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Forgerons et Boisilliers - 1780

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Forgerons et boîsilliers ne sont pas des enfants de choeur

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C’était le 21 août 1780, au Parlement de Rennes. Ce jour-là, Anne-Jacques-Raoul de Caradeuc, Procureur Général du Roi, a déclaré devant la Cour :

Messieurs

« De tous les particuliers qui contreviennent aux Ordonnances et à vos Règlements concernant le port d’armes et la chasse, les Forgerons et les Boisilliers sont sans doute les plus dangereux et les plus entêtés. D’un côté, leur nombre, leur force, les attentats qu’ils commettent contre la Justice, dans la personne de ses Suppôts et de ses Aides, empêchent la signification des Jugements d’instruction qui se rendent contre eux ; de l’autre, leur insolvabilité les met à l’abri des peines prononcées. Parmi la quantité d’exemples qu’il serait aisé d’en apporter, je me borne à vous en citer un, pour la Forge de la Hunaudière, près ChâteaubrianL

Sur la plainte du Procureur-Fiscal de la Juridiction et Gruerie de Saint Aubin des Châteaux, des faits de port d’armes, chasse avec chiens, même en temps prohibé, et dans des pièces de terre ensemencées, et dont les blés étaient prêts à être coupés, commis par les nommés Jean-Marie Jacques, Nicolas Besnier et Jacques Chauve !, Forgerons de la Hunaudière, il lui fut permis d’informer ». (Les trois forgerons furent alors appelés à comparaître et un Sergent futt envoyé leur porter un courrier. li demanda assistance au principal Commis et à la Dame de Coetual, Directrice des Forges).

Armés de bâtons

« Le Commis s’y refusa, sur le motif de crainte personnelle des forgerons. La Dame de Coetual parla aux Forgerons assemblés. le Sergent saisit ce moment pour délivrer copies du décret, mais à peine il les eut délivrées, qu’il fut poursuivi par les Forgerons armés de bâtons. II leur échappa avec beaucoup de peine en fuyant à travers du bois et des landes, s’entendant à chaque instant menacé d’être tué s’il était rattrapé ».

(Finalement les Forgerons ne parurent pas comparu à l’assignation. La Justice demanda alors l’aide de la Brigade de Maréchaussée établie à Châteaubriant) « Mais le Brigadier refusa et donna par écrit les motifs de son refus, fondés sur le crainte du nombre des Forgerons ».

Et Anne-Jacques Raoul de Caradeuc poursuit : "Vous voyez Messieurs, par ces détails, le danger que courent les Aides et Suppôts de la Justice dans l’exécution des Jugements contre les Forgerons dont la plupart ; ainsi que les Boisllliers, sont gens sans aveu et qui, d’un moment à l’autre, peuvent se soustraire à toutes peines, en changeant de Forge ou de Bois ».

« En général les Maîtres sont responsables, pour l’intérêt civil, des fautes commises par leurs Domestiques et Ouvriers ; c’est aux Maîtres de veiller sur la conduite des gens qu’ils emploient et de les empêcher de contrevenir aux Lois et aux Règlements. Les Directeurs des Forges ont même une espèce de police sur les Ouvriers leurs subordonnés. Ces Ouvriers ne seraient pas reçus dans une autre Forge, sans le certificat du Directeur de celle qu’ils quittent.
C’est en conséquence de cette police des Maîtres que l’ordonnance de 1669 déclare les Marchands, Maîtres des Forges et autres occupant les maisons et fermes dans l’enclos et à deux lieues des Forêts du Rit, responsables civilement de leurs Commis, Charretiers, Pâtres et Domestiques »

A la suite de cette plaidoirie, la Cour de Rennes décida que les assignations en Justice qui concerneraient des Forgerons et Boisilliers, seraient déclarées valides si elles étaient remises au domicile du Maître de Forge et ordonna que les Maîtres et Directeurs des Forges, et les Marchands de Bois dans les Forêts, seraient civilement tenus de payer les dommages et intérêts, amendes et dépens prononcés contre leurs gens pour faits de port d’arme et de chasse.


NDLR :
• Boisilliers nom ancien des bûcherons et autres ouvriers travaillant en forêt
• En ce temps-là il n’y avait pas de numéro national d’identification susceptible de permettre de retrouver la piste des fraudeurs ! (style n° de Sécurité Sociale)

Document très aimablement prêté par Denis Blanchard que nous remercions.