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Château et haras de Gâtine

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La famille Defermon
Une activité équestre
la maison pour "filles-mères"
la famille Sauvager
la station de monte d’Issé

A l’origine existait la famille DEFERMON qui s’est appelée « Defermon des Chapellières » vers 1740 quand elle eut acheté la propriété des Chapellières près de Maumusson. En 1759 on trouve un certain Jacques Defermon, sieur des Chapellières, Maire de Châteaubriant.

La famille DEFERMON était une famille de la grande bourgeoisie, aux confins de la petite noblesse , dont les fils aimaient vivre à la campagne. C’est ainsi qu’en 1777 la famille DEFERMON achète le site de Gâtine à Issé.

Un des fils, Jacques DEFERMON, né en 1752, fait des études juridiques à Rennes, et devient Avocat au Parlement de Rennes. On le retrouve plus tard
- député de Châteaubriant aux Etats Généraux de 1789, (il a 27 ans)
- co-fondateur du Club des Jacobins,
- puis Président de l’Assemblée Nationale en 1791.

Il fera une longue carrière politique (25 ans)
- devenant Président de la Convention,
- puis Président des Cinq-Cents (sous le Directoire) en mai 1796
- Président du Conseil d’Etat sous le Consulat, il est nommé Comte en 1808
- Ministre d’Etat sous Napoléon jusqu’à l’abdication de Napoléon en avril 1814. Puis il est réintégré dans ses fonctions un an plus tard après le retour de Napoléon de l’île d’Elbe.
Il est poussé à l’exil par Louis XVIII en juillet 1815 et doit même quitter la France en février 1816.

Un autre fils, Jean DEFERMON des Chapellières fut avocat. Il sera Franc-Maçon, initié au Grand Orient. Préfet en 1809, Baron d’Empire en 1810, sénateur, député de la Mayenne

Un autre fils François Defermon des Chapellières,
- fut prêtre ... réfractaire, hostile à la Constitution civile du Clergé, emprisonné par les révolutionnaires de Châteaubriant,
au soir d’une procession religieuse en cette ville, le 23 juin 1791.
- Fidèle soutien de l’Empereur, il sera curé de Moisdon en 1803
et chanoine honoraire de la cathédrale de Nantes

 Quelle famille !

Mais tous, abandonnant les dossiers juridiques, politiques et religieux, aimaient se retrouver à Gatine pour bêcher, planter, tailler et monter à cheval. Des lettres montrent les Defermon, en janvier 1792, piquant des renoncules, semant des pois, plantant des choux .... A la veille de l’exécution de Louis XVI en janvier 1793, Jean Defermon annonce à ses sœurs, restées à Gatine, qu’il lui tarde d’y aller manger la soupe aux choux.

En l’absence des frères Defermon, le domaine de Gatine est administré par leurs 4 sœurs, et par les fermiers, les TERRIEN.

Un fils, Jean Terrien, né en 1766, sous le surnom de Terrien-Cœur de Lion,
- sera animateur de la révolte d’Issé en 1793
et de tout le canton de Moisdon contre la République naissante.
- Chef des Chouans jusqu’en 1800
- Il est marchand de bois à Freigné jusqu’en 1814
- Mais on le retrouve chef de section des réfractaires
qui refusent la conscription lancée par l’empereur en 1815
- Chef de la Garde Nationale à Châteaubriant en 1815
- Anobli en 1820 : « Ecuyer du Roi » et percepteur du Roi à Riaillé

Par la suite, on retrouvera Terrien Cœur de Lion aux côtés des Chouans et en 1831 aux côtés de Marie-Caroline, Duchesse de Berry, qui essayait d’installer son fils, le Comte de Chambord, sur le trône de France.
Il reprit son commerce de bois à Nantes et mourut en 1855 à 89 ans

(d’après le livre « Les Chapellières » de Pierre Péan, Ed Albin Michel )

 Activités équestres

On ne sait pas en quelle année ont été construites les écuries de Gatine. On dit que ce fut entre 1886 et 1896.

Cette construction ne surprend pas quand on connaît l’attachement de la famille Defermon pour les terres et notamment pour les chevaux.

La propriété de Gatine restera en possession de la famille DEFERMON jusqu’en 1977. Parmi les vendeurs, un certain « Charles Louis Pierre Napoléon Ginoux Defermon » .
La famille a perdu l’appellation « Des Chapellières » mais les prénoms du fils rappellent
la fidélité napoléonnienne de l’ancêtre.

La propriété de Gatine, servit à abriter des réfugiés pendant la guerre de 39-45 (le jeune juif Marcel Averbuch y naquit en juin 1940)

 La Maison Maternelle

Par la suite, le château hébergea des filles-mères rejetées par leur famille, et des cas sociaux.(1) On leur apprenait à élever leur enfant

Le régime y était spartiate.

Des écrits de 1974 expliquant que cette « Maison Maternelle » était gérée par le Conseil Général, accueillant des mères célibataires mineures, placées d’office par les Services Sociaux. La Maison pouvait accueillir jusqu’à 38 femmes et 20 enfants à la fois. Les pensionnaires lavaient elles-mêmes leur linge, nettoyaient les dortoirs et, de jour comme de nuit, la salle d’accouchement. Ce nettoyage était même une punition infligée aux filles qui étaient sorties trop loin.

Les pensionnaires devaient aussi faire office de personnel soignant, s’occupant des nouveaux-nés, donnant les soins aux accouchées et même aidant la sage-femme. Les règlements sanitaires, l’interdiction de faire travailler des mineures de moins de 18 ans la nuit, n’étaient donc pas respectées, pas plus que l’obligation du repos post-natal.

Les accouchements se pratiquaient sur place, en l’absence de tout médecin, par une sage-femme assistée d’une pensionnaire accouchée elle-même depuis quelquefois moins d’un mois. Quand l’accouchement se passait mal, la femme était transportée à l’hôpital de Châteaubriant par l’estafette de la maison. On peut se demander pourquoi ils n’avaient pas lieu à la maternité de Châteaubriant .

On raconte aussi avec persistance que les résidus de la salle d’accouchement étaient enterrés aux environs de la maison, dans les bois voisin. Cela rappelle les pratiques du Moyen-Age.

Les femmes hébergées à Gâtines vivaient comme dans un cloître. Lever, travaux ménagers, repas, couchers rythmés par une cloche. Pas de chambres individuelles mais des dortoirs. Elles ne pouvaient venir à Châteaubriant que le mercredi, jour de marché, par l’estafette de la maison . Tout contact avec l’extérieur leur était interdit y compris avec la Jeunesse Ouvrière chrétienne et la Fédération des Femmes chefs de famille.

Les enfants

En ce qui concerne les enfants, deux cas pouvaient se présenter :

- Lorsqu’une femme venant à Gâtines avait déjà plusieurs enfants, elle ne pouvait en garder qu’un ou deux avec elles, de moins de deux ans. Les autres étaient confiés à une « gardienne » dans la commune d’Issé

- Pour les enfants naissant à Gâtine, très souvent l’acte d’abandon leur était proposé avec insistance comme seule solution viable pour elle et pour l’enfant. Pour cela on évitait , dès la naissance, que des liens trop étroits se tissent entre la mère et l’enfant. Les enfants étaient d’ailleurs regroupés dans des dortoirs séparés.

- Il faut rappeler que c’était l’époque où tout débat sur les méthodes contraceptives faisait scandale, comme ce fut le cas lors d’une conférence houleuse à Châteaubriant. On peut rappeler aussi le nom d’un député, Pierre BAS qui, lors d’un débat télévisé sur la contraception, conseillait aux femmes de mettre au monde des enfants et d’en faire cadeau à d’autres dès leur naissance.

 La famille Sauvager

Par la suite l’ensemble château et écuries, a été acheté par Monsieur SAUVAGER le 16 mai 1977, notamment pour y mettre des chevaux.

Mais, ayant besoin d’argent, M. SAUVAGER a revendu les écuries à la Ville de Châteaubriant le 21 décembre 1988, dans un double but :
- installer à Gastines les Haras de la Roche sur Yon
- libérer la Métairie Neuve à Châteaubriant (pour améliorer les installations de l’hippodrome de cette ville)

Le château , dont la façade de pierres est étonnante, a lui-même a connu divers propriétaires, l’un d’entre eux en particulier y a fait un relais d’accueil au château. Le dernier propriétaire est ambassadeur en Indonésie.

Il y a à l’intérieur une magnifique salle de réception et un monumental escalier qui monte aux étages où de belles chambres ont été aménagées de manière somptueuse. Le grenier conserve encore les montants en bois servant à faire des lots superposées pour les « filles-mères » et, gravées sur une poutre du grenier, le nom de quelques-unes d’entre elles. C’est lugubre.


 La station de monte d’Issé

La région de Châteaubriant est réputée pour la qualité de ses chevaux, notamment « de trait breton », qualité reconnue depuis toujours car les fameux « chevaux de Landivisiau », autrefois, étaient achetés à Châteaubriant, lors du marché aux chevaux qui se trouvait boulevard de la République.

La station de monte de Châteaubriant, qui dépend du Haras de la Roche sur Yon, reste l’une des stations d’étalons les plus prospères, était installée dans la ferme dite « La Métairie Neuve », à Châteaubriant

Mais les installations, trop petites, ne permettaient pas de prendre en charge le poulinage des juments, faute de place pour la construction de boxes appropriés.

L’acquisition des écuries de Gastines et les travaux faits par la ville de Châteaubriant se sont montés à près de 4 millions de francs ; et ont bénéficié de près de 3 millions de subventions diverses (de l’Etat, du Ministère de l’Agriculture, du Conseil Général, et du syndicat d’élevage du Cheval de Breton)

En dehors de la saison de monte, qui va de février à juillet, les logements des gardiens servent de gîte rural, dans un cadre particulièrement calme, et non loin de la ville.

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(1) Selon un témoignage reçu après la publication de cet article, la maison pouvait accueillir quelques personnes cherchant l’anonymat, et ayant les moyens, venant accoucher en toute discrétion et souvent "sous X". Par exemple, Jeannine M. , d’Angers, a acouché à l’âge de 29 ans, suite à une "faute" avec un postier, elle avait déjà 3 enfants avec son mari légitime (qui était professeur des écoles). Elle a laissé une lettre explicative de son geste, précisant souhaiter l’adoption de son enfant.

Ecrit le 14 décembre 2011

La maison maternelle de Gâtine, en Issé

Né sous X ... l’ignorance de ses origines est toujours une souffrance pour un enfant abandonné à la naissance. C’est dans cet esprit qu’est né un blog concernant la maison maternelle de Gâtine en Issé. L’auteur appelle aux témoignages et aux souvenirs et soutient le projet de loi de Mme Barèges : "l’idée serait d’obliger la mère à décliner son identité à son arrivée à la maternité, conserver son nom dans une enveloppe cachetée et consignée, et confier le pli à l’enfant à sa majorité si ce dernier en fait la demande"

En 30 ans de "vie", environ une centaine de femmes par an venaient accoucher à Gâtine. On peut estimer qu’il y a eu 3000 naissances à Gâtine, ils auraient maintenant entre 33 ans et 65 ans.