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Guy Alliot : sous les bombardements à Châteaubriant

 Guy Alliot, souvenir des bombardements de Châteaubriant

Lors du bombardement de Châteaubriant, en juin 1944, Guy Alliot avait à peine 8 ans. Il habitait 37 rue d’Ancenis, près du Café du Quai plus connu sous le nom de « La puce », dans un périmètre à risques, à proximité immédiate des quais d’embarquement de la gare SNCF, à égale distance du dépôt et de la gare des voyageurs.

« Le 7 juin 1944 vers 19h30, lorsque la sirène a retenti sur la ville, j’étais seul avec ma mère. Mon père travaillant à l’usine Huard par intermittence, était en campagne avec son ami Prosper Lebeau, donnant des coups de main ici ou là ». La tante de Guy, habitant le même immeuble, était seule aussi avec sa fille Huguette qui allait avoir 11 ans. « Mon oncle, Joseph Palussière, était à jardiner sur le terrain jouxtant le bois de la famille Lemasson (actuel Bois de Renac) »

« Pressentant que le risque était important, ma mère et ma tante décident de quitter les lieux. Ma mère avait dans l’armoire un sac où elle mettait les papiers et les modestes économies du ménage, elle le prend puis, tous les quatre, par le jardin, nous prenons la direction de l’actuelle impasse Alfred de Vigny et nous arrivons rapidement chemin de Renac face aux champs que nous appelions ‘les champs à Sinenberg’ où se trouvent actuellement les HLM de la rue Anna de Noailles. Nous sommes au coin de la maison des Frangeul, actuelle maison Lateste. A ce moment mon oncle Joseph Palussière redescend la rue de Renac, un bol de semence de haricots à la main. Se ruant sur nous, il nous assure que comme d’habitude il ne se passera rien et il décide de rentrer rue d’Ancenis »

Les avions semblent arriver de partout, très hauts dans le ciel, par vagues successives. Nous nous demandons quelle direction prendre. Ma mère décide alors de rentrer dans le champ à Sinenberg, de monter sur la gauche en longeant le bois, propriété alors du père Lemasson. Nous venons tout juste d’arriver en bordure du petit bois qu’un sifflement caractéristique nous fait nous coucher précipitamment à plat ventre. Ma mère se couche sur moi, ma tante est derrière nous, couchée aussi sur sa fille Huguette, notre tête dépassant tout juste le corps de ma mère. Le bruit effrayant n’est que le sifflement des bombes précédé par le bruit des avions qui ont perdu de l’altitude.

« A peine au sol, des explosions dans un vacarme effrayant, nous font comprendre que nous sommes « dessous ». Nous récitons à haute voix des « Notre père » suivis de « Je vous salue Marie ». Je me souviens aussi d’avoir relevé la tête pour regarder le ciel, mais le ciel n’est que terre et couleur terre. Ma mère est blessée à l’épaule, quelque chose de lourd l’a atteinte, rebondissant ensuite, sans doute une lourde pierre »

« Dès le calme revenu, grelottants de peur et frigorifiés, nous nous levons. Nous sommes couverts de terre. Derrière nous, dans le bas du jardin de Mme Bazile, un cratère de bombes à 30 ou 40 mètres de nous. Plus bas un second cratère à peu près où se trouve le HLM du bas. Je suis sûr de ces deux, je ne me souviens pas s’il y en avait un troisième ». « Complètement terrorisés mais heureux d’être en vie, le réflexe de se coucher nous ayant sauvé la vie, nous continuons de monter à travers champs. Nous arrivons en bordure de la route des Fougerays où nous retrouvons bon nombre de Renacais qui nous prêtent des couvertures pour nous réchauffer. Nous claquons des dents. Pas de froid, mais de peur ».

Nous sommes tous le long de la haie, mais toujours dans les champs. Certaines personnes nous ayant vu rentrer dans le champ à Sinenberg et sachant que des bombes y sont tombées, nous croyaient morts. Mme Perron, restée debout dans son jardin rue Alfred de Vigny, n’a pas eu la même chance que nous : elle fut soufflée par les explosions.

Tout à coup nous reconnaissons la voix de mon père, en vélo, qui arrive de la Ville en Bois et demande « Vous n’avez pas vu ma femme et mon gosse ? ».

Nous avons passé la nuit dans un hangar à foin à la ferme du Drouillay avec les gens du Faubourg St Michel et de Renac. Puis le lendemain, avec ma tante, nous avons trouvé refuge à la Noë, en bordure de la Forêt de Juigné puis à « La Courgeon » en Soudan, chez les Guihéneuf, agriculteurs près du « Margat ».

Je restai longtemps terrorisé par le bruit des avions . Dès qu’il en passait un, je me précipitais dans le fossé le plus proche. Ma mère malade pulmonaire (elle a eu un double pneumo-thorax) se faisait soigner chez le Docteur Bernou, nous y allions à pied une fois par semaine pour l’insufflation. Lorsque, de retour à Châteaubriant, le bruit de la sirène retentissait, je plantais tout le monde sur place pour me précipiter dans l’abri le plus proche, soit l’abri à Dauffy (ancien four banal), soit rue du Château (dans la galerie souterraine du bastion). Ma mère souffrait de son épaule, elle avait du mal à se tenir droite.

Au cours du bombardement, une bombe est tombée près du « Chalet » à l’entrée du bois de Renac, sur la propriété de mon oncle Joseph Palussière, à l’entrée du terrain actuel de sa fille Huguette, épouse de Roger Ergand (rue Alfred de Musset). Elle n’a pas explosé, elle s’est enfouie à plusieurs mètres sous terre, ne laissant apparaître qu’un trou cylindrique. Les services de déminage ont sondé en vain et décrété qu’elle était bien là, qu’elle ne présentait aucun danger.

 Mitraillages

Concernant les mitraillages, une anecdote qui aurait pu être tragique est arrivée à mon père et à son frère Marcel Alliot. Compte tenu du risque couru par l’immeuble de la rue d’Ancenis, mes parents avaient décidé de déménager des meubles et de les amener à la Courgeon où nous étions réfugiés. Mon père avait emprunté un plateau hippomobile à son ami Jean Bradane, le plateau était tiré par un cheval très haut et très puissant que j’avais remarqué de nombreuses fois en gare SNCF. Mon oncle Marcel Alliot lui donnait un coup de main. Le chargement fait et le tout arrimé avec des cordages, fort heureusement, ils prennent la route de Juigné.

A peine ont-ils amorcé la montée de la côte, à la sortie du Faubourg St Michel que des avions à double fuselage, appelés les double-queues, font leur apparition en mitraillant de chaque côté du charroi. Mon père et mon oncle s’applatissent alors dans le fossé. Le cheval, pris de peur, s’emballe et part au triple galop. Mon père affolé quitte ses sabots-galoches et se met à sa poursuite, pieds nus, au mépris du danger. Les avions s’éloignent, le cheval prend la direction des Fougerays, mon père le rattrape près de l’ancienne ferme Fourny.

Les deux frères attachent le cheval avec la longe autour du tronc d’un chêne qui partage le chemin en deux parties puis bloquent les quatre roues du plateau en serrant le frein à fond, puis ils descendent se reposer et prendre un verre chez le père et la mère Lamballais. Dans la cavalcade, seul le buffet de cuisine est écorné.

Les avions reviennent. Le cheval à nouveau affolé a rompu sa longe de cuir et s’emballe, traînant le plateau les quatre roues bloquées. Heureusement les avions disparaissent. Le cheval se calme et s’arrête. Mon père et mon oncle arrivent enfin à La Courgeon à environ 5 km de là »

(témoignage de Guy Alliot)


Texte figurant dans la deuxième édition du livre "Telles furent nos jeunes années"