 ans

Celui qui croyait au ciel….
Celui qui n’y croyait pas…
Un rebelle est un rebelle !
Deux sanglots font un seul glas ! 

« Le Chant des Partisans » reprend quelques mesures et se poursuit en sifflant. Des adolescents entrent et se partagent le poème de Gisèle GUILLEMOT.

Mes camarades
Ils les ont emmenés ce matin
Ils les ont fusillés tout à l’heure…
 
Ils ne verront plus les pommiers en fleurs
Ne boiront plus le cidre de chez nous
Ils étaient ouvriers, paysans, pêcheurs
Il y avait aussi un instituteur
Dans la journée, des gens très ordinaires
Le soir ils s’en allaient faire la guerre.
 
On dit qu’on les fusille au creux d’une colline
Ont-ils pu voir traversant les banlieues
Quelques fleurs, un petit coin de ciel bleu ?
J’aurais dû moi aussi m’en aller avec eux
A la même lourde peine nous étions condamnés.
Qui sait combien de temps me sera réservé
Pourrais-je désormais sans cauchemar dormir ?
Devrais-je à chaque aurore les entendre partir ?
Et bientôt regretter que l’on m’ait épargnée ?
Les mois d’août à venir dans le pays normand
Jamais ne retrouveront la douceur d’antan.
 
Ils les ont emmenés ce matin
Ils les ont fusillés tout à l’heure.

G.GUILLEMOT.

Voix : Et à travers ces heures noires de l’occupation en 42, vous Gisèle, Fernand, Jean, Jacqueline, comment se poursuivent vos Résistances ?

Gisèle : En 42, j’avais 20 ans. Je n’étais pas majeure bien sûr. Ma mère a trouvé un paquet de tracts caché dans le fond du berceau de ma poupée de petite fille. Ça a fait un beau drame. Elle voulait aller trouver la police. Me mettre dans une maison de correction.

Fernand : En 42, j’ai déjà un an et demi de camp derrière moi. Arrêté le 6 septembre 40. Prison de la Santé, camp d’Aincourt avec GRENIER, SCOLARI, HENAFF, POULMARCH, TENINE, SEMAT et les autres. En septembre 41, c’est Rouillé près de Poitiers et en mai 42, le départ pour Compiègne.

Jean : J’ai été arrêté le 16 juillet 41. Prison de la Santé, tribunal spécial. Prison de Fresnes, Centrale de Poissy et en juillet 42, salle des dépôts sous le Palais de Justice. Après ça a été également le camp de Rouillé dans le Poitou pour 15 mois.

Gisèle : J’ai été arrêtée début mars 43 parce que dans le département du Calvados on a fait dérailler deux trains. Il y a eu des victimes. Moi, je portais les messages. J’étais agent de liaison.
Je cachais aussi des explosifs dans mes sacoches.Je mourais de peur parce qu’il y avait des contrôles. Je mettais toujours du beurre, de la viande ou des oeufs dessus.

Fernand : Le 6 juillet 42, on part pour Auschwitz. C’est l’odieux rituel, dans les wagons à bestiaux, la soif, la promiscuité, tout le monde ne peut pas s’asseoir, le manque d’air…A l’arrivée deux jours plus tard, le 8 : les chiens, le tri et les coups de matraque.

Gisèle : J’ai été dénoncée par « Boucle d’or », un copain du groupe qui a parlé ! Je travaillais au ravitaillement général.

Une musique nostalgique joue en contre point…comme décalée.

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Entrent des femmes qui portent des caisses de carton. Elles se mettent en activité. Arrivent alors deux types de la Gestapo et un gendarme français. Ils sont accompagnés d’un grand jeune homme blond. La scène est jouée sur le commentaire de Gisèle.

Gisèle : Il a hésité. Il m’a regardée un peu. Il a détourné les yeux et puis finalement il est venu vers moi et il a dit : « C’est elle ! »

La jeune Gisèle : Je ne te connais pas !
Claude – le grand blond : C’est Annick !
Le chef d’atelier : Elle ne s’appelle pas Annick, c’est Gisèle !
Le type de la Gestapo gifle Gisèle qui est projetée à terre.
Gisèle : Le chef m’a giflée. Je n’ai pas perdu connaissance mais j’ai fait semblant d’être évanouie.

Les hommes et le gendarme emmènent la jeune Gisèle. Les autres sortent.

Gisèle : Je ne sais pas pourquoi… C’est une espèce de loyauté envers soi-même…de respect de ses sentiments profonds. Je me sentais terriblement seule.

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Voix : Jacky, toi, que deviens-tu en 42 ?

Jacky : J’ai été également arrêtée en 41 pour distribution de tracts contre l’occupant nazi. Bien sûr, j’ai nié. On m’a renvoyée chez moi, mais je me suis bêtement présentée au Juge d’Instruction. Je me suis livrée ! J’ai été condamnée à un an de prison cellulaire à Orléans. [Voix : Et après, libérée ?]. Non, comme j’étais Communiste, j’ai été renvoyée ici à Choisel en janvier 42, pour 4 mois. En mai, c’est le camp d’Aincourt pour 4 mois également. En septembre Gaillon près de Bordeaux, 6 mois. Et en mars 43, le camp de Lalande près de Tours. Le 6 juin, je m’évade. Dans une ferme je mange des flageolets à la crème, (elle rit), ça paraît idiot, comme ça…ce souvenir-là… Je remonte sur Paris et deviens agent du Front National de la Résistance.

Voix : Et tu continues le combat toi aussi, comme le feront immanquablement tous les autres "évadés".

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Jean F : L’évasion on en a tous rêvé ! Tellement rêvé ! En novembre 43, je suis transféré à Voves près de Chartres. C’est là qu’en mai 44, va s’organiser la plus grande évasion de la guerre.
Voix : Oui, ils sont 42 à se glisser dans le tunnel de la liberté.
Jean F : Pour moi et les camarades qui sommes restés, départ pour Compiègne : une semaine, puis l’Allemagne et ses camps : NEUENGAMME, WATENSTEDT aux aciéries Hermann Gœring pendant 6 mois, RAVENSBRUCK et la marche vers la baie de LUBECK. Je suis sauvé parce qu’une dysenterie m’oblige à me précipiter dans un fossé. Je n’ai pas été abattu par miracle. Quand je me suis relevé, la colonne était devant, là-bas. J’étais libre ! Libre ! Tu comprends ? Libre ! Je pèse 35 kg mais je suis libre ! J’ai 23 ans.

Fernand : Pour moi, encore un peu de temps avant la liberté…Encore un peu de temps et d’espérance pour le matricule 45472.
Voix : Fernand DEVAUX ! Te souviens-tu de ton nom ?
Fernand : Plus de nom ! Un numéro ! C’est la tentative d’avilissement du IIIe Reich. AUSCHWITZ ! GROSS-ROSEN (Usine Siemens) – HERSBRUCK, de septembre 44 à février 45 ! Et enfin DACHAU en avril, après 16 jours de marche ! Jusqu’au bout les Nazis ont voulu garder leurs proies. Jusqu’au bout ils ont assassiné. Les Américains nous libèrent le 29 avril 45.

Gisèle : Je contemple le camp et je me souviens ! Se souvenir c’est aussi résister ! Si nous survivons, comment pourrons-nous raconter ? Les longs appels meurtriers, le froid polaire… La faim…, Les coups… Les nuits sans sommeil… La crasse… L’odeur, la peur … La mort !
Ce ne sont que des mots, rien que des mots.
Alors peut être ferons-nous semblant d’avoir oublié !

« L’affiche rouge »
Louis ARAGON/ Léo FERRE

Voix  : L’affiche rouge ! Pour les 23 membres du groupe parisien de MISSAK MANOUCHIAN, les FTP MOI (Main d’Oeuvre Immigrée) comptent, en 1942 parmi les groupes de Résistance les plus actifs et les plus déterminés. Notamment parce qu’ils sont en tant qu’Etrangers et Juifs pour beaucoup, directement visés par le régime de Vichy, qui ne leur laisse le choix que de l’internement ou de la clandestinité. A Marseille, c’est la Compagnie MARAT. A Lyon, le groupe Carmagnole Liberté. A Toulouse et sa région, la 35e brigade ! Résistants, Juifs polonais, Juifs hongrois, Espagnols, Arméniens, Italiens, ils forment ce que les Nazis appelleront « L’armée du crime contre la France ».

Un tribunal militaire mi-allemand, mi-français s’installe.

Le juge : Faites entrer les coupables… Tous les coupables !
Des hommes et des femmes entrent, les mains attachées derrière le dos. Ils forment le tableau des accusés du procès des 42. Un tribunal est créé. Pendant l’installation, les voix interviennent.

Voix : Procès au Palais Bourbon. Les 4 – 5 et 6 mars 1942, sept jeunes Résistants sont condamnés à mort.

Procès du 17 juin 1942 pour "l’Affaire de la rue de Buci". Procès des 5 lycéens du lycée Buffon. Pierre BENOIT – Pierre GRELOT - Jacques BAUDRY. Jean-Marie ARTHUS – Lucien LEGROS. Tous condamnés à mort le jeudi 15 octobre 1942, pour avoir été jugés « jeunes gens très dangereux ».

Procès de la Maison de la Chimie. 24 combattants de l’ombre arrêtés par la police de Vichy aussitôt livrés à la Gestapo sont au banc des accusés. Des Chrétiens, des Communistes, des Gaullistes ! Sans distinction, les Autorités allemandes condamnent tout acte de Résistance ! Parmi eux : Marcel BERTOU, 21 ans, Marcel BOURDARIAS, 18 ans, Louis COQUILLET, 21 ans, Maurice TOUATI, 22 ans, Pierre TOURETTE, 25 ans, René TAYER, 20 ans, Georges TONDELIER, 20 ans

Et encore : Karl SCHOENHAAR, 17 ans, Jean LARRE, 23 ans, : Camille DOUVOT, 23 ans, Raymond TARDIF, 21 ans, André AUBOUET, 18 ans, Bernard LAURENT, 20 ans

Procès à grand spectacle. Tout est fait pour terroriser la population, frapper les esprits et disqualifier les Résistants baptisés « Terroristes ».

Voix : Un simulacre de procès a lieu du 15 au 28 janvier 43, à Nantes. Ils sont 45 inculpés Résistants, Français, Républicains Espagnols, Francs Tireurs Partisans, Patriotes. Hommes et Femmes de combat, après avoir été torturés par le SPAC (Service de Police Anti-Communiste du ministre de l’intérieur PUCHEU).

Et voici le réquisitoire du Docteur GOTTLOEB à Nantes :
« Il ne s’agit pas de criminels dévoués à une idée, mais bien d’assassins, de bandits organisés, que l’attaque de l’Allemagne contre la Russie rend dangereux. Leurs chefs enrôlent des jeunes gens pour se camoufler en Patriotes afin de ne pas être reconnus comme Communistes. Leur devise est celle de la Terreur, alors que le vrai soldat allemand est entré dans la lutte pour libérer l’Europe et son pays du Communisme. Ils ont mérité la mort !... Ce jugement doit servir à protéger les honnêtes Français. »

Tous les accusés du tableau se mettent à chanter la Marseillaise.
Le tribunal demande le silence sans succès. Il fuit. La Marseillaise se poursuit à bouche fermée sous le texte qui suit.

Bénédicto BLANCO-SANCHEZ, 25 ans, Albert BREGEON, Eugène LEPARC, Ernesto PIETRO HIDALGO, 24 ans, Maurice JOUAUD, 23 ans, Martin BASILIO BLANCO, Miguel SANCHEZ TOLOSA, 22 ans, Maurice LAGATHU, Félicien THOMAZEAU, Yves BRISSON, 21 ans, Robert DOUINEAU, André GUINOISEAU, Pierre GRELEAU, 20 ans, André ROUAULT, 17 ans.

La Marseillaise est toujours fredonnée. Les personnages sortent.
Une femme s’avance, elle lit la fin d’une lettre.

La mère : « Toi, ma chère petite mère, tu sais que tout ce qui est sur la terre doit disparaître. J’aurais voulu te soutenir dans ta vieillesse… …Surtout ma chère petite mère sois courageuse autant que je le suis en ce moment où je vais mourir… Je vais quitter cette terre et j’espère que la jeune génération qui s’élève reprendra le flambeau qui s’est échappé de mes mains, ouvertes par la mort. Ton fils et votre frère qui vous dis adieu pour toujours, oui, toujours. ». Robert DOUILLEZ, 25 ans.

Voix : Le 16 février 1943, toujours plus servile, le Gouvernement de Vichy promulgue une loi créant le S.T.O. (Service de Travail Obligatoire). Sont concernés tous les Français et ressortissants de sexe masculin nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922. La durée du S.T.O. est fixée à 2 ans. La France de PETAIN livre la force de sa jeunesse à l’économie allemande.

Voix  : Ils ont 21 et 22 ans ! Se cacher dans les fermes et prendre le Maquis devient la seule issue à leur refus de partir. Une nouvelle contribution de la jeunesse à la formation de groupes de Résistance.

A cet instant des hommes viennent se regrouper sur scène dans le cadre du photographe. Arrive devant la scène un paysan avec sa charrette de foin.

Voix : Au cours de l’année 43 et au début 1944, vingt-trois groupes se constituent en Loire Inférieure. Dix huit au nord forment l’ossature du Maquis de Saffré. Les missions de sabotage ont lieu la nuit, ainsi que l’instruction militaire placée sous l’autorité du général AUDIBERT, chef de l’Armée Secrète de l’Ouest.

Le paysan croise une patrouille de soldats allemands qui l’arrête.

L’officier allemand : Holà brave homme ! Comment s’appelle ce village ici ? - Le Père BOMME : Ben, c’est le hameau de « La Maillière » -
L’officier : (il regarde sur une carte) La Maillière ! Pouvez-vous m’indiquer la direction pour la route d’Abbaretz !

Le Père BOMME : Dame, vous lui tournez le dos, faut repartir à l’opposé…foi de Père Bommé ! L’officier : (circonspect) A l’opposé !... Merci brave homme !

En allemand, l’officier ordonne le demi tour.

Voix  : Au Maquis de Saffré, ce 27 juin 44, la ruse du Père Bommé va sauver la vie à 200 jeunes Résistants.

Radio : « LE CANAL DE SUEZ EST EN FEU
Je répète : LE CANAL DE SUEZ EST EN FEU »

Le 6 juin 44, le message venu de Londres donne l’ordre de mobilisation des Maquis. Parachutages d’armes, liaison des Responsables avec les Forces Françaises Libres. Regroupement des unités… Dans la nuit du 16 au 17 juin 44, c’est dans la forêt de Saffré que le rassemblement des divers maquis de l’Ouest s’opère. Le 28 juin vers 5h du matin, c’est l’attaque par plus de 2000 Allemands et miliciens équipés d’armes automatiques et de canons légers. Côté "maquis", 60 hommes seulement sont armés. Issue fatale !

Voix : 9 des 13 maquisards tués au combat ont entre 17 et 24 ans. Le benjamin c’est Robert GEFFRIAUD de Rougé. Le lendemain, 24 des 27 maquisards fusillés à leur tour, à la Bouvardière en St Herblain, ont entre 18 et 24 ans, le benjamin ?... Jacques BIVAUD.

Et le 11 juillet 44 près de la Hunaudière au village de la Brosse à Sion-les-Mines, sur dénonciation, 7 maquisards sont encerclés dans la forêt de Domnaiche. Quatre sont tués : Robert COLLET, 19 ans, Paul LEBORDAIS, 19 ans, Louis DENIEUL et Robert GATINEAU de Châteaubriant, 18 et 23 ans.

Voix : Vers tous les camarades faits prisonniers, déportés et qui ne reviendront pas, que s’envolent aussi nos pensées. A la Résistance, ces enfants, ces hommes ont offert leur jeunesse. Pour notre liberté, ils ont donné leur vie. Mais aucun printemps, aucun matin d’été jamais n’a effacé la mémoire. Jeunes vous étiez ! A jamais jeunes vous resterez !

La musique arrive doucement sur le texte qui suit.

Voix : Enfin comme après l’orage, l’éclaircie de la paix a séché le sang et les larmes. En juillet / août 1944, le concours apporté par les Résistants aux armées alliées est décisif. Il répond à la déclaration du Général de Gaulle du 6 juin 44 au micro de Radio Londres : « Pour les fils de France, où qu’ils soient, quels qu’ils soient, le devoir simple et sacré est de combattre par tous les moyens dont ils disposent ».

Voix : Et ils sont là tous les Résistants de la première heure, et les jeunes Communistes, ceux de la colonne Fabien et ceux de l’état-major Rol Tanguy. Ceux des Jeunesses Ouvrières et Etudiantes Chrétiennes. Les Forces Unies de la Jeunesse Patriotique. La Jeunesse Agricole Catholique, et l’Union de la Jeunesse Juive. Et encore les Mouvements de Jeunesse Protestants.

Tous apportent leur aide, leur engagement, leur concours à la grande œuvre de la Libération de Paris et de la France.

Adolescente : Comment pourrions-nous aujourd’hui, oublier ?
Votre Résistance d’hier est notre combat d’aujourd’hui dans la vigilance salutaire d’un monde écartelé entre ces « Droits des Hommes » bafoués, dont nous fêtons cette année le 60e anniversaire… et la lutte quotidienne pour l’espérance d’une Humanité plus fraternelle.

La musique monte un peu. Elle va rester sous les textes des « Droits de l’Homme » dits par les enfants qui s’avancent.

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Un instituteur et une institutrice annoncent les articles.

Instituteur : Article 3 - Enfant : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Institutrice : Article 5 - Enfant : Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Instituteur : Article 9 - Enfant : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé.

Institutrice : Article 13 - Enfant : 1) Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
Enfant : 2) Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien et de revenir dans son pays.

Instituteur : Article 15 - Enfant : Tout individu a droit à une nationalité.

Institutrice : Article 22 - Enfant : Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la Sécurité Sociale.

Instituteur : Article 23
Enfant : Toute personne a droit au travail
Enfant : Au libre choix de son travail
Enfant : A des conditions équitables et satisfaisantes de travail.
Enfant : Et à la protection contre le chômage.
Enfant : Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

La musique s’arrête un instant. Puis c’est l’introduction de « L’Âge d’Or ». Pendant la proclamation de ces « droits », les acteurs et actrices sont tous revenus sur scène derrière les enfants pour constituer le dernier tableau et chanter :

« L’ÂGE D’OR » de Léo FERRE

Evocation écrite et mise en scène par Alexis CHEVALIER. Assistanat : Christine MAEREL. Administration : Céline JOUVET. Une réalisation artistique du THEATRE MESSIDOR

Avec la participation du groupe Les Conkiska’dors et de Dany Coutand et d’une centaine de comédiens amateurs, jeunes et adultes, de la région de Châteaubriant.



Evocation écrite et mise en scène par Alexis CHEVALIER
Assistanat : Christine MAEREL
Administration : Céline JOUVET
Une réalisation artistique du THEATRE MESSIDOR

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Avec la participation du groupe Les Conkiska’dors :

Camille URVOY (chant) 
 Fabien CHIRON (guitare) 
Nicolas MONNET (trompette, piano) 
Romain PLANQUETTE (accordéon)
Jean-Charles CLAVIER et Gildas LESAGE (percussions)
Alexandre AMOSSE (basse)

et la participation de Dany COUTAND (chant – guitare)

Interprétation du spectacle par une centaine de comédiens et comédiennes amateurs du Pays de Châteaubriant parmi lesquels : des élèves de l’école élémentaire « René Guy Cadou », des collégiens de la Ville-aux-Roses et des jeunes des lycées Guy Môquet et Etienne Lenoir.

Le défilé a été réalisé avec le concours d’une centaine d’enfants et de leurs enseignants des écoles primaires du Castelbriantais.

Communication, graphisme : Jacques VERMEERSCH
Régie générale : Michel CAHOUS
Lumière et son : EUROLIVE

Remerciements :
A tous les membres de la Commission Culture de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.

Aux Instituteurs et Professeurs impliqués auprès de leurs élèves.
A Odette NILES, Jacqueline TIMBAUD, Fernand DEVAUX, Jean FUMOLEAU, Jacqueline FOURRE, Gisèle GUILLEMOT, Carlos FERNANDEZ, Jean-Claude BARON, Joël BUSSON, Jean-Louis GOURAUD, Georges BOUDET, Joseph DURAND, André LEPARROUX et à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur contribution à cet écrit et à la réalisation de l’évocation artistique.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/bp/LivreMee.pdf

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