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Accueil > Histoire > Histoires particulières > La sauvagine (1)

La sauvagine (1)


Ils allaient ... vêtus de peaux de bêtes
Les sauvagines
Le putois et l’officier
La valeur de la fourrure
Exemple d’une vente
Boulangers ... chez le sauvaginier
Des frites à l’huile de blaireau
La bécasse aux becquerels
Rogatien Mortier : grand piégeur devant l’éternel
« Taupier » à ses heures
Le commerce des sauvagines existe encore
30 à 40 tonnes de peaux de lapin par an

De la préhistoire à nos jours, l’homme et la femme ont toujours eu deux impératifs : se nourrir et se vêtir (et accessoirement se parer). Depuis la nuit des temps, les animaux y ont pourvu et y pourvoient toujours.

Du manchon de la douairière au renard de la belle, et n’en déplaise à Brigitte Bardot, la peau se porte bien. de là l’histoire de la « sauvagine »

Ils allaient ... vêtus de peaux de bêtes

</font « Peaaau d’lapin - Peau » : il n’y a guère d’une quarantaine d’années qu’on n’entend plus cette interpellation familière des chemineaux, sur les chemins des fermes ou à la périphérie des grandes villes là où les gens avaient encore un jardin, un petit élevage de lapins qu’ils tuaient et dépouillaient, faisant soigneusement sécher la peau, poils en dedans, pour la vendre plus tard aux chiffonniers ou cocassiers de passage.

Dans nos régions, toutes sortes de personnages battaient la campagne. Seul le plus souvent, à pied tout le temps, le chemineau, le chiffonnier et le cocassier s’aidaient parfois d’un chien ou d’une carriole, voire d’une brouette et de tout autre moyen de transport comme « La Chinoise » qui habitait Rue Rigale, à Châteaubriant et transportait dans son landau ,ses gosses et ses peaux. Moisdon la Rivière se souvient encore du « Père-au-Chien » qui recueillait les baleines de parapluie pour en faire des grille-pain et des supports pour fers à repasser, et qu’on appelait aussi « le Père Mirault » parce qu’il poussait une charrette dans laquelle se prélassait son chien Mirault.

Les « Chemineaux », comme leur nom l’indique, étaient des « cherche-pain » qui cheminaient dans la campagne pour trouver un petit boulot par-ci, une soupe par-là. Au hasard de leurs pérégrinations, ils ramassaient des bricoles « qui peuvent toujours servir » et parfois des peaux de lapins ou sauvagines.

Les Chiffonniers, eux, plus spécialisés, ramassaient les vieux chiffons que les femmes mettaient de côté. Ils recueillaient le crin de cheval (crinière et queue) qui était revendu pour faire des tamis. Les soies de cochon ou de sanglier, mis de côté par les paysans et les charcutiers, intéressaient aussi les chiffonniers qui les destinaient aux fabricants de brosses. Et puis, bien sûr, les chiffonniers ramassaient les peaux.

Des chiffonniers, il en reste encore quelques-uns : par exemple il y en trois à la Guerche de Bretagne. Il ne faudrait pas donner au mot « chiffonnier » un sens péjoratif. Ils étaient ce qu’on appelle maintenant des « récupérateurs » et certains d’entre eux sont encore bien connus dans la région, qu’il s’agissent d’EXPERT devenu antiquaire à Pouancé, de BRUGEROLLES d’Angers, l’un des trois actionnaires fondateurs de la Clinique des Fougerays, du temps du Docteur Bernou, qu’il s’agisse encore de MM. BARBAZANGES, JABIOL et ANTIGNAC, venus d’Auvergne s’installer à Châteaubriant, il y a des décennies.

Les sauvagines

</font Les peaux collectées à l’époque étaient celles des « sauvagines ». Le mot « sauvagine » évoque, à l’origine, la forêt (du latin silva : la forêt), puis tout ce qui vit dans une nature non domestiquée. Dans le monde des pelletiers et des fourreurs, le nom de « sauvagine » a été donné aux peaux des taupes, fouines, martres, blaireaux, loutres, hermines, putois, renards, etc...

A Châteaubriant, deux maisons faisaient le commerce des sauvagines. Situées toutes deux sur la place de la Motte, pratiquement porte-à-porte, c’étaient celles de MM. Donatien MARION et Marcel LETERTRE. Il existait d’autres sauvaginiers comme MM. GAUDRON, (Redon), METZER, VERHAQUE (qui était aussi fourreur) et SOUBRANE, tous trois à Pouancé.

Les deux maisons voisines, LETERTRE et MARION avaient pratiquement le même genre de commerce : épicerie, graines, gibier, sauvagines. La maison « letertre » a été créée en 1853. Elle était située d’abord à droite du porche, dans la toute petite maison quine faisait que 19 m2 au sol, et qui a appartenu au Prince de Condé. Puis elle a changé de côté et s’est installée à gauche su porche...où elle se trouve toujours. Si elle ne fait plus le gibier et les fourrures, elle vend toujours des graines et des fleurs et c’est encore un Letertre, Jacques, qui en est l’exploitant.

La Maison « Marion » se trouvait à l’angle de la Place de la Motte et de la rue Pasteur. A l’origine, le propriétaire du fonds de commerce était M. Pierre FRASLIN tandis que les murs appartenaient à Mme veuve MUSSET. A la mort de M. Pierre FRASLIN, en 1919, c’est sa femme qui a pris la suite jusqu’en 1925, année où elle a revendu le fonds à sa fille, Mlle Marie FRASLIN et à son neveu M. Donatien MARION. Par la suite, le commerce a été vendu. Ce fut ensuite un magasin d’articles de sports appartenant à M. MOUSSON et c’est maintenant un magasin d’optique.

Le putois et l’officier

</font Les peaux, chinées en campagne par les chemineaux, cocassiers et chiffonniers, étaient revendues aux sauvaginiers. Ces derniers se déplaçaient aussi sur les marchés de la région : le lundi à Nozay ou Bain de Bretagne, la mardi à la Guerche, le mercredi à Châteaubriant, le jeudi à Pouancé. Un samedi par mois, en saison, il y avait une « bourse des sauvagines » à Nantes, comme il s’en tenait une tous les jeudis à Paris.

LETERTRE et MARION achetaient les bêtes « en viande » aux cultivateurs et aux chasseurs, par centaines, par milliers parfois, en particulier quand il s’agissait d’écureuils, puis les animaux étaient dépouillés en prenant bien soin de ne pas abîmer les peaux. M. Marcel LETERTRE (fils) se souvient encore du jour où un officier polonais est entré dans le magasin de son père, très droit, très cérémonieux, et a fait le baise-main à sa mère...qui portait encore l’odeur du putois, bien qu’elle se soit lavée les mains...

Puis les peaux étaient vendues à des pelletiers ou à des fourreurs. M. MARION vendait à une dame de la Guerche, qui avait une particularité : elle comptait de façon spéciale, revendant 95 F des peaux qu’elle venait d’acheter 100 F et disant, en toute bonne foi, qu’elle se rattrapait sur la quantité ! Elle n’a pas fait fortune... Par la suite, M. MARION a vendu à un fourreur de Pouancé, avant d’arrêter son commerce dans les années 50.

M.LETERTRE vendait à des fourreurs de Nantes comme « Le Tigre Royal » ou « Vaccaro » (un italien) ou les établissements « BRUNNER ». Mais ce n’était pas très fréquent.

Généralement, les sauvagines étaient vendues aux Pelletiers, (grossistes en peaux), à Paris, ou lors des Foires. En France, la foire la plus importante se tenait à Châlons-sur-Saône en février. C’était une foire internationale . Deux foires de moindre importance avaient lieu à Guingamp et à Clermont-Ferrand. A l’étrangers, la Foire de LEIPZIG était particulièrement renommée.

Le commerce des peaux, en ce temps où n’existaient pas les fourrures artificielles, avait un attrait particulier. Les pelletiers étaient souvent des juifs (durs en affaires mais honnêtes), des auvergnats et des grecs (plus « ficelles »), des russes, des hollandais, des belges, des allemands et des commerçants originaires d’Europe Centrale (roumains, arméniens, etc). De cette diversité témoignent les noms suivants :

A. NUSSENOV à Paris, Rue Faubourg Poissonnière
Ch KRETZSCHMAR à Paris, Lyon et Châlon sur Saône
Joseph ZWIRN à Paris et Londres
A. ABRAMOVITZ à Paris
G. ZAHAROVITCH à Paris et Buenos-Aires

Et toutes les STIBBE, NAPP, GARAUDE, PONSOT, MICHELON, BLANQUET, ROTTER, LEROUGE, KUNIN, AMILHAT-BUHRER, PICK, BERNARD, etc, qui faisaient le commerce des peaux, en France, à l’importation comme à l’exportation : les peaux venant des pays froids, comme le Canada, étaient particulièrement prisées en France, en raison de l’épaisseur de leur poil.

La négociation entre vendeurs-sauvaginiers et acheteurs-pelletiers, était souvent épique et tenait de la discussion « du marchand de tapis ». Les peaux étaient classées en cinq catégories. Les plus belles, les plus épaisses, les sans-défaut s’appelaient des « Premières ». Venant ensuite les « trois-quart » qui avaient quelques défauts, puis les « demi », les « quart » et enfin les « rebuts ». Tout l’art de la dispute consistait, pour le pelletier, à dévaloriser, à déclasser les peaux qu’apportait le sauvaginier. Il arrivait que la négociation soit si âpre que le sauvaginier se fâchait, emportant ses peaux chez le pelletier voisin... ou du moins en faisait-il la menace car alors, était-ce un enchantement ? Les choses s’arrangeaient mieux que prévu et des « demi » redevenaient des « trois-quarts » tandis que des « trois-quarts » devenaient « premières ». Miracle du marchandage. Effet de la concurrence effrénée entre les pelletiers.

On trouvait du « beau linge » dans le commerce des fourrures. Un Prince de la Tour d’Auvergne ne travaillait-il pas à la réception des Sauvagines chez NAPP à Paris ? On raconte qu’il ne savait pas toujours reconnaître la qualité des peaux. Etait-il bien qualifié pour expertiser et reconnaître une « première » d’un « trois-quart » ?

Pendant la guerre aussi, les maisons LETERTRE et MARION ont eu un commerce florissant avec... les peaux de chat. Les chats, en ce temps-là, même si on ne le disait pas, remplaçaient les lapins et les lièvres dans l’assiette des castelbriantais. A la guerre comme à la guerre !

Il paraît que les peaux de chat sont excellentes pour soulager les rhumatismes.

La valeur de la fourrure
dépend des saisons

</font Toutes les peaux n’avaient pas la même valeur. La pleine saison des sauvagines, c’était l’hiver, la période où le poil est plus fourni, plus épais, plus chaud. Les peaux des régions froides étaient plus cotées que celles des régions tempérées. Par exemple, les fouines des Vosges valaient davantage que celles de Bretagne.

La qualité du poil se voyait très bien, « à l’envers » si on peut dire, à la couleur du cuir. Par exemple, la peau des taupes est blanche l’hiver, par temps froid et noire l’été. Elle peut être aussi bordée de noir ou présenter des taches noires là où le poil est plus ras. La plus cotée était, évidemment la peau blanche. Puis c’était la peau bordée de noir, selon l’importance de la bordure, et enfin la peau tachée de noir. Il y a une quarantaine d’années, les manteaux de taupe étaient très recherchés parce que c’était une fourrure très douce et à un prix abordable : il y avait tant de taupes dans les champs que le sauvaginier pouvait en vendre parfois 2000 d’un coup ! Seul inconvénient : la peau de taupe est petite, et le manteau de taupe exigeait beaucoup de coutures...qui avaient tendance à lâcher trop souvent.

Il n’était pas toujours facile, pour un sauvaginier, de s’assurer de la qualité des peaux qu’il achetait. Les paysans, par ignorance, vendaient les peaux de lapin, poil en dehors, ce qui fait que le cuir n’était pas bien séché et que la fourrure se détériorait rapidement. D’autres, plus malins, des braconniers souvent, camouflaient les défauts de la peau : c’était le cas en particulier des bêtes, fouines ou martres, prises dans des pièges, des collets de cuivre essentiellement. En se débattant, l’animal abîmait sa fourrure et sa peau portait la trace d’un « cerclage » que certains chasseurs étaient forts experts à camoufler avec un amalgame de sang, de graisse et de ...papier à cigarette. Tant pis pour le sauvaginier qui, dans le nombre des peaux achetées, ne s’étaient rendu compte de rien.


Exemple d’une vente

</font Dans les carnets de M. LETERTRE, on peut avoir une idée des ventes à l’époque. Voici par exemple celle du 16 novembre 1935 :
8600 taupes
18 fouinasses
11 putois
3 hermines
25 belettes
103 écureuils

On peut être surpris du nombre important de taupes, mais la vente de ce jour-là n’avait rien d’extraordinaire. Ainsi, en décembre 1937, c’est 10 500 taupes que la Maison Letertre a vendues...

BOULANGERS chez le Sauvaginier


Les commerçants de marché sont des petits malins. Ils ont parfois un code qu’ils sont seuls à comprendre. Ainsi, le code secret de la Maison Letertre était « boulangers », un mot de dix lettres :

B O U L A N G E R S
1 2 3 4 5 6 7 8 9 0

Le B valait 1, le O valait 2, le U valait 3, etc...

Une marchandise codée brsx valait donc 190 F. Quant au « x » mis à la fin du mot, il n’était là pour brouiller un éventuel lecteur indélicat des carnets du commerçant.

Des frites à l’huile de blaireau


On sait que, lorsque la bête était vendue « en viande » au sauvaginier, celui-ci la faisait dépouiller pour n’en garder que la peau...Mais pendant la guerre, on manquait de viande. Mme NOURY, fille de M. MARION, se souvient très bien d’avoir mangé de l’écureuil. Il paraît que la viande de ces petites bêtes gavées de noisettes et de châtaignes était très goûtée... d’ailleurs, les prisonniers du Camp de Choisel s’en souviennent aussi : quand ils sortaient pour les corvées (d’eau esssentiellement), ils passaient à la Maison LETERTRE pour récupérer tout ce qui pouvait être mangé : renards, blaireaux, loutres et écureuils. Avec la graisse du blaireau, les internés faisaient des bains d’huile pour cuire...des frites.

Il va sans dire que ce gibier, d’un type particulier, était donné par la Maison LETERTRE aux prisonniers de Choisel, ce qui n’a pas empêché certains « droits communs » amprisonnés avec les « politiques » de faire du commerce à bon compte. Quand le trafic a pu être découvert, il y a été mis fin.

La bécasse aux becquerels


A côté du commerce de la sauvagine, les LETERTRE et MARION faisaient le commerce du gibier en septembre, (surtout le jour des Courses de Châteaubriant) : lièvres, perdreaux, pouillards (petites perdrix), lapins de garenne, cailles, râles de genêt (oiseau d’eau), merles, grives et mauviettes (petites grives aux couleurs moins nettes que les autres), faisans...étaient apportés directement au magasin par les chasseurs ou s’achetaient sur les marchés des environs. Les commerçants avaient des « trucs » pour reconnaître les animaux jeunes. Par exemple, les perdreaux gris ont les pattes jaunes tandis que celles des perdrix grises (plus vieilles) sont gris bleuté. De même, la perdrix rouge, jeune, a les pattes lisses. Quand elle commence à vieillir, un ergot sort et se développe de plus en plus.

A cette époque, on trouvait aussi des pigeons-ramiers (de ce qu’on appelle « palombe » dans le midi) : quelquefois jusqu’à 300 par jour. On trouvait aussi des « piafs » par milliers, attrapés au carrelet sur les paillers des ferme—ou des « cha-cha » ou « tia-tia », sortes de fausses grives. Plus rarement le commerçant pouvait se procurer un chevreuil ou un sanglier.

A la saison migratoire, on chassait la bécasse. A propos, savez-vous qu’une bécasse ne comporte qu’un seul boyau et se fait cuire sans rien vider ? Le « jus » du boyau se mange comme ça, sur des croutons de pain. Les amateurs vous diront que c’est succulent...à condition que les bécasses ne soient pas assaisonnées aux becquerels, comme ça c’est produit depuis un an, c’est-à-dire depuis l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en avril 86.

Savez-vous aussi qu’une des plumes de la bécasse, située au bout des ailes, était assez rigide pour servir de plume à ceux qui faisaient de la peinture sur soie ?

Quand c’était nécessaire MM. LETERTRE et MARION expédiaient du gibier à Paris, pour le salon de l’auto ou à Bordeaux ou à Marseille et dans toute la région du Var ; le gibier en attente était parfois entreposé à « La Glacière », l’usine à glace de Charles BESNARD (père).

Pour la petite histoire, savez-vous qu’on trouve toujours des fouines en ville, en particulier dans les jardins où se trouve un poulailler ? (les fouines adorent les œufs) et que des commerçants castelbriantais ont tué des ragondins dans leur cave, située à proximité d’un des cours d’eau qui traversent la ville ?
</font Et si vous voulez trouver vous-même la fourrure de votre manteau, sachez qu’il vous faudra une vingtaine de peaux de renards ou une soixantaine de peaux de rats musqués. Et ensuite, portez-les chez M.C.M...Mme MONGES vous fera le manteau que vous voudrez.

Rogatien Mortier
grand piégeur devant l’éternel

Faut-il détruire les animaux nuisibles ? LA MEE a entendu les avocats de l’accusation et de la défense.

Accusateurs : les chasseurs et toutes les revues de Chasse de France et de Navarre, se plaignant de voir disparaître le gibier.

Défenseurs : les amoureux de la Nature et leur avocat, le célèbre « LA HULOTTE », le journal révolutionnaire le plus lu dans les terriers.

LA HULOTTE décrit ainsi la situation :

« Sous l’ancien régime, les animaux étaient divisés en trois états. Vous parlez d’une justice !

Il y avait d’abord les privilégiés, également connus sous le nom « d’Animaux Protégés ». La Noblesse, quoi. De ceux-là, rien à dire. Il y avait ensuite le second état appelé « Gibier », nettement moins veinards que les Animaux Protégés car, eux, on pouvait les tuer, mais toutefois pas n’importe quand ni n’importe comment : seul était autorisé l’emplois du fusil pendant une période de l’année appelée : « saison de chasse ». Dans leur malheur, les animaux-gibier avaient encore relativement de la chance.

Le Tiers-Etat, c’était la vermine, la racaille, la Cour des Miracles du Monde Animal, une bande de pillards qui, paraît-il écumaient la campagne pour voler les poules dans les fermes, saigner les lièvres et les perdreaux, gober les œufs, etc... On les accusait de tout et tous les moyens étaient bons contre eux : boites à fauves, portes tombantes, pièges, poisons, gaz asphyxiant et j’en passe.


Un témoin, M. Rogatien MORTIER (père), qui habite à La Rivière en Abbaretz, raconte :

« Moi, je piégeais les nuisibles, parce que je suis chasseur. Quand on ne voyait plus de lapins et de lièvres dans les bois, on savait qu’il y avait des martres, des belettes ou des renards dans le coin, et la société de chasse m’autorisait à les détruire.

Je piégeais surtout l’hiver. Je savais fort bien par où passaient les bêtes car je connaissais leurs traces. J’avais des pièges métalliques, mais je ne les disposais jamais dans un passage, pour éviter de détruire des lapins ou des faisans. Un jour j’ai pris trois Martres d’un coup dans le bois de la Rivière. Une autre fois, douze renards et 41 belettes en 4 mois.

Les pièges, il y avait une façon de les poser. D’abord il fallait avoir les mains très propres car les bêtes sentent l’odeur de l’homme, l’odeur du savon et du cirage des chaussures. Pour éviter d’être repéré, je ne me lavais les mains qu’à l’eau, puis je les frottais avec de la menthe sauvage. Ensuite je posais le piège, à un mètre d’un passage, entouré d’ajoncs. S’il y avait besoin d’appâts, des ventrées de lapin ou de volailles, par exemple, je les dissimulais juste à côté du piège, caché sous de l’herbe hachée, ou des feuilles de fougères sèches.

Je ne piégeais par pour vendre les peaux, mais uniquement pour protéger le gibier ».

« Et l’équilibre écologique » rétorque LA HULOTTE : sachant qu’une belette consomme environ 350 rongeurs par an, combien le nigaud qui prend 1600 belettes a-t-il sauvé de Souris, sous prétexte de « protéger » ses sacro-saints Perdreaux ?

« C’est un fait ! » répond M. Rogatien MORTIER qui se souvient : « Un hiver, nous avons pris beaucoup de belettes. Quelques temps après, les rats surmulots proliféraient dans les tas de bûches ! » - « Une autre année, nous avons été envahis d’étourneaux qui tombaient, perçaient le plastique qui protégeait les champs de maïs. La Martre des sapins faisait un festin avec les étourneaux malades. Et je n’ai réussi à piéger cette martre que lorsqu’il n’y a plus eu d’étourneaux ».

Y A-T-IL ENCORE BEAUCOUP DE NUISIBLES ?

« Oui, ils prolifèrent. Par exemple dans le bois de la Rivière, la forêt de l’Arche ou celle de Vioreau, où ils trouvent des abris dans les tas de bois coupé qu’on laisse pourrir sur place. De même, dans les hangars, les bottes rondes font d’excellents nids pour les fouines »

« Taupier » à ses heures
Le commerce des sauvagines existe encore
30 à 40 tonnes de peaux de lapin par an


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