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Les Réfugiés Espagnols

 Qiero dormir ...

 

 

 

 

 

Quiero dormir el sueño de las manzanas      
      Je veux dormir du sommeil des pommes
Alejarme del tumulto de los cementorios         
      Loin du tumulte des cimetières
Quiera dormir el sueño de aquel niño                
      Je veux dormir du sommeil de cet enfant
Que queria cortarse en corazoñ en alta mar        
      Qui souhaite se transpercer le cœur en haute mer
                              Federico Garcia Llorca
                              Gacela de la muerte oscura

18 juillet 1936 : pour faire échec à la République qui a pris le pouvoir en Espagne lors des élections de février 1936, le Général FRANCO et les troupes du Maroc, débarquèrent dans la péninsule ibérique. Ce fut le début de la Guerre civile espagnole. Hitler et Mussolini apportèrent leur aide massive (armes et soldats) au Général Franco. Le pays se transforma en champ de bataille du fascisme contre le gouvernement régulier de Front Populaire.

La Guerre d’Espagne se révéla être le banc d’essai des armes et techniques nouvelles (surtout dans le domaine de l’aviation) qui allaient être utilisées dans la Seconde Guerre Mondiale. Elle prit fin le 28 mars 1939. Commença alors la dictature franquiste.

L’article qui suit rappelle le souvenir des réfugiés espagnols qui arrivèrent en Loire-Atlantique (La Loire-Inférieure d’alors) à la suite de la débâcle des Républicains. Certains ont fait souche dans notre pays et sont restés dans la région. Grâce aux témoignages des survivants qui étaient alors des enfants ou des adolescents, il est possible de retracer à grands traits l’arrivée et la vie de ces personnes déplacées dont plus de la moitié fut installée dans la région de Châteaubriant dans les camps de la Forge à Moisdon-la-Rivière et de Juigné-les-Moutiers. Les archives départementales conservent des dossiers très importants qui demanderaient une étude beaucoup plus approfondie

(article fait par Noëlle Ménard à la demande de l’association nantaise “ Les anneaux de la Mémoire ”)


 LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE

La Guerre Civile Espagnole, 1936-1939, laissa I’Espagne exsangue avec au moins 600 000 morts et des milliers de gens sur les routes. (1)

Dans les derniers mois de 1938 et au fur et à mesure de I’avancée des armées franquistes vers le Levant et la Catalogne, les sympathisants du gouvernement légal républicain, menacés dans leur vie, commencèrent à se regrouper à la frontière catalane. Les historiens évaluent à au moins 400 000 le nombre de personnes accueillies en France avant la fermeture définitive de la frontière par Franco.

Dès le début des hostilités, en 1936 et 1937, un petit contingent d’Espagnols, souvent originaires du Pays Basque et des Asturies , transporté par des bateaux anglais, avait été dispersé dans toute la France : 236 personnes furent ainsi hébergées à Ancenis

Quelques jours avant la chute de Barcelone (26 janvier 1939), le ministre des affaires étrangères Alvarez del Vayo rencontra son homologue français Georges Bonnet et le supplia d’accueillir les partisans de la République et leurs familles. Il fut alors envisagé de regrouper ceux-ci en Espagne sur un territoire neutralisé et administré par la France laquelle serait également chargée du logement et de la nourriture. Bien entendu, cette solution imaginée dans les chancelleries n’eut aucune suite sur le terrain. FRANCO prit tout le monde de court. Il n’y avait plus d’autre alternative pour les républicains que la fuite, la prison ou la mort.

Le 27 janvier la frontière du Perthus s’ouvrit sur I’ordre du gouvernement Daladier :100 000 personnes attendaient déjà. On en fera passer dans un premier temps 2000 par jour... puis dans I’urgence un nombre indéterminé. Les hommes, considérés comme des soldats, sont alors systématiquement envoyés dans des camps situés entre Carcassonne et la frontière (Le Vernet, Bram, Sept-Fonds, Rieucros, Agde, Le Barcarès, Rivesaltes, Saint-Cyprien, Argelès, Collioure)

Dans la confusion qui régna, les familles furent séparées et il faudra ensuite des mois pour rétablir le contact. 45 trains sont mis en place par le ministre des Travaux Publics pour évacuer vers I’intérieur 45 000 personnes, essentiellement des femmes, des enfants et des hommes invalides. Les préfets ne disposent que de quelques heures pour accueillir et répartir leur contingent de réfugiés. Le département de Loire Inférieure recevra pour sa part 2800 personnes (1er avril 1939) dont une bonne partie sera dirigée vers le nord du département et sur la côte où se trouvaient des bâtiments inoccupés. Chaque commune fut priée d’affecter des locaux même si ceux -ci étaient précaires.

Odelinda GUTIERREZ DIEZ FERNANDEZ se souvient du voyage de Barcelone au Perthus (160 km) fait à pied et en camion, sous les bombardements allemands et italiens.

Odelinda a aujourd’hui 67 ans. EIle est originaire de Gijon dans les Asturies. Son père, Juan DIEZ FERNANDEZ était militaire de carrière dans I’armée régulière espagnole. Sa mère Ramona DIEZ ARGUELLES avait également deux autres filles plus jeunes : Paz née en 1937 et la petite Amapola née en 1938 au cours de I’exode à Barcelone. La famille franchira la frontière le 8 février 1939. (Le père attendra le 10). Aussitôt, la famille fut mise dans un train vers une destination inconnue qui s’avéra être Châteaubriant. Le train s’arrêtait dans toutes les gares pour déposer à chaque fois des femmes et des enfants. La famille DIEZ FERNANDEZ était si fatiguée et dénutrie qu’elle fut tout à suite dirigée vers I’hôpital le temps de reprendre quelques forces.

 Logés à la mairie de Châteaubriant

A Châteaubriant, on commença à s’organiser. Le maire, Ernest Bréant, fait acheter tout de suite du matériel (couvertures, cuisinière, batteries de cuisine) pour les 110 personnes installées en hâte au rez-de-chaussée de la mairie. D’autres sont hébergées à la salle Lutétia (*) et dans des entrepôts privés comme chez Larose, rue Hoche.

Le 18 mars 1939, le Préfet publia une première liste des réfugiés espagnols envoyés dans d’autres départements et recherchant des membres de leurs familles. Plusieurs fois par mois, la Préfecture renouvellera I’opération. Des cartes d’identité sont délivrées aux réfugiés avec une simple déclaration sur I’honneur. Certaines fiches conservées aux archives sont incomplètes, car le fonctionnaire n’a pu obtenir les renseignements. C’est ainsi que Justo Fernandez, 33 ans, né à Oviedo et demeurant à Barcelone, est évacué sur Sion-les-Mines sans plus de précisions, car I’intéressé est muet.

  Les « rouges »

La population de Châteaubriant regarde d’un drôle d’air ces "rouges" qui occupent le rez-de-chaussée à la mairie et qui peuvent coûter cher. Ernest Bréant est interpellé au conseil municipal du 29 mai 1939 par M. Renaud Conseiller municipal. Celui-ci s’inquiète "des frais d’éclairage du rez-de-chaussée de la mairie transformé en centre d’hébergement". Le maire lui répond que "les frais sont pris en charge par la sous-préfecture", il indique aussi "qu’il est intervenu auprès de Monsieur le Sous-Préfet pour que les réfugiés soient transférés prochainement dans les nouveaux cantonnements de la Forge à Moisdon-la-Rivière et dans la région de Juigné. Il espère que les locaux de la mairie seront libérés avant un mois."

Le préfet organise déjà quelques rapatriements au compte-gouttes pour quelques volontaires dès avril-mai 1939.

Pendant ce temps-Ià, les réfugiés tentent de survivre car ils manquent de tout. La Commission Internationale des Populations civiles d’Espagne, d’obédience communiste, est autorisée par le Ministre de I’intérieur à envoyer des vêtements de première nécessité (robes, tabliers, chemises, sandales, brosses, savons, etc..). Des galoches (289 paires) suivront quelques semaines plus tard.

Les enfants espagnols reçoivent I’autorisation d’être scolarisés, mais ils manquent de fournitures. Le 7 août 1939, M. Gondy, secrétaire de la Bourse du Travail à Nantes envoie "une petite somme d’argent pour acheter crayons et cahiers". La SFIO écrit de son côté au préfet pour demander des nouvelles des réfugiés.

Un enfant, Javier NOVAS, dont le père est décédé, est envoyé en URSS, avec I’accord de sa mère. Des centaines d’enfants de communistes espagnols orphelins seront en effet accueillis par les soviétiques et répartis sur leur territoire. D’après le témoignage de Julio Gonzalez, publié en Mayenne en 1996, ces enfants ont été éduqués dans des institutions en URSS, ils ont pu conserver leur langue et certains ont pu revenir en France après la guerre. (L’oribus-avril 1996)

 Le Camp de la Forge

A Moisdon-la-Rivière, on prépare activement le Camp de la Forge, malgré les protestations du Maire Paul Ginoux-Defermon qui écrit que "la population a une hostilité extrêmement vive" vis à vis des réfugiés. Monsieur Michau, propriétaire de la Forge et des longères, accepte de louer le manoir et la charpenterie pour un loyer de 1000 francs le 25 mai 1939. Le lendemain, les anciennes ardoisières de la Tangourde à Juigné-les-Moutiers sont également louées. Dans les jours qui suivent, 700 personnes, en majorité des femmes et des enfants , venant de tout le département sont acheminées à la Forge.

L’administration a cherché en hâte du personnel pour les encadrer.

Monsieur Legoff, inspecteur de la police spéciale en retraite, accepte de diriger le camp de Moisdon. Il est aidé par un sous-chef de poste et six gardes. A Juigné, Charles Cadot, retraité de la gendarmerie à Châteaubriant, fait de même.

  300 planches et 200 pieds

Le sous-préfet Arnaud pare au plus pressé. Il commande 300 planches et 200 pieds, ainsi que 620 paillasses et 600 kg de paille pour assurer le couchage. L’installation est sommaire, I’eau potable manque. La Croix-rouge fait de nombreuses visites et réconforte les réfugiés.

Madame Arnaud, femme du sous-préfet, s’occupe personnellement de la petite Amapola (coquelicot en espagnol) Diez Fernandez qui est un bébé malingre à peine âgé d’un an. EIlle est aidée par des castelbriantaises, Mesdames Roussel, Nivert, Larose, Lebastard, Delanoue, Chailleux, Bicot, Cassin et beaucoup d’autres

D’après le livre de comptes du camp de Juigné, il apparaît que la nourriture était variée et chose plus surprenante adaptée au goût des Espagnols. A côté des légumes habituels on relève I’achat de pois chiches qui n’étaient pas beaucoup consommés à Châteaubriant. Le fournisseur attitré est Amador Castañer, qui tenait boutique, rue Aristide Briand à I’enseigne "Au palmier de Valencia". S’il y a de la morue en quantité, manque I’huile d’olive.

L’état sanitaire des camps est correct. Des infirmières ont été réquisitionnées et les médecins sont appelés régulièrement. L’administration a très peur des épidémies aussi elle ne lésine pas sur les médicaments et les hospitalisations. Chaque mois le préfet continue à publier des listes de personnes disparues. Ces listes écrites en espagnol permettent de connaître I’origine géographique des réfugiés. S’ils viennent de toute I’Espagne, leur dernier domicile connu se trouve souvent être la Catalogne (Provinces de Barcelone et de Gérone). Il y a peu d’indications sur les professions exercées, d’autant plus qu’il y a une majorité de femmes. Parmi les réfugiés se trouvent un certain nombre d"’indianos" c’est-à-dire des Espagnols nés en Amérique , comme Emilia Marquez Villazon, née en Floride ou Dolorès Elias Martin née à Cuba en 1915. Pour des raisons de sécurité, le préfet interdit le regroupement des familles dans le cas où les réfugiés ont des parents près de la frontière espagnole.

  La population de Châteaubriant fait son possible

La population de Châteaubriant, après le choc des premiers jours, a fait son possible pour adoucir le sort de ces pauvres gens. Une lettre du sous-préfet est très significative à cet égard. Celui-ci écrit que dans un premier temps la population "était assez réfractaire" mais "elle a été vivement impressionnée par la dignité des réfugiés et par leur attitude pleine de sagesse. Entraînée par des hommes de bonne volonté qui ont constitué le Comité d’accueil, il semble, si I’on excepte quelques hostilités irréductibles, que les réfugiés soient acceptés sans difficultés."

Le sous-préfet ajoute : "Toutes les associations et groupements ont aidé à ce résultat, et je ne saurai passer sous silence, comme majeure de ce revirement, toute l’aide que j’ai trouvée dans LE COURRIER DE CHATEAUBRIANT (organe des partis modérés) et dans les autorités ecclésiastiques qui n’ont pas hésité à organiser, dans les locaux du Cercle catholique, une représentation au bénéfice des réfugiés"

Des témoins de l’époque affirment que cet afflux de réfugiés a été pour la première fois la cause d’un rapprochement des deux camps traditionnellement hostiles (catholiques et laïcs), préfiguration de ce qui se passera pendant et après la guerre.

.. à

 Moisdon, on craint pour les filles !

31 août 1939 Paul Ginoux Defermon, maire de Moisdon, demande au sous-préfet I’évacuation de la Forge car "les femmes (de Moisdon) sont effrayées à la pensée de se défendre de ces indésirables dont le nombre est d’environ 800". En fait , les moisdonnaises n’avaient aucune raison d’avoir peur car dans le camp il n’y avait que des femmes, des enfants et quelques hommes invalides... Mais avec "les rouges"... on ne sait jamais. On notera que les mentalités à la campagne sont plus figées qu’à Châteaubriant qui possède une vieille tradition républicaine. Les habitants de Moisdon sauf exception ne manifesteront pas de sympathie, ils venaient voir avec curiosité ces gens qui leur semblaient venir d’une autre planète.

 Résister aux convois

La Pologne est envahie le 1er septembre 1939.

L’administration se fait alors plus pressante pour organiser le retour volontaire ou non des réfugiés en Espagne.

C’est dans ce contexte que des évasions ont lieu et surtout qu’un Comité révolutionnaire se constitue dans les deux camps. “ Il s’occupe d’organiser une propagande à travers les réfugiés, les engageant à résister à tous les départs de nouveaux convois en direction de I’Espagne." ” écrit le sous-préfet.

La secrétaire du comité de Moisdon est Gabriela Abad Miro. A Juigné, la résistance s’organise sous la direction de Teresa Alonso Gutierriez, 22 ans, assistée d’une demi douzaine de compatriotes. Le préfet note "qu’il est à remarquer que toutes ont demandé à partir pour la Russie".

Certains qui ont la chance d’avoir des relations ou de la famille, peuvent encore partir au cours de I’été 1939 pour les Etats-Unis, Cuba, le Chili, Tetouan et Tanger.

Les journaux espagnols républicains publiés en France sont vite interdits par le ministre de I’lntérieur.( Voz de Madrid, Espana, ABC, La Vanguardia de Barcelona etc...). Celui-ci envoie par télégrammes au préfet, des listes de publications qui risquaient peu de se retrouver à Moisdon.

Le sous-préfet Arnaud écrit à plusieurs reprises que "les réfugiés gardent une attitude très digne".

 Engagés dans l’armée française

24 septembre 1939, la guerre est déclarée depuis trois semaines. Les circulaires du gouvernement se multiplient : il faut coûte que coûte renvoyer le plus possible d’Espagnols à I’exception de ceux et de leurs familles qui se sont engagés dans les Compagnies de Travailleurs Espagnols, au service de I’armée française. Il en est de même pour ceux qui ont trouvé un emploi. Le sous-préfet avec beaucoup de courage indique par lettre "qu’il ne peut séparer les parents et les enfants pour les renvoyer en Espagne".

196 enfants sont encore à Moisdon et 106 à Juigné.

La famille DIEZ FERNANDEZ, c’est à dire la mère, Ramona, et ses trois petites filles vivent à la Forge. Il y a de nombreux courriers concernant cette famille, car le père militaire de carrière "est dans une compagnie de 7e (auxiliaires) depuis le début des hostilités, il est en instance d’engagement dans I’armée française". Cet engagement permettra à sa femme de toucher une allocation militaire de 20,50F par jour

Des personnes interviennent pour éviter des départs forcés, comme I’adjoint au maire de Saint Nazaire qui plaide pour une femme qu’il connaît, afin d’éviter son expulsion, ce qui lui a été accordé. Les rapatriements commencent à faire du bruit. Un certain Monsieur Pringt de Cholet interpelle par lettre le préfet pour protester contre ses décisions. Celui-ci ne répond pas mais dans une note interne, visiblement excédé, iI dit à ses collaborateurs de demander à ce monsieur "de s’occuper de ce qui le regarde"....

Le 24 octobre 1939, il reste 996 Espagnols à Juigné et Moisdon, se répartissant ainsi :

688 à la Forge (306 femmes, 356 enfants et 26 hommes invalides)
308 à Juigné( 150 femmes et 150 enfants)

L’arrivée d’autres réfugiés est telle, que I’administration décide de disperser les Espagnols et de les pousser au maximum à rentrer en Espagne. Des lettres de propagande de I’Ambassade d’Espagne en France sont distribuées à cet effet. Franco promet d’accueillir sans poursuites les exilés.

Mensonges... Ceux qui retournent sont aussitôt internés dans les geôles du Caudillo. La répression est féroce. Des milliers de prisonniers sont affectés à la construction de "La valle de los caidos" auprès de I’Escorial. Ce chantier souterrain gigantesque (cathédrale taillée dans le roc) est un bagne terrible. Beaucoup de prisonniers mourront d’épuisement. FRANCO, à sa demande y sera enterré en 1975.

Les camps sont officiellement dissous à la fin du mois d’octobre 1939. Ne restent dans les cantonnements qu’une douzaine de familles. Entre le 1er septembre et le 31 octobre, 28 personnes de Juigné seront renvoyées en Espagne, tandis qu’à la Forge, sur 826, 87 sont parties, plus ou moins volontairement.

De semaine en semaine le gouvernement incite les préfets à accélérer les rapatriements en "raison des dépenses d’assistance". Il faut que les gens fassent la preuve qu’ils vont subir des représailles pour obtenir I’autorisation de rester. Mais le meilleur moyen pour les Espagnols est encore de remplacer les hommes mobilisés, ce qui est le cas aux mines de Rougé et à la carrière de Saint-Vincent des-Landes.

Au cours de cet automne 1939, les castelbriantais accueillent successivement des Belges, des Polonais et des Français du nord de la France, prélude à ce qu’ils verront I’année suivante (30 000 prisonniers de guerre et des prisonniers politiques à Choisel).

La famille DIEZ FERNANDEZ quitte le camp au début de 1940 pour une petite maison à I’extérieur de Châteaubriant (Laudais). Le père de famille vient en permission une dernière fois et écrit à sa famille.

Les petites filles sont scolarisées à I’école publique de Béré. En partant au début de 1940, Madame Arnaud, confie à la famille espagnole son chat et les poulets élevés dans les jardins de la sous-préfecture....

 Une deuxième guerre commence

Après I’invasion de la France par les Allemands, les Espagnols ne sont plus protégés. Une deuxième guerre commence pour eux.

Pour un nombre non négligeable, ce sera de nouveau les camps d’internement français. Beaucoup seront alors livrés par le gouvernement de Vichy à Franco. Les Allemands s’intéressent aussi de près à ces prisonniers un peu spéciaux, ennemis du Reich depuis 1936, en particulier aux membres des Compagnies de Travailleurs espagnols ou à ceux qui se sont engagés dans I’armée française. Ils seront retirés des camps de prisonniers et directement envoyés à Mauthausen où une majorité sera exterminée. Ce fut le cas de Juan DIEZ FERNANDEZ.

Sa femme Ramona déménagea dans la rue de Couëré et survivra grâce à la fabrication des savons.

Ceux qui résidaient encore sur place, furent repérés par les occupants et forcés à s’intégrer aux Groupements de Travailleurs Etrangers et employés par milliers à la construction du mur de I’Atlantique et dans I’organisation Todt

Quelques uns parviendront à s’évader et à rejoindre les maquis. D’autres réussiront à rejoindre la France libre, quelquefois même en passant par I’Espagne !

En 1944, des Espagnols débarquent en Normandie dans I’armée Leclerc et entrent dans Paris sur des chars rappelant la guerre d’Espagne : "Madrid", "Teruel", "Ebro" etc...

Après la Libération de la France, chaque cas de travailleur forcé sera examiné mais aucune sanction ne sera prise.

 L’espoir déçu

Beaucoup d’exilés espagnols espéraient rentrer en Espagne assez vite, croyant que Franco serait balayé rapidement après la défaite d’Hitler.

Il faudra attendre 1975, avec la mort du Caudillo, pour que la démocratie ait enfin droit de cité en Espagne. Quelques personnes âgées avaient obtenu le droit de repartir dans leur pays, mais les risques étaient grands jusqu’au milieu des années 1960. II était de toute façon impossible de revenir en France, ne serait-ce que pour quelques jours.

En attendant, les familles espagnoles restées en France se sont complètement intégrées. Voyant que le retour en Espagne se faisait de plus en plus problématique, une grande partie a demandé la nationalité française, ce qui était plus confortable que le statut d’apatride. La jeune Amapola DIEZ FERNANDEZ est devenue pupille de la nation car son père a été déclaré " mort pour la France." .

Les jeunes ont fréquenté I’école et les clubs sportifs en particulier de football. Ce qui fut le cas à Châteaubriant, de I’Amicale Laïque et des Voltigeurs qui ont accueilli dans leur sein des joueurs remarquables (Ballester, Jimeno, Gutierrez, Franco etc..). La première génération a souvent épousé des compatriotes, mais la suivante s’est fondue dans le creuset français.

Ramona Diez Fernandez mourra à Châteaubriant en 1984 après avoir revu I’Espagne., elle avait pu en 1970 se rendre à Gijon.

Ne restent désormais que des dossiers d’archives et les souvenirs d’une tragédie oubliée.

Noëlle Ménard
Octobre 1997

Je remercie particulièrement Amapola Grelet Diez Fernandez et Odelinda Gutierrez Diez Fernandez de leurs témoignages si précieux.

Lire aussi le numéro 2/1995 de la revue
« Etudes Tsiganes »,
en vente au
2 rue d’Hautpoul,
75019 Paris

Un site à découvrir :
http://mayvon.chez.tiscali.fr/


Notes complémentaires

 Et soudain ma mère hurle

8 février 1939 : La guerre civile fait rage depuis près de 3 ans en Espagne. Depuis quelques jours la frontière française est ouverte au col du Perthus. « Nous avons marché, marché » se souvient Odelinda (76 ans). Madame Ramona Diez, portant son unique valise sur la tête, tient la petite Amapola (9 mois) dans ses bras. A ses jupes s’accrochent Odelinda (7 ans à l’époque) et Paz (2 ans). Soudain Ramona hurle. « Je m’en souviendrai toujours, dit Odelinda. La bousculade avait emporté ma soeur » . Un soldat républicain espagnol, heureusement, la retrouve et aide la femme et ses trois filles à passer la frontière. « Après je ne me souviens plus très bien. Je sais que nous sommes arrivées à Châteaubriant avec d’autres Espagnols. Nous avons été très bien reçues. ».

Après Châteaubriant où les réfugiés ont été logés au rez-de-chaussée de la mairie, un campement de fortune est aménagé à La Forge Neuve à Moisdon. Odelinda raconte comment elle a retrouvé son père, pour une semaine seulement (engagé dans l’armée française, il mourra plus tard à Mauthausen), comment sa mère et ses sœurs ont réussi à survivre tant bien que mal, aidées par des femmes de Châteaubriant. Comment, après la guerre, sa mère faisait des ménages ... et du savon qu’elle vendait dans toute la ville.

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Odelinda (76 ans) et Peppe (89 ans)

Par la suite Odelinda épousera José Gutierez (dit Peppe), combattant républicain espagnol, interné en France et venu à Châteaubriant, après guerre, pour jouer ... au foot.

Le collège de Missillac (Loire-Atlantique), ayant eu connaissance de cette histoire, que raconte Noëlle Ménard, a pris contact avec Odelinda Gutierez. Celle-ci est allée apporter son témoignage au collège le 23 mars 2007, et visiter l’exposition, réalisée par les élèves, sur la Guerre d’Espagne. Une histoire qui est la sienne mais qui est aussi en partie celle de Châteaubriant. Les jeunes de Missillac ont été séduits par le naturel de ce vieux couple et marqués par cette époque de leur vie. « On lit cela dans les livres mais cela fait quelque chose de l’entendre raconter par des vrais gens ».

Espérons que cette exposition pourra venir à Châteaubriant. En hommage aux Espagnols devenus Castelbriantais.


Espagne 36 : http://espana36.site.voila.fr/

 Les Chinois contre Franco

ESPAGNE • Ces Chinois qui ont combattu Franco -
- http://www.courrierinternational.co...
- http://www.publico.es/culturas/1940...

Parmi les milliers d’étrangers venus soutenir les républicains espagnols contre les troupes de Franco figuraient des volontaires chinois. Leur histoire est retracée dans un livre bientôt traduit en espagnol

"Nous salutons les peuples courageuses de la Espagne", disait une affiche collée sur les murs de Yan’an, le quartier général de Mao Tsé-toung, en 1937. Malgré les fautes, le sens de ce message de solidarité adressé par le dirigeant chinois aux troupes républicaines pendant la guerre civile était clair. Mais la fraternité du peuple chinois avec l’Espagne ne se limitait pas à des affiches et à des consignes politiques. Cette année-là, un groupe de volontaires chinois s’était enrôlé dans les Brigades internationales pour lutter contre le fascisme le fusil à la main.

Après plus de dix ans d’enquêtes, La llamada de España [L’appel de l’Espagne], un livre écrit par un couple de Taïwanais, reconstitue leur histoire. "Il pourrait y avoir eu plus de 100 volontaires, explique Nancy Tsou, coauteure avec son mari, Len, de cet ouvrage publié en 2001 à Taïwan et à Hong Kong. Les deux époux n’ont pas de formation d’historiens. Mais, après avoir vu The Good Fight [Le bon combat], un documentaire de 1983 qui rendait hommage aux volontaires nord-américains ayant participé à la guerre d’Espagne, ils ont voulu en savoir plus sur les brigadistes. "Leur idéalisme et leur courage nous ont impressionnés, dit Len. Ils sont partis de la photo d’un jeune soldat chinois prise devant l’hôpital de Benicássim et que leur avait remise un vétéran brigadiste nord-américain, ainsi que d’un certificat de décès. Après trois mois de recherche, ils ont réussi à identifier l’homme de la photo, Chen Wen Rao, surnommé Yick, un immigré chinois de New York, mort lors de la bataille de Gandesa, en avril 1938.

Chen est l’un des deux soldats chinois venus des Etats-Unis évoqués dans cet ouvrage qui est en cours de traduction en castillan par une équipe de l’Université autonome de Barcelone, et qui devrait être publié cet été. Sur les onze autres qui ont pu être identifiés, six venaient de France, deux d’Espagne, un d’Allemagne et un autre d’Indonésie ; un seul avait fait le voyage directement de Chine. La majorité de ces hommes étaient acquis à l’idéologie communiste. Yick, le plus jeune d’entre eux, luttait pour les droits des travailleurs chinois, parallèlement à son travail de serveur à Chinatown. Selon les Tsou, il fut même le premier Chinois à s’inscrire au Parti communiste des Etats-Unis. Quant aux Chinois qui venaient de France et d’Espagne, il s’agissait en majorité d’ouvriers et de syndicalistes. Certains avaient combattu pendant la Première Guerre mondiale et deux d’entre eux, Liu Jing Tien et Chang Rei Su, avaient connu leur heure de gloire en faisant la couverture de Estampa en 1937. "Depuis les tranchées espagnoles, les travailleurs chinois luttent pour l’indépendance de leur pays", disait la légende sous la photographie de Liu en gros plan.

Leur pays subissant l’invasion japonaise, les brigadistes chinois "ont associé la guerre civile espagnole à la lutte contre l’impérialisme japonais", explique Nancy. A la fin de la guerre, beaucoup d’entre eux ont répondu à l’appel de Mao pour se battre contre les Japonais et participer à la révolution chinoise. Ling Ching Siu, un étudiant du Sichuan engagé dans le mouvement révolutionnaire, était parti en Allemagne afin d’étudier les sciences politiques et avait finalement rejoint les Brigades internationales. Après s’être battu en Espagne, il retourna dans le Sichuan, où il collabora avec les nouveaux dirigeants communistes avant de s’installer à Moscou. Le seul brigadiste à venir directement de Chine était Chang Aking, un dirigeant syndical de Shanghai. Pour échapper au Kouomintang qui le recherchait, il s’était embarqué pour l’Europe. Pendant le voyage, un cuisinier vietnamien l’avait convaincu de venir se battre en Espagne. Mais la chance n’était pas de son côté. Il fut capturé peu après son arrivée dans les Asturies.

Afin de réunir toute cette documentation, les Tsou ont passé des jours dans les Archives générales de la guerre civile, à Salamanque, où ils ont consulté des dossiers et des fiches que personne n’avait encore ouverts. "Parfois il se dégageait un tel nuage de poussière que nous ne pouvions pas ouvrir les yeux", explique Nancy, fronçant les narines et plissant les yeux comme pour mieux se souvenir de ces moments. Nancy n’a pas non plus oublié le froid qui régnait dans les Archives militaires d’Ávila, une ville où ils ont été choqués de découvrir qu’une des rues portait encore le nom du général Franco. "En Chine, nous avons pourtant toujours associé la guerre civile espagnole avec la guerre contre le fascisme", ajoute Len.

Andrea Rodés, Público


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Guerre d’Espagne

(*) qui ne portait pas encore ce nom à l’époque

Madrid (chanson de Guy Bontempelli)

On entre dans Madrid et Madrid est soumise
A genoux l’Espagnol baise les parvis
Pourtant il y avait du sang sur ses chemises
Qui sèchent à Madrid en travers du ciel gris
 
On entre dans Madrid et Madrid est stérile
Le silence a gagné sur l’écho des tambours
Lorsque le sang des morts n’est pas indélébile
Il suffit de la pluie sur le pavé des cours
 
Bénis soient les canons les brèches sont ouvertes
Il fleurit l’Evangile il fleurit le lilas
Ce lilas dont on sait vos épaules couvertes
Monseigneur Diaz évêque de Gomorra
 
Est-ce le jour qui point est-ce Madrid qui brûle
Madrid a-t-elle encore quelque chose à brûler
On fusille peut-être à l’aube des cellules
L’incendie qui s’éteint rallume des bûchers
 
Moi qui n’ai que vingt ans que veux-tu que j’en sache
Sinon ce morne oubli sinon cette rumeur
Et ces corps étendus offerts à la cravache
Lorsque les rues du soir se gonflent de dormeurs
 
Bénis soient les canons le cloches carillonnent
On voit passer partout des Jésus en haillons
Sur leur tête s’étoile en guise de couronne
Le barbelé tressé qui leur saigne le front
 
On entre dans Madrid, Madrid est famélique
Il faut survivre, flic ou bien prendre l’habit
Le peuple-roi devient le peuple domestique
Le peuple à deux genoux polit les crucifix
 
Bénis soient les canons les brèches sont ouvertes
Ouvertes entre les rues d’où s’échappe un gamin
Pourquoi pas celui-là qui donnera l’alerte
Et qui naît à Madrid pauvre et républicain.