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Les souvenirs d’André Sinoir

Les souvenirs d’André Sinoir

André Sinoir, né en 1926, avait 15 ans en 1941, il était ouvrier chez le menuisier Nourrisson qui, à l’époque, avait son atelier dans la rue Basse à Châteaubriant. « Le 22 octobre 1941, un membre du personnel municipal est venu nous demander de faire 27 cercueils. Nous avons su alors que c’était pour les fusillés de la Sablière. Des salariés de l’entreprise Maussion sont venus nous donner un coup de main. Nous avons demandé quels noms il fallait mettre. Mais on ne nous a jamais rien dit, de même qu’on n’a pas su où ils seraient enterrés. L’exécution des otages a jeté un grand froid sur la ville. Je me souviens que les gens chuchotaient, se cachaient des Allemands. Je n’ai pas entendu moi-même le passage des sinistres camions, mais j’ai vite appris que les Otages chantaient la Marseillaise : le fait s’est répandu en ville comme une traînée de poudre ».

A Châteaubriant il y avait des Allemands partout. « Un certain nombre d’entre eux logeaient au château du Bignon. Il avait fallu y faire des transformations. Mon patron m’y avait envoyé. Sur la route j’ai croisé une voiture allemande et je l’ai regardée. Malheur ! Il ne fallait pas ! Ils m’ont arrêté, ont vérifié mes papiers. Ils étaient soupçonneux. Ils croyaient que j’avais relevé le numéro de leur voiture. J’ai eu peur ».

En ville l’atmosphère n’était pas bonne. « Les gens se méfiaient les uns des autres. Certains, jaloux, racontaient des choses aux Allemands. Ils se vendaient entre eux. Des femmes couraient après les Allemands. On ne parlait pas de Résistance, j’avais pourtant entendu dire que Baptiste Cadot, ouvrier comme moi chez Nourrisson, avait trouvé un revolver camouflé dans la charpente du château et qu’il l’avait gardé. C’est l’apprenti qui me l’a dit. Comme quoi cela manquait de discrétion ».

« Les combats de la Libération, mon grand père m’en a parlé car il habitait tout près du passage à niveau. Il m’a dit que les Allemands voulaient se rendre mais que leur officier les en a empêchés et qu’il a même tiré sur eux. Moi je revenais de Ruffigné à vélo, dans ces moments-là. J’aurais pu rencontrer la troupe allemande. Mon grand-père, lui, s’était couché dans son jardin. Heureusement, car la fusillade fut violente. »

« Plus tard, j’ai vu un des Allemands, mort, à terre, rue de Provence (à cette époque ce n’était qu’un chemin). Il avait dans les mains la photo de ses deux filles. Plus loin se trouvaient deux fusils allemands que des soldats avaient cassés en les abandonnant, pour qu’ils ne servent pas ».

« Après la Libération, je me souviens que des collabos ont été arrêtés et que des femmes ont été tondues. Il y en avait tout un camion. Mais je me demande des fois s’il n’y a pas eu des jugements trop hâtifs. Ce n’est pas beau la guerre, je ne souhaite à personne de revivre cela »

Alain Sinoir, fils de son père, n’a évidemment pas de souvenirs personnels, mais cette période l’intéresse beaucoup. « J’ai eu l’occasion de travailler chez un ancien gardien du camp des Nomades à Moisdon. Il m’a dit que ces familles étaient très démunies. Pour se procurer un peu d’argent elles ont tout vendu peu à peu, depuis les bagues jusqu’aux chevaux. Les gens du coin ont dû faire des affaires ! ».


Texte figurant dans la deuxieme edition du livre "Telles furent nos jeunes annees"

Plan du livre

Texte en pdf : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pd...