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La presse collabo à Châteaubriant - 1940


Ecrit le 24 décembre 2012

L’exposition 2012-2013 à La Sablière, à Châteaubriant, dans le cadre du Concours National de la Résistance, porte sur le thème « Communiquer c’est résister ». De nombreux exemples concernent la région de Châteaubriant, qu’il s’agisse de communication écrite, verbale, visuelle, radio et autres.

 La presse locale

Il y a des sources à ne pas ignorer : la presse locale. En 1940, il y a deux hebdomadaires à Châteaubriant :

  • le Journal de Châteaubriant, hebdomadaire républicain. Il a ses bureaux rue de l’Hôtel de Ville dans ce qui sera plus tard la papeterie Leray. Il est dirigé par Léon Lemarre, membre de l’Amicale Laïque. Arrêté le 22 janvier 1944, celui-ci mourra en déportation, Mauthausen 16 août 1944 .
  • le Courrier de Châteaubriant, « Politique indépendant, commercial et agricole » dirigé par André Quinquette, qui choisira Pétain et la Collaboration avec l’Occupant. Il a ses bureaux rue Gutenberg.

Le Journal a sans doute été interrompu un certain temps, notamment après l’arrestation de Léon Lemarre. Il reparaît à la Libération en mentionnant : « Directeur-propriétaire : Léon Lemarre, déporté en Allemagne ». Plus tard, le Journal reprendra son sous-titre « hebdomadaire républicain ».

Le Courrier de Châteaubriant, lui, a continué à paraître et, à la fin de la guerre, on trouvait les éditoriaux sous la signature d’un certain « Patrice ». L’orientation du Courrier sera sans équivoque.

 Le Courrier du 31 mai 1940, avant l’arrivée des Allemands

Châteaubriant n’est pas encore occupée par les Allemands et l’appel du 18 juin 1940 (par De Gaulle) n’a pas encore eu lieu. Le Courrier paraît encore sous un grand format (environ 45 x 60 cm). Il fait état de « communiqués officiels » émanant des autorités françaises et anglaises.

Il écrit par exemple : « 24 mai 1940, au sud de Sedan, l’ennemi [allemand] poursuit ses attaques sans progresser ». « Notre aviation de chasse a attaqué au canon, avec succès, des éléments blindés et motorisés ennemis » – 25 mai 1940 : « nos troupes infligent aux Allemands de lourdes pertes (…) nous avons dominé l’ennemi » - 26 mai 1940 « nous avons trouvé des sections entières d’infanterie allemande fauchées sur place ». 30 mai 1940 : « Nos troupes du Nord poursuivent avec vigueur, au milieu d’incessants combats, et en bon ordre, l’exécution des mouvements décidés par le commandement ». Donc tout va encore bien pour les Français. … apparemment !

Mais le 26 mai quand même, le Courrier annonce que l’ennemi [allemand] est parvenu à s’emparer de Boulogne.

Et le 28 mai que le Roi des Belges, Léopold III, après 18 jours de combat, capitule en avisant ses alliés (Français et Anglais) que l’armée belge est au bord de l’effondrement, isolée et bientôt à court de munitions. Le Courrier écrit : « les vaillantes troupes alliées sont ainsi poignardées dans le dos par le traître qui, dix-huit jours avant, les avaient appelées à l’aide ».

Ce 31 mai 1940, Le Courrier publie un appel de Emerand Bardoul, député de Loire-Inférieure : « Deux noms, vivants symboles de ce que peut une lumineuse intelligence alliée à une énergie farouche, incarnent la foi française en la Victoire : Pétain et Weygand. Pétain, le vainqueur de Verdun, qui personnifie la résistance tenace. Weygand, l’âme de Foch, le chef qui aurait eu le droit de se reposer sur sa gloire. Nos armées VEULENT être commandées avec de tels chefs ». Le Courrier affirme que « notre admirable ligne Maginot tient » et qu’il faut attendre en silence « l’heure fixée pour la contre-offensive libératrice » (…). « A l’égard des modernes successeurs d’Attila, mitraillant les convois de réfugiés, bombardant les villes ouvertes, tuant par centaines les femmes et les enfants sans défense, et contre l’effroyable utilisation des parachutistes, une haine farouche monte, irrésistible, de l’âme de la France éternelle, pour laquelle une seule chose compte : LE SALUT DE LA PATRIE » (…)

En ce mois de mai 1940, pour Le Courrier, l’Allemagne est donc encore l’ennemi. Mais, prémices des années noires, Emerand Bardoul écrit : « Pour ce qui est du Front Intérieur, il faut sévir sans retard comme sans faiblesse contre ces ressortissants étrangers, contre ces indésirables qui, trop nombreux encore, foulent le sol de la France hospitalière, contre cette Cinquième Colonne qui nous a déjà fait tant de mal et qu’il faut exécuter sans pitié. A l’heure même où tant d’êtres chers se battent et meurent pour le Pays, tout ce qui flanche ou trahit à l’arrière doit être immédiatement et durement frappé ».(voir document ci-dessous).

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Le Courrier 31 mai 1940

Les temps sont durs, le pays est en guerre. La presse "périodique" (c’est-à-dire non quotidienne) annonce que, « devant l’exemple donné par la presse quotidienne dans le but de réaliser des économies de papier et d’alléger les transports, elle a décidé de réduire de 50 % le format, le nombre de pages ou la périodicité ». Normalement cela s’imposait immédiatement « à toutes les publications syndiquées ou non syndiquées ». En janvier 1941, rien n’avait été réduit pour le Courrier.

Une carte d’alimentation individuelle est mise en place à compter du 1er juin 1940. Elle comporte une feuille de coupons trimestriels de couleur jaune. Le coupon n°2, présenté au détaillant, sera détaché en échange d’une ration de sucre.

A la Sous-Préfecture, il est demandé une personne possédant machine à coudre pour réparer paillasses et sacs de couchage.

Les dépôts d’essence en fûts ou en bidons doivent être constitués de telle sorte que « la totalité des liquides en cas de rupture des récipients puisse être retenue sur place par le moyen d’un sol imperméable disposé en forme de cuvette ». Cette prescription obligatoire en temps ordinaire doit être observée plus strictement que jamais afin que soient réduits au minimum les dangers d’incendie pouvant provenir d’un bombardement aérien.

Le maire de Pouancé rappelle aux habitants de la commune la nécessité absolue de voiler toutes les lumières à la tombée de la nuit car, dans toutes les régions de France, des vols d’avions ennemis sont signalés. « un grand danger est susceptible de résulter d’une simple imprudence ».

A Châteaubriant, une circulaire de la Préfecture demande si les écoles sont pourvues d’abris ou de tranchées. Le maire, Ernest Bréant, explique qu’en raison de la situation en cuvette de Châteaubriant, il lui paraît difficile de faire creuser des tranchées. Et il fait part de son sentiment : la seule mesure efficace est la dispersion. « On pourrait évidemment creuser des tranchées dans le jardin des Terrasses, au parc de la Vannerie. Mais le voisinage de la gare, objectif probable, rendrait dangereux ces abris. Ne vaut-il pas mieux l’évacuation pure et simple comme elle est prévue pour l’Ecole des Terrasses ? ». (…).

Paul Huard [industriel, usine machines agricoles] dit que, à la demande du commissaire de police, il a été décidé que la sirène de son établissement ainsi que celle de M. Durand-Richer, signaleront les alertes par un son modulé de deux minutes. De cette façon, une grosse partie de la population sera alertée.

La nuit on devra éteindre toutes les lumières et le jour on évitera les rassemblements. Mais il ne faut pas descendre à la cave, « les immeubles de notre ville, qui sont de construction trop légère, n’offrant pas la protection nécessaire ».

 Un Espagnol indésirable

Au Conseil Municipal du 29 mai 1940, un conseiller, M. Renaud, s’inquiète de la présence à Châteaubriant d’un officier espagnol, [le capitaine Ortiz], présence qui est, selon lui, indésirable. « A l’heure où la Patrie est en danger, où toutes les forces saines de la nation sont mobilisées, et où l’ennemi n’hésite pas à se servir de tous les moyens pour obtenir des renseignements, désorganiser l’arrière et abattre le moral », M. Renaud souhaite que des mesures soient prises envers tous les étrangers vivant en France.

Le maire Ernest Bréant fait remarquer que ce capitaine est en résidence forcée à Châteaubriant et qu’il a lui-même tout fait pour s’en aller ! « Son cas est identique à celui des 250 ressortissants allemands que l’Autorité Militaire nous a imposés ». Ceux-ci, depuis le 25 mai, ne sont plus qu’une vingtaine, composés de femmes et de jeunes gens. « Tous ces gens vivent de leurs ressources et beaucoup de fem-mes touchent l’allocation militaire, leur mari étant soit à la Légion, soit dans des camps de prestataires » dit encore E.Bréant. Un autre conseiller, M. Goupil (cheminot) s’étonne : « Si ces gens ne sont pas suspects, qu’ils soient renvoyés chez eux. S’ils le sont, qu’ils soient mis dans un camp de concentration » [ndlr : le terme, camp de concentration, qui s’appliquera bientôt au Camp de Choisel, n’a pas le sens que l’histoire lui a réservé après la découverte des camps nazis. Il est ici à prendre au sens de : camp d’internement].

Le Courrier du 31 mai 1940 précise par ailleurs : « Les ressortissants allemands mis en résidence forcée à Châteaubriant, se sont rendus à Nantes samedi dernier 25 mai. Seuls ont pu regagner notre ville ceux ou celles qui sont exempts de tout soupçon et qui, pour la plupart, ont des parents sous les drapeaux français ».

(fac similé du Courrier du 31 mai 1940) :

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Le Courrier 31 mai 1940 - suite

« Que nos concitoyens se rassurent donc : l’activité de nos hôtes et leur demi-liberté ne sont nullement dangereux pour la Nation ».

 Note d’histoire 18 juin 1940

18 juin 1940, les Allemands arrivent à Châteaubriant. La ville est en zone occupée. Le Maréchal Pétain, rappelé au gouvernement depuis le 17 mai 1940, est devenu Président du Conseil en remplacement de Paul Reynaud le soir du 16 juin et a appelé, dès le 17, à cesser le combat. Il fait signer l’armistice le 22 juin 1940 avec l’Allemagne d’Adolf Hitler.

Investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale le 10 juillet 1940, il s’octroie le lendemain le titre de Chef de l’État français, qu’il conservera durant les quatre années de l’Occupation nazie. Installé à Vichy à la tête d’un régime autoritaire, il abolit les institutions républicaines et les libertés fondamentales. Il engage le pays dans la Révolution nationale à l’intérieur, et à l’extérieur, dans la collaboration d’État avec l’Allemagne nazie.

Ces pleins pouvoirs lui ont été accordés par 569 voix sur 649 suffrages exprimés de députés ou sénateurs. En Loire-Inférieure ont voté pour : Emerand Bardoul, François Blancho (député socialiste SFIO de St Nazaire), Augustin Dutertre de La Coudre (Fédération Républicaine), Gustave Gautherot (sénateur ANRS de Châteaubriant), Jacques de Juigné (sénateur, non inscrit), Henri de La Ferronnays (sénateur, non inscrit), Jean Le Cour Grandmaison (sénateur, non inscrit), Eugène Le Roux (sénateur SFIO), Louis Linÿer (sénateur ANRS), Hubert de Montaigu (Député, Fédération Républicaine), Auguste Pageot (député socialiste SFIO et maire de Nantes), Maurice Thiéfaine (député socialiste SFIO).

Sur les 569 votants en faveur des pleins pouvoirs, 286 parlementaires ont une étiquette de gauche ou de centre-gauche et 283 ont une étiquette de droite, de centre-droit ou sont sans étiquette. Tous ceux qui ont voté les pleins pouvoirs en juillet 1940, seront inéligibles à la Libération.

  • ANRS = Action Nationale Républicaine et Sociale
  • SFIO = Section Française de l’Internationale Ouvrière



NB : Les extraits du « Courrier » publiés ci-dessus complètent le livre « Telles furent nos jeunes années » (300 pages) racontant la vie à Châteaubriant, la Résistance, la Déportation et la Libération. Disponible encore dans les librairies de Châteaubriant ou téléchargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

La presse collabo à Châteaubriant, document pdf de 9 Méga Octets