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La commune libre de Renac

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 LA "COMMUNE LIBRE" DE RENAC

 LA VIE D’UN QUARTIER, DE 1945 à 1956

"Oh Renac, n’as-tu pas, tes chemins, tes détours, tes bassins, où là-bas l’eau coule nuit et jour ? Ton superbe escalier, tout récemment construit et qui brille la nuit sous sa lampe qui luit".

Cette chanson (sur l’air de "Ah qu’elle est belle ma Bretagne") date de 1946, après l’inauguration du fameux escalier reliant les "Hauts de Renac" et la rue d’Ancenis à Châteaubriant.

 A LA SAINT - JEAN 1945

"Les hommes avaient perdu le goût de vivre et se foutaient de tout", chante Serge Reggiani dans sa fameuse chanson "les loups". Ceci, c’était vrai avant, avant la guerre, avant le bombardement du 07 juin. Mais ce n’est plus vrai car dans cette rude épreuve les gens retrouvent le sens de la solidarité et de la fraternité.

Août 1944 : libération de Châteaubriant.

Mai 1945 : fin de la guerre. Arrive la Saint-Jean de l’année 1945 : une période toujours importante en campagne puisqu’elle marque le terme des loyers urbains et des contrats de louage des domestiques. Les gars de Renac décident de se retrouver, de retrouver la chaude ambiance et l’amitié qu’ils ont commencé à nouer un an plus tôt. "Pourquoi ne pas se réunir entre nous ?" Il y a là Robert Lossois, le boute-en-train mécanicien SNCF, Jean Lebreton l’instituteur, Roger Chauvière, Théophile Macé, Emile Giffard, Pierre Rigaud, Jean Kermarec, Alexis Hervieux, Bernard Lemasson, Roger Ergand, Jean Le Pautremat, et d’autres, et d’autres ...

" On a fêté la Saint-Jean ensemble autour d’un feu de joie, après avoir fait "brinder" la poêle. Puis on s’est retrouvé souvent autour d’un verre, dans l’un des cafés du quartier comme "La Puce" par exemple. Et les idées ont germé. Folles. On compose une chanson pour nous ? Chiche ! Et Robert Lossois composa, avec Jean Lebreton, "les gars du bois Renac" sur l’air des "gars de Ménilmontant", de Maurice Chevalier".

 DE LA BUTTE DE MONTMARTRE A LA BUTTE DE RENAC ...

Et puis, ceux qui avaient des souvenirs d’Histoire ont pensé à "la Commune", celle de Paris en 1789-95 qui renversa la Royauté, celle de 1871 hostile à la capitulation, devant les Prussiens. La Commune, un symbole de renouveau, avec un petit goût libertaire. Pourquoi pas une "Commune libre de Renac" ? Aussitôt pensé, aussitôt fait" dit Le Pautremat à qui la butte de Renac fait penser à celle de Montmartre.

Pas question de politique dans cette histoire. Aucune opposition aux pouvoirs en place. Juste l’envie de faire quelque chose ensemble. "La Commune Libre de Renac" prit pour devise "Faire le bien dans la joie". Tout un programme ! "Le but premier n’était pas de se retrouver pour faire la fête, mais plutôt de continuer à exercer une solidarité entre tous les habitants de ce quartier un peu en dehors de la ville". Le quartier de Renac était en effet (reste encore ?) un quartier à part, coupé de la ville par la voie ferrée et la dominant du haut de sa butte.

Les moyens de cette solidarité ? La fête ! Les idées ne manquaient pas dans la cervelle des "gars de Renac" et Robert Lossois était un animateur plein d’entrain et d’inventions : la corrida, Buffalo-Bill et la belle captive, le rodéo automobile, la venue de l’Emir Ab-El, la course internationale ... autant de thèmes de fêtes que l’on mettait six mois à préparer. Défilé costumé en ville, kermesse, parodies, jeux scéniques, bal, la fête durait jusqu’à cinq heures du matin attirait souvent près de 2000 personnes.

Mais revenons au commencement pour écouter Jean LE PAUTREMAT qui a rassemblé ses souvenirs. Des yeux qui pétillent, la voix ferme pour chanter les refrains de la Commune Libre de Renac, l’allure de ce qu’il doit être : un bon vivant, Jean LE PAUTREMAT évoque avec sa femme ce qui a marqué douze ans de leur vie.

  LE BOMBARDEMENT DE JUIN 44

07 juin 1944. Châteaubriant est encore sous occupation allemande. La gare de la ville est un point stratégique important car elle assure le transport des munitions et soldats allemands entre Nantes et le Front de Normandie où vient de commencer le débarquement allié. Des vagues d’avions alliés, soudain, survolent la ville. Tout le monde est le nez en l’air. Vers 19 heures, les avions lâchent quelque chose. "Des prospectus ?" se demandent les castelbriantais qui ont reçu plusieurs fois, par la voie des airs, des journaux alliés.

Mais ce sont des bombes que lâchent les forteresses volantes par vagues successives ! ...Le quartier de Renac, situé immédiatement derrière la gare est particulièrement touché. Une femme est même tuée dans la rue Alfred de Vigny, projetée à terre par le souffle des explosions. La gare est ratée mais le château de Renac est détruit.

C’est la panique dans le quartier. Les gens fuient vers les campagnes pour y trouver refuge. Puis progressivement ils reviennent au quartier, commentant l’événement, aidant les plus démunis à reprendre le dessus.

 FAIRE LE BIEN DANS LA JOIE

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La commune libre élisait chaque année son conseil municipal (où ne siégeaient que des hommes). Echarpe tricolore, haut de forme ou chapeau melon, c’était du sérieux ... pour rire. Il y avait aussi l’élection de la reine qu’on appelait "l’Etoile" et du "jeune premier". Il y avait des arbres de Noël, des excursions tous ensemble, des représentations théâtrales, des échanges avec d’autres communes libres comme celle des Grenouillards à Champtoceaux. Il y avait aussi des "renacais d’honneur" : les nombreux cheminots qui venaient donner la main et participer aux défilés costumés.

Ce travail bénévole (et important) alimentait les caisses de la commune libre et servait à aider les "citoyens" de Renac lors des mariages, naissances, à offrir des cadeaux aux enfants du quartier pour la Noël ou pour un succès aux examens.

Une des grandes réalisations de la commune libre fut la construction de l’escalier qui relie la rue de Renac et la rue d’Ancenis. Cette initiative répondait aux vœux unanimes de la population, lassée de faire le tour par le faubourg St-Michel pour rejoindre la ville. Financé en partie par le bénéfice des fêtes du quartier et en partie par une subvention municipale, il fut inauguré en grande pompe avec la présence de la radio (c’était la TSF à l’époque) et d’un "ministre" (joué par Alexis Hervieux) appelé "ministre des travaux finis". "Faire le bien dans la joie" c’était le cas de le dire !

Il y a une rue "Anna de Noailles" dans l’actuel quartier de Renac. POURQUOI PAS UNE RUE ROBERT LOSSOIS ?

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Mais en 1956, la commune libre prononce sa dissolution. Les anciens ont quelque peu vieilli ou sont partis, les jeunes n’ont plus la même foi, le même besoin de sentir une solidarité. Chacun a sa télé, sa voiture. Le goût de la fête s’est perdu. Il reste de cette époque le fameux escalier édifié en 1946. Il sert sans doute un peu moins qu’auparavant, mais tout de même ! Il est protégé, au débouché sur la route d’Ancenis par une balustrade métallique qu’il faut sans cesse réparer. "Tiens, attirez donc l’attention là-dessus" dit l’ancien "maire" Jean Le Pau. "Il y a sans cesse des poids lourds stationnés sur le trottoir entre les restaurants et le bout du chemin de Launay. Ils barrent l’accès à l’escalier et détériorent tout et, de plus, ils compliquent la circulation. Ce n’est pas normal."

Les poids lourds barrent aussi l’accès à un petit sentier goudronné qui serpente entre les jardins, de la rue d’Ancenis à la rue Alfred de Vigny. Pourquoi ne pas donner le nom de "passage Robert Lossois" à cette voie ou à une autre plus importante ?

Après tout, Robert Lossois a plus marqué le quartier que ... Anna de Noailles !

(Epilogue : L’escalier s’appelle désormais : Escalier de la Commune Libre de Renac. ) Note du 3 mai 2000