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Réfugiés aux Forges de Limèle


1943, à la cité des Mines de Limèle

Séjour à Sion-les-Mines de l’école d’apprentissage
de l’usine des Batignolles de Nantes

Après les bombardements de Nantes, les 16 et 23 septembre 1943, les responsables de l’enseignement technique ont décidé l’évacuation de tous les centres d’apprentissage.

Au début du mois d’octobre 1943, les cars de transport du personnel de l’usine ont servi au transfert de l’école des Batignolles vers Sion-les-Mines, soit 60 élèves, un chef de centre, quatre moniteurs ajusteurs et machines-outils, trois moniteurs chaudronnerie et un professeur de dessin.

L’installation a été laborieuse. La question du logement ne se posait pas : 6 chambres de la cité ont hébergé chacune 10 élèves avec parmi eux un responsable volontaire. Trois moniteurs avec leur famille ont trouvé à se loger chez des fermiers alentour. Le chef de centre et les autres avaient une chambre dans les anciens bureaux.

Le problème d’urgence était celui de la nourriture et des cuisiniers. Deux d’entre nous, Abel DUGUE et moi-même, nous sommes portés volontaires en demandant les pleins pouvoirs ! Ce que nous avons obtenu sans peine. Et, de plus, nous n’habitions pas sur place.

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Limèle à Sion-les-Mines

Nous avons remis en état de service l’ancienne cuisine de la cité (deux énormes fourneaux à bois avec fours). Monsieur CHUPIN, contremaître principal, a demandé d’assurer le ravitaillement. Le boulanger de Sion lui demandait tous les tickets de pain, d’un mois sur l’autre, et nous avions du pain (au son !) à volonté. Le boucher de Sion avait un abattoir clandestin (il ravitaillait les maquisards de la forêt de Domnesche) : il nous fournissait, sans tickets, une moyenne de 50 kg de viande par semaine, bœuf, veau, mouton, avec quoi, mon ami Abel et moi, nous nous faisions le plaisir de cuisiner des rôtis, des ragoûts, des biftecks pour lesquels M. Chupin nous approvisionnait en légumes de toutes sortes.

La forêt de Teillé toute proche nous donnait le bonheur de ramasser de grosses quantités de champignons variés et de les cuisiner avec ferveur. Nous en avions des compliments !

Tous les soirs, soupe pour tout le monde. Les corvées de pluches étaient laborieuses ainsi que les corvées de bois.

Grâce à M. Chupin nous nous payions le luxe de faire des omelettes un dimanche sur deux, cela faisait 10 douzaines d’œufs à acheter et à transporter à chaque fois. Une fois, les omelettes ont été faites sur la route : une vipère qui traversait s’est prise dans la roue avant du vélo de M. Chupin qui s’en est tiré sans mal, mais plein d’œufs cassés.

Une fois par mois Mme FOUGERE, gardienne avec son mari de la cité, nous préparait la pâte et nous faisions dix douzaines de galettes de blé noir.

L’ancien atelier d’entretien de la mine servait dans la mesure du possible aux travaux de préparation aux CAP [et au bricolage pour les fermiers voisins]. Les loisirs ne manquaient pas. Un terrain de volley et un de basket avaient été aménagés, une équipe de foot, très bonne, jouait le dimanche dans les villages des alentours (déplacements à pied ou à vélos avec pneus en boyaux à air comprimé !).

Chaque samedi une soirée organisée à tour de rôle par une chambrée permettait de découvrir des talents de comédiens et de chanteurs. Les gens des villages que nous invitions en étaient tout heureux !

Nous avons eu la visite des Allemands qui cherchaient des maquisards que nous avions hébergés sans problème (et ils étaient là, dans la mine !).

Nous avions récupéré un réservoir d’essence dont un « mosquito » anglais s’était délesté et qui est tombé 50 mètres devant la cuisine sans éclater (nous avons fait, nous l’avouons, du marché noir pour améliorer l’ordinaire).

Nous avons bu du cidre pendant très longtemps et mangé des pommes. Pour ne pas jeter nos pluches et nos restes de cuisine nous avons élevé trois cochons de meunier, amenés de 30 kg à 130 kg. Nous les avons fait tuer par un hongreur (qui tuait en silence) : il les a débités avec un art consommé. Nous avons appris avec plaisir à faire les boudins, les saucisses, le saindoux, les pâtés, les andouilles et de superbes jambons, et à cuisiner de merveilleux rôtis avec frites !

Notre séjour à Limèle s’est achevé fin août 1944. Il a laissé à tous ceux qui en étaient, un souvenir durable de la vie en collectivité et n’a entamé en rien les valeurs intellectuelles et pratiques de tous les élèves puisque tous, ajusteurs, mécaniciens et chaudronniers de troisième année, ont été reçus aux CAP.

(récit de Paul Ordronneau)



Texte figurant dans la deuxieme edition du livre "Telles furent nos jeunes annees"

Plan du livre

Texte en pdf : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pd...